Jeudi 30 octobre 2008 4 30 /10 /Oct /2008 09:00
- Par Hermas.info

Nous inaugurons ici une nouvelle étape dans les réflexions que nous apporte Mgr Masson, mois après mois.


Cette fois, nous abordons avec lui le chapitre des anges. Cela paraît presque surréaliste d'en parler aujourd'hui, tant les anthropomorphismes réducteurs ont pu jouer en la matière, bien plus que pour Dieu même. L'ange, c'est le mot doux qu'on adresse à un être aimé, comme pour dire « je t'aime » : « Mon ange »... Ou alors c'est le moyen d'exprimer les heureuses dispositions d'un enfant : « Un vrai petit ange ! », par opposition à celles du « vrai petit diable ». En toutes hypothèses, ça n'est jamais là qu'une façon de parler. Une image tendre, référée à la peinture, à la sculpture, au cinéma, à la chansonnette ou à des souvenirs de... de quoi, déjà ? On ne sait plus trop.


On est fort loin, aujourd'hui, de percevoir que l'ange puisse être en lui-même quelque chose. Quelque chose de réel, s'entend, un quelque chose qui a une densité. A fortiori : quelqu'un, un être personnel. Fort loin, encore, d'imaginer qu'il puisse en exister une multitude vivante, présente, proche de nous, et que cette multitude ait une histoire, constituée de deux instants, qui ait décidé du sort des uns, et du sort des autres, et qu'il existe ainsi des anges définitivement affermis dans le bien, et d'autres définitivement affermis dans le mal. On est fort loin de savoir enfin que ces anges traversent notre histoire, qu'ils y jouent un rôle important, pour notre salut ou notre perte, comme ils ont joué un rôle important dans la vie d'innombrables saints.


C'est encore affaire d'amnésie. Amnésie de notre identité chrétienne, d'abord, évidemment : combien de chrétiens y croient encore, d'une foi ferme, alors que ces êtres personnels sont eux-mêmes partie vivante de l'Eglise ? Amnésie historique aussi. On a oublié que les anges présidaient jadis à la garde des cités, et que saint Michel Archange, en particulier, apparu il y a 1.300 ans sur le célèbre Mont qui porte désormais son nom, est l'un des saints Patrons de notre pays. Il faut donc savoir gré à Mgr Masson de nous réintroduire dans ce monde réel des anges qui, à bien des égards, appartiennent à une même Cité que nous.


*

*   *


Présenter ces articles à venir sur les anges, c'est l'occasion de revenir aussi sur cette catéchèse, développée par Mgr Masson au long des mois. Les plus attentifs auront remarqué que la rubrique qui lui est consacrée, en haut à gauche de notre page d'accueil, a été améliorée, afin de souligner la spécificité de cette collaboration, présentée désormais sous un nouveau titre : « Les catéchèses d'Hermas ».


Il ne s'agit pas, d'évidence, d'articles de politique. Cependant, pour nous, dans notre propre engagement, la politique ne revêt un sens que dans ses perspectives historiques, et ses perspectives historiques sont elles-mêmes insérées dans une histoire du salut. C'est ce que Mgr Martorell soulignait dans une homélie que nous avons récemment publiée. On ne s'engage pas, en politique, comme chrétien, sans bagage, sans culture. Or notre culture, notre bagage à nous, comme baptisés, sont d'abord théologiques. Intégrés dans un monde que d'aucuns disent « post-moderne », où le vide tient souvent lieu de conviction, nous avons besoin de redécouvrir nous-mêmes les racines dont la civilisation présente, avec ses dérives, hors et dans l'Eglise, nous a souvent coupés, peu ou prou. Voilà pourquoi une présentation méthodique, pédagogique, de notre mémoire chrétienne nous est nécessaire, comme appui de nos vies et de nos engagements. Là, comme ailleurs, il faut revenir à des fondamentaux.


Les études présentées par Mgr Masson entrent dans cette perspective. Elles ne sont pas des articles circonstanciels et ponctuels, mais plutôt des "soutiens" à long terme, comme on parle de "soutiens scolaires", ou de dossiers, pour être consultés, répertoriés, photocopiés et diffusés autour de nous. C'est pourquoi elles intègrent aussi des prières, que certains d'entre nous ne connaissent pas, ou ont perdu de vue, et qui appartiennent pourtant au patrimoine commun. Leur finalité est ainsi pratique, tournée vers la communication des vérités de la foi, et des modalités de la vie chrétienne. Bref, tournée vers l'évangélisation, ce qui justifie leur qualification de "catéchèse", tirée de la définition donnée par le Catéchisme de l'Eglise catholique (n. 4).


Pour en favoriser la consultation, nous avons intégré, dans la page qui leur est consacrée, une rubrique "articles publiés", mois par mois, à commencer par celui qui s'achève. Pour favoriser aussi les échanges nous avons, sur cette même page, ouvert une boîte aux lettres particulière, qui permettra aux intéressés d'entrer en contact avec Mgr Masson s'il y a lieu. Cette page est également aménagée, progressivement, en fonction du centre de gravité propre des études qui y sont présentées.


Nous profitons de ce rappel pour renouveler à Mgr Masson nos remerciements amicaux pour son précieux soutien. Bonne lecture à tous.


 Hermas.info

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Mercredi 29 octobre 2008 3 29 /10 /Oct /2008 17:00
- Par Mgr Jacques Masson

La liturgie de l’Eglise comprend des prières spéciales pour les défunts, une Messe, et un jour spécial consacré aux défunts, le 2 Novembre. Dans la liturgie de la Messe, le texte le plus connu certainement est la Séquence du « Dies Irae » qui exprime la réalité de la nécessité de la purification, la honte du pécheur devant son Créateur et Juge, mais aussi son espérance devant Celui qui est venu pour sauver les pécheurs précisément, en Lui rappelant sa miséricorde envers les pécheurs. La séquence se termine par un appel de l’Eglise pour les fidèles défunts toujours au Purgatoire

            « Pie Jesu Domine

            « Dona eis requiem »

 

1. DIES IRAE


Le Dies Irae est un célèbre poème apocalyptique écrit en langue latine. Il constitue la séquence  (Sequentia) rattachée au texte liturgique du Requiem. Certains attribuent ce poème au franciscain  Thomas de Celano (1200-1260), mais la présence de cette séquence dans un manuscrit de la fin du XIIe siècle semble démentir cette origine. Le poème raconte le jour du jugement dernier, la dernière trompette invoquant les âmes, pour que les bons soient délivrés, et les mauvais brûlés dans les flammes de l'enfer. 

 

Texte original en latin

 

Dies iræ, dies illa,

Solvet sæclum in favilla,

Teste David cum Sibylla !

 

Quantus tremor est futurus,

quando judex est venturus,

cuncta stricte discussurus !

 

Tuba mirum spargens sonum

per sepulcra regionum,

coget omnes ante thronum.

 

Mors stupebit et Natura,

cum resurget creatura,

judicanti responsura.

 

Liber scriptus proferetur,

in quo totum continetur,

unde Mundus judicetur.

 

Judex ergo cum sedebit,

quidquid latet apparebit,

nil inultum remanebit.

 

Quid sum miser tunc dicturus ?

Quem patronum rogaturus,

cum vix justus sit securus ?

 

Rex tremendæ majestatis,

qui salvandos salvas gratis,

salva me, fons pietatis.

 

Recordare, Jesu pie,

quod sum causa tuæ viæ ;

ne me perdas illa die.

 

Quærens me, sedisti lassus,

redemisti crucem passus,

tantus labor non sit cassus.

 

Juste Judex ultionis,

donum fac remissionis

ante diem rationis.

 

Ingemisco, tamquam reus,

culpa rubet vultus meus,

supplicanti parce Deus.

 

Qui Mariam absolvisti,

et latronem exaudisti,

mihi quoque spem dedisti.

 

Preces meæ non sunt dignæ,

sed tu bonus fac benigne,

ne perenni cremer igne.

 

Inter oves locum præsta,

et ab hædis me sequestra,

statuens in parte dextra.

 

Confutatis maledictis,

flammis acribus addictis,

voca me cum benedictis.

 

Oro supplex et acclinis,

cor contritum quasi cinis,

gere curam mei finis.

 

Lacrimosa dies illa,

qua resurget ex favilla

judicandus homo reus.

Huic ergo parce, Deus.

 

Pie Jesu Domine,

dona eis requiem. Amen.

Traduction

 

Jour de colère, ce jour là

réduira le monde en poussière,

David l'atteste, et la Sibylle.

 

Quelle terreur nous saisira,

lorsque le juge apparaîtra

pour tout scruter avec rigueur !

 

L'étrange son de la trompette,

se répandant sur les tombeaux,

nous jettera au pied du trône.

 

La Mort, surprise, et la nature,

verront se lever tous les hommes,

pour comparaître face au Juge.

 

Le livre alors sera produit,

où tous nos actes seront inscrits;

tout d'après lui sera jugé.

 

Lorsque le Juge siégera,

tout les secrets apparaîtront,

rien ne restera impuni.

 

Dans ma misère, alors, que dire ?

Quel protecteur vais-je implorer,

quand le juste est à peine sûr ?

 

Roi de majesté redoutable,

qui sauves les élus par grâce,

sauvez-moi donc, source d'amour.

 

Rappelle-toi, Jésus très bon,

c'est pour moi que tu es venu,

ne me perds pas en ce jour-là.

 

A me chercher tu as peiné,

Par ta Passion tu m'as sauvé,

qu'un tel labeur ne soit pas vain!

 

Tu serais juste en condamnant,

mais accorde-moi ton pardon

avant que j'aie à rendre compte.

 

Vois, je gémis comme un coupable

et le péché rougit mon front;

mon Dieu, pardonne à qui t'implore.

 

Tu as absout Marie-Madeleine

et exaucé le larron;

tu m'as aussi donné espoir.

 

Mes prières ne sont pas dignes,

mais toi, si bon, fais par pitié,

que j'évite le feu sans fin.

 

Parmi tes brebis place-moi,

à l'écart des boucs garde-moi,

en me mettant à ta main droite.

 

Quand les maudits, couverts de honte,

seront voués au feu rongeur,

prends-moi donc avec les bénis.

 

En m'inclinant je te supplie,

le cœur broyé comme la cendre:

prends soin de mes derniers moments.

 

Jour de larmes que ce jour là,

où surgira de la poussière

le pêcheur, pour être jugé!.

Daigne, mon Dieu, lui pardonner.

 

Bon Jésus, notre Seigneur,

accorde-leur le repos. Amen.


On trouvera le texte du Dies irae, en plusieurs langues, au format PDF : ICI

 

2. LIBERA ME (Responsorium)

Il s'agit d'une Absoute prononcée dans l'église, et qui a la forme musicale d'un Repons :

 

Libera me, Domine, de morte aeterna,

in die illa tremenda:

Quando caeli movendi sunt et terra.

 

Dum veneris judicare saeculum per ignem.

Tremens factus sum ego, et timeo,

dum discussio venerit, atque ventura ira.

Quando caeli movendi sunt et terra.

 

Dies illa, dies irae, calamitatis et miseriae,

dies magna et amara valde.

Dum veneris judicare saeculum per ignem.

 

Requiem aeternam dona eis, Domine:

et lux perpetua luceat eis.

 

Délivre-moi, Seigneur, de la mort éternelle,

en ce jour redoutable:

où le ciel et la terre seront ébranlés,

 

quand tu viendras éprouver le monde par le feu.

Voici que je tremble et que j'ai peur,

devant le jugement qui approche, et la colère qui doit venir

où le ciel et la terre seront ébranlés,

 

Ce jour-là doit être jour de colère, jour de calamité et de misère,

jour mémorable et très amer

quand tu viendras éprouver le monde par le feu:

 

donne-leur le repos éternel, Seigneur,

et que la lumière brille à jamais sur eux

 

            On trouvera texte du « Libera Me » en anglais, en format PDF, ICI


3. DOMINE JESU CHRISTE (Offertoire de la messe des défunts)

 

1 Domine Jesu Christe, Rex gloriae,
libera animas omnium fidelium defunctorum
de poenis inferni et de profundo lacu.
Libera eas de ore leonis,
ne absorbeat eas tartarus,
ne cadant in obscurum.

Sed signifer sanctus Michael
repraesentet eas in lucem sanctam,
quam olim Abrahae promisisti et semini ejus.

 

2 Hostias et preces tibi, Domine, laudis offerimus.
Tu suscipe pro animabus illis,
quarum hodie memoriam facimus:
fac eas, Domine, de morte transire ad vitam,
quam olim Abrahae promisisti et semini ejus.

 

Seigneur, Jésus-Christ, Roi de gloire,

délivrez les âmes de tous les fidèles défunts

des peines de l'enfer et de l'abîme sans fond :

délivrez-les de la gueule du lion,

afin que le gouffre horrible ne les engloutisse pas

et qu'elles ne tombent pas dans le lieu des ténèbres.

Que Saint-Michel, le porte-étendard,

les introduise dans la sainte lumière.

Que vous avez promise jadis à Abraham et à sa postérité.

 

Nous vous offrons, Seigneur, le sacrifice et les prières de notre louange : recevez-les pour ces âmes

dont nous faisons mémoire aujourd'hui.

Seigneur, faites-les passer de la mort à la vie.

Que vous avez promise jadis à Abraham et à sa postérité.

 

          On trouvera le texte du « Domine Jesus Christe » en plusieurs langues, au format PDF, ICI

 

4. IN PARADISUM

 

            In paradisum

In paradisum deducant te Angeli;

in tuo adventu suscipiant te martyres,

et perducant te in civitatem sanctam Ierusalem.

Chorus angelorum te suscipiat,

et cum Lazaro quondam paupere æternam habeas requiem

 

Que les Anges te conduisent au Paradis;

que les Martyrs t'accueillent à ton arrivée,

et t'introduisent dans la Jérusalem du ciel.

Que les Anges, en chœur, te reçoivent,

et avec celui qui fut jadis le pauvre Lazare, que tu jouisses du repos éternel.

 

On trouvera le texte du "in Paradisum"
en différentes langues, au format PDF,
ICI


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Mercredi 29 octobre 2008 3 29 /10 /Oct /2008 15:20
- Par Mgr Jacques Masson

1. Ancien et Nouveau Testament

 

Bien que le nom technique de "Purgatoire" soit absent de la Bible, au même titre d’ailleurs que celui de "Trinité", de nombreux passages de l'Écriture Sainte évoquent l'existence d'un feu purificateur intervenant après la mort corporelle. Voir par exemple :

 

            1 CORINTHIENS 3, 12-17

 

            12 Or, si quelqu'un bâtit sur ce fondement avec de l'or, de l'argent, des pierres précieuses, du bois, du foin, du chaume,

            13 l'œuvre de chacun sera manifestée; car le jour la fera connaître, parce qu'elle se révèlera dans le feu, et le feu éprouvera ce qu'est l'œuvre de chacun.

            14 Si l'œuvre bâtie par quelqu'un sur le fondement subsiste, il recevra une récompense.

            15 Si l'œuvre de quelqu'un est consumée, il perdra sa récompense; pour lui, il sera sauvé, mais comme au travers du feu.

            16 Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l'Esprit de Dieu habite en vous ?

            17 Si quelqu'un détruit le temple de Dieu, Dieu le détruira; car le temple de Dieu est saint, et c'est ce que vous êtes.

            Le Livre des Maccabées (admis uniquement dans le canon catholique de la Bible) parle aussi d'un sacrifice accompli en faveur de défunts, ce qui laisse entendre l'existence d'un lieu de purification distinct de l'Enfer et du Paradis.

 

            2 MACCABEES 12: 43-45

 

            43 Puis, ayant fait une collecte d'environ 2.000 drachmes, il l'envoya à Jérusalem afin qu'on offrît un sacrifice pour le péché, agissant fort bien et noblement d'après le concept de la résurrection.

            44 Car, s'il n'avait pas espéré que les soldats tombés dussent ressusciter, il était superflu et sot de prier pour les morts,

            45 et s'il envisageait qu'une très belle récompense est réservée à ceux qui s'endorment dans la piété, c'était là une pensée sainte et pieuse. Voilà pourquoi il fit faire ce sacrifice expiatoire pour les morts, afin qu'ils fussent délivrés de leur péché.

 

2.  Deux psaumes utilisés dans la liturgie des défunts

 

           "DE PROFUNDIS" (Psaume 130)

 

1. 

Des profondeurs je crie vers toi, Yahvé

2. 

Seigneur, écoute mon appel. Que ton oreille se fasse attentive à l'appel de ma prière!

3. 

Si tu retiens les fautes, Yahvé, Seigneur, qui subsistera?

4. 

Mais le pardon est près de toi, pour que demeure ta crainte.

5. 

J'espère, Yahvé, elle espère, mon âme, en ta parole;

6. 

mon âme attend le Seigneur plus que les veilleurs l'aurore; plus que les veilleurs l'aurore,

7. 

qu'Israël attende Yahvé! Car près de Yahvé est la grâce, près de lui, l'abondance du rachat;

8. 

c'est lui qui rachètera Israël de toutes ses fautes

 

            « Miserere mei Deus » (Psaume 50) (51)

 

1. 

Du maître de chant. Psaume. De David.

Pitié pour moi, Dieu, en ta bonté, en ta grande tendresse efface mon péché,

2. 

lave-moi tout entier de mon mal et de ma faute purifie-moi.

3. 

Car mon péché, moi, je le connais, ma faute est devant moi sans relâche;

4. 

contre toi, toi seul, j'ai péché, ce qui est coupable à tes yeux, je l'ai fait. Pour que tu montres ta justice quand tu parles et que paraisse ta victoire quand tu juges.

5. 

Vois : mauvais je suis né, pécheur ma mère m'a conçu.

6. 

Mais tu aimes la vérité au fond de l'être, dans le secret tu m'enseignes la sagesse.

7. 

Ote mes taches avec l'hysope, je serai pur; lave-moi, je serai blanc plus que neige.

8. 

Rends-moi le son de la joie et de la fête qu'ils dansent, les os que tu broyas!

9. 

Détourne ta face de mes fautes, et tout mon mal, efface-le.

10.

Dieu, crée pour moi un cœur pur, restaure en ma poitrine un esprit ferme;

11.

ne me repousse pas loin de ta face, ne m'enlève pas ton esprit de sainteté.

12.

Rends-moi la joie de ton salut, assure en moi un esprit magnanime.

13.

Aux pécheurs j'enseignerai tes voies, à toi se rendront les égarés.

14.

Affranchis-moi du sang, Dieu, Dieu de mon salut, et ma langue acclamera ta justice;

15.

Seigneur, ouvre mes lèvres, et ma bouche publiera ta louange.

16.

Car tu ne prends aucun plaisir au sacrifice; un holocauste, tu n'en veux pas.

17. 

Le sacrifice à Dieu, c'est un esprit brisé; d'un cœur brisé, broyé, Dieu, tu n'as point de mépris.

18.

51:19 En ton bon vouloir, fais du bien à Sion rebâtis les remparts de Jérusalem!

19.

Alors tu te plairas aux sacrifices de justice holocauste et totale oblation alors on offrira de jeunes taureaux sur ton autel

 

Mgr Jacques MASSON


Vous trouverez les textes du

De profundis et celui du Miserere mei Deus,

en plusieurs langues, en format PDF ICI

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Mardi 28 octobre 2008 2 28 /10 /Oct /2008 18:00

A la suite de l'article que nous avons publié sur les conceptions hasardeuses du P. Fourez, s.j. sur la sainte eucharistie et le prêtre, l'un de nos lecteurs, M. l'Abbé Maurel, nous a adressé ce commentaire, que nous publions en raison de l'importance du sujet. Qu'il en soit ici remercié.

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« Malheur à moi si je n’annonce pas l’Evangile » (1 Corinthiens 9, 16). C’est ce que tout prêtre doit se dire, à la lecture de telles choses. Comment un fidèle, et à plus forte raison un prêtre, pourraient-ils ne pas proclamer leur indignation leur peine, et leur compassion aussi, devant des affirmations hérétiques concernant la Très Sainte Eucharistie et le Sacerdoce ? Le Père Fourez, Jésuite, de la « Compagnie de Jésus » (pauvre Jésus, de nouveau renié et trahi par un des siens…). Les quatre Pères Dominicains hollandais, « des Frères Prêcheurs » («  Je t’adjure devant le Dieu Vivant et devant le Christ Jésus… prêche la Parole , insiste à temps et à contretemps, réfute, menace, exhorte, avec une patience inlassable et le souci d’instruire » (2 Timothée, 4.1a.2).

 

Ces « bons » Pères ne craignent-ils pas d’entendre cette condamnation terrible que Dieu adressait aux prêtres de l’Ancienne Alliance, par la bouche du prophète Osée (4, 3ss. pss) : « C’est à toi, prêtre que j’en ai…Tu trébuches jour et nuit…Et tu fais périr ton peuple. Mon peuple périt faute de science. Puisque toi tu as rejeté la science, je te rejetterai de mon sacerdoce ». Doit-on s’étonner de l’apostasie qui fleurit depuis des décennies ?

 

Dans la 1° Lettre à Timothée (4, 12), Saint Paul nous mettait déjà en garde, et nous avertissait en ces termes : « L'Esprit dit expressément que, dans les derniers temps, certains renieront la foi pour s'attacher à des esprits trompeurs et à des doctrines diaboliques, séduits par des menteurs hypocrites marqués au fer rouge dans leur conscience ». Et il ajoutait : « Car il viendra un temps où les hommes ne supporteront pas la saine doctrine; mais, ayant la démangeaison d'entendre des choses agréables, ils se donneront une foule de docteurs selon leurs propres désirs, détourneront l'oreille de la vérité, et se tourneront vers les fables ». (2 Timothée 4, 3). L’auteur de tout cela, comme vous l’indiquez, c’est l’Adversaire, le Diable ou Satan, Lucifer et ses Légions. N’a-t-il pas osé tenter Jésus ? Et  Saint Pierre en sait quelque chose : par trois fois il a renié le Seigneur : et c’est pourquoi lui aussi nous avertit et nous invite à la vigilance et à rester fermes dans la foi (1° Epitre de Pierre, 4 8-9a) : « Soyez sobres et veillez, votre adversaire, le Diable, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui dévorer. Résistez-lui, fermes dans la foi »

 

L’apostasie que nous constatons ne date pas d’aujourd’hui. Que le lecteur me pardonne si je cite un exemple personnel !

 

Jeudi Saint 1967 (déjà) dans une paroisse des environs de Nancy (Diocèse de Nancy et de Toul), lors de la Messe « in Cena Domini », le curé n’avait pas craint de déclarer : Il ne dépend pas du prêtre qui dit « ceci est mon Corps, ceci est mon Sang », que « Christ » soit présent. Cela dépend de la foi et de la charité des fidèles, de l’assemblée. De plus, vous devez savoir que la Présence dite « réelle » ne dure pas après la Messe. Le tabernacle ne contient que du pain, un “viatique” pour ceux qui sont appelés à leur dernier voyage. Et de même que vous ne faites pas une génuflexion devant un frigidaire, parce que c’est un garde-manger, de même vous ne devez pas faire de génuflexion devant le tabernacle » (sic !)

 

Je n’ai pu me taire, je me suis levé et je l’ai interrompu. Après la Messe, il y eut une conversation « houleuse » entre nous deux (j’étais déjà prêtre). Voici, en résumé, les déclarations du curé de cette paroisse : « Le Concile nous a ouvert les yeux, en mettant en relief le rôle des laïcs. Nous ne devons pas nous lamenter de la diminution du nombre des prêtres. Au contraire. c’est maintenant que laïcs vont prendre leur place : ne sommes-nous pas un peuple de prêtres comme le dit Saint Pierre ? Eh bien, dans quelques années, il n’y aura plus besoin de prêtres, chaque père de famille pourra dire la Messe chez lui, en famille. Et pour préparer les gens, on va distribuer la Communion dans la main (sic). Ce qui fut fait deux ans plus tard. J’ai écrit à l’Evêque du lieu qui m’a répondu : « Si vous avez des scrupules, je vous donne l’autorisation de célébrer la Messe dans votre famille ».

 

Les laïcs ont bien pris leur place, mais souvent aussi ils ont pris celle des prêtres. Dans cette même paroisse, par exemple, les funérailles sont « célébrées » par des laïcs (des femmes de préférence), en présence même du curé de la paroisse, simple assistant, qui annonce qu'il célébrera la Messe pour le défunt (ou la défunte) le dimanche suivant.

 

Il est même arrivé, dans cette même paroisse, qu'une laïque refuse à un prêtre de célébrer la Messe des funérailles d'une amie, parce que c'était elle qui était... « responsable » de la paroisse et qui était chargée de célébrer les funérailles.

 

La foi en l'Eucharistie, en la Présence Réelle, et l'adoration de Jésus présent dans la Tabernacle est battue en brèche encore en de nombreux endroits. La suppression des agenouilloirs, des adorations du Saint-Sacrement (qui, fort heureusement revivent) ou des processions du Saint-Sacrement ont accompagné et favorisé ce recul.

 

Oui, vous faites bien de dénoncer de telles choses, en un temps où les efforts de l'Eglise, et en particulier du Saint-Père, tendent à replacer la sainte Eucharistie au coeur de l'adoration des fidèles.


  Cordialement,

Abbé Maurel

 

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Mardi 28 octobre 2008 2 28 /10 /Oct /2008 12:19

Dans la veine des textes que nous avons publiés à plusieurs reprises, voici une homélie faite par Mgr Marcelo Raúl Martorell, évêque de Puerto Iguazú (Argentine), le dimanche 19 octobre 2008.

 

Ce diocèse, dont Mgr Martorell est le deuxième évêque en date, est récent. Il a été créé par le Pape Jean-Paul II le 16 juin 1986. Il occupe une superficie de 16.195 km2, pour une population totale de 280.000 habitants, dont 70 % sont catholiques.

 

Mgr Martorell (né en 1945) a fait ses études de théologie à l’Université Pontificale Grégorienne laquelle, comme on sait, est l’Université jésuite de Rome. Il a été nommé évêque par le Pape Benoît XVI le 3 octobre 2006.

 

Voici son homélie, fondée sur ce texte du prophète Isaïe : « Je suis le Seigneur, en dehors de moi il n’y a pas de Dieu » (Is. 45,5). Ce texte montre – s’il en était besoin – que la mondialisation ne se traduit pas seulement en désolations économiques mais bien en désolations spirituelles. Il constitue néanmoins, pour nous-mêmes comme pour tous les chrétiens dispersés de par le monde, un appel à nous servir de la "bienheureuse espérance" comme d'un ferme levier dans l'ensemble de nos engagements, fussent-ils souvent, selon les apparences, marqués de plus d'épines que de fruits.

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« Les textes de la liturgie de ce dimanche soumettent à notre réflexion, à l’intérieur du thème du salut, la manière dont Dieu intervient dans l'histoire pour qu’elle se réalise selon ses desseins. Saint Paul nous enseigne que Dieu intervient toujours dans l'histoire pour le bien de ceux qui l'aiment. Ceux qui aiment et respectent Dieu, doivent se soumettre à Lui et attendre de Lui les moments et les circonstances propres du salut sur le chemin de nos vies. Puisqu’il est le Seigneur de l’histoire, Il interviendra au moment opportun pour notre salut, quels que soient les événements favorables ou défavorables à notre foi que nous rencontrons.

 

Le prophète Isaïe (Is.45.1.4-6) nous raconte comment un païen, Cyrus, roi de Perse, ordonne le rapatriement des Juifs et la reconstruction du Temple. Il nous montre comment Dieu intervient toujours en vue du salut, même par les mains d'un païen. Puisqu’Il est le Seigneur et le créateur, maître de sa vigne, comment pourra-t-il l’oublier, elle et les desseins qu’il a sur elle ? Voilà pourquoi il crie par la bouche de son prophète : « Je suis le Seigneur, il n’y en a pas d’autre ; il n’y a pas d’autre Dieu que moi ».

 

C'est pourquoi l'Église, fidèle à la Parole, nous exhorte toujours, même au milieu des souffrances les plus fortes, à mettre notre confiance dans les voies du Seigneur, à mettre en lui toute notre espérance, et nous pénétrer de cette certitude que de même que ses voies ne sont pas nos voies, ses temps ne sont pas non plus les nôtres. L’Ecriture et l’histoire du salut du peuple d’Israël nous montrent que cette confiance n’est pas aveugle, elle repose sur la foi, laquelle, parce qu’elle est conforme à la raison, constitue un fondement sûr pour l’homme s’élance vers Dieu. Nous n’avons pas placé notre confiance et notre foi en un Dieu des morts, mais des vivants. Dieu est source d’espérance et de courage dans la vie de l’homme.

 

C’est pourquoi, comme hommes et comme chrétiens, nous avons confiance qu’à un certain moment, dans l’histoire de notre foi, si ballotée et si éprouvée, Dieu enverra quelque Cyrus pour nous aider de ses forces à regagner et à reconquérir la terre d’amour que recouvre la vigne du Seigneur, terre qui n’offre plus aujourd’hui aux hommes, spécialement aux plus jeunes, un environnement propice à vivre sur les traces du Seigneur.

 

Si nous croyons que tout pouvoir vient de Dieu et dépend de lui, même en prenant soin de distinguer les pouvoirs humains des pouvoirs surnaturels et divins, avec une conscience claire de ce qu’ils ne se confondent pas – ainsi que nous le demande le Seigneur dans l’Evangile d’aujourd’hui (Mt 22,15-20) : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu », en nous enseignant ainsi à respecter et à distinguer le pouvoir civil du pouvoir surnaturel – nous devons cependant, comme chrétiens, parce que nous savons qu’il vient lui-même de Dieu, collaborer avec le pouvoir civil à la recherche de la vérité, de la justice, de la paix et travailler pour le bien commun ; de la sorte, nous devons rechercher à ce que nous puissions tous vivre sous l’influence de la Vérité. Voilà pourquoi l’Eglise nous invite tous à participer à la vie politique, aux tâches séculières, de sorte que c’est une omission grave, pour les fidèles laïcs, de s’abstenir d’apporter une présence chrétienne effective dans leur milieu de vie.

 

Ceci ne veut pas dire que les membres de l’Eglise, et spécialement la hiérarchie, qui doivent tous suivre la vérité de l’Evangile, doivent renoncer, en certaines occasions particulières, à une dénonciation prophétique de ce qui n’est pas selon cette vérité.

 

Suivre Jésus-Christ implique toujours un engagement pour la vérité et l'amour du prochain, avec le désir de faire croître et de transformer la société dans laquelle nous vivons pour qu’elle devienne une société plus juste et plus évangélique, jusqu’au retour du Seigneur. Pour cela, le chrétien doit défendre fermement la liberté de tous les hommes d’honorer Dieu au-dessus de toute loi et de toute autorité politique, avec la conviction que Dieu peut se servir des situations politiques les plus contraires et les plus irréligieuses pour la réalisation de l’histoire du salut.

 

Ayons toujours présente à l’esprit cette réalité et ayons confiance aux desseins du Seigneur de l’histoire et de la vie, parce qu’il sait intervenir aux moments opportuns de l’histoire du salut.

 

Prions la très sainte Vierge Marie pour qu’elle intercède auprès de Jésus afin que par la lumière de l’Esprit de Jésus nous sachions lire correctement cette histoire présente en nos vies. »

 

Mgr Marcelo Raúl Martorell

© Traduction Hermas.info

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Mardi 28 octobre 2008 2 28 /10 /Oct /2008 11:10

          Mathieu 19

24 Oui, je vous le répète, il est plus facile à un chameau de passer par un trou d'aiguille qu'à un riche d'entrer dans le Royaume des Cieux. »
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Mardi 28 octobre 2008 2 28 /10 /Oct /2008 08:38
- Par Mgr Jacques Masson

1. Sens du jour des morts

La Journée des défunts est à la fois une journée de commémoraison et une journée d'intercession. On fait mémoire des défunts et on prie pour eux.


Le 2 novembre, on pense à tous ceux qui nous ont quittés et que l’on n'oublie pas.

On prie pour les défunts car ils ont besoin d'une purification pour être pleinement avec Dieu. Notre prière peut les aider dans leur épreuve de purification, en vertu de ce qu'on appelle « la communion des saints ». La communion des saints, c'est la communion de vie qui existe entre nous et ceux qui nous ont précédés. Il y a, dans le Christ, un lien mutuel et une solidarité entre les vivants et les morts.

 

2. Origine et histoire de la Journée de la commémoration des défunts

 

Pour que la Toussaint, le 1er novembre, instituée en France en 835, garde son caractère propre et qu'elle ne soit pas une journée des morts, Odilon, abbé de Cluny, vers l'an 1000, impose à tous ses monastères la commémoration des défunts par une messe solennelle le 2 novembre. Cette journée n'est pas appelée « journée de prière » pour les défunts, mais « commémoraison » des défunts. A cette époque où la doctrine du purgatoire n'est pas encore élaborée comme à la fin XIIème siècle, il s'agit plus de faire mémoire des défunts que de prier pour eux.

Au XVème siècle, les Dominicains inaugurèrent en Espagne l'usage de célébrer trois messes en ce jour. Le Pape Benoît XV (+1922) a étendu à toute l'Église la possibilité de célébrer trois messes le 2 novembre en demandant de prier pour les nombreux morts de la guerre.

 

3. Message de Jean-Paul II pour le millénaire de l’institution de la commémoraison des fidèles défunts

 

A l’occasion du millénaire de l’institution de la commémoraison des fidèles défunts, Jean-Paul II a adressé un message à Mgr Raymond Séguy, Evêque d’Autun, Chalon-sur-Saône et Mâcon, et Abbé de Cluny :

 

« En cette année où l’on célèbre le millénaire de la commémoraison des fidèles défunts instaurée par saint Odilon, cinquième Abbé de Cluny, le centenaire de la fondation par votre prédécesseur le Cardinal Perraud, de l’Archiconfrérie de Notre-Dame de Cluny, chargée de prier pour les âmes du purgatoire, et le quarantième anniversaire du bulletin Lumière et vie, qui promeut la prière pour les défunts, je m’associe volontiers par la pensée à tous ceux qui, au cours de cette année, participeront à des célébrations offertes pour ceux qui nous ont précédés. En effet, au lendemain de la fête de tous les saints où l’Eglise célèbre dans la joie la communion des saints et le salut des hommes, saint Odilon a voulu exhorter ses moines à prier de manière particulière pour les morts, contribuant ainsi mystérieusement à leur accès à la béatitude; à partir de l’abbaye de Cluny, l’usage s’est peu à peu répandu d’intercéder solennellement pour les défunts par une célébration que saint Odilon a appelée la Fête des Morts, pratique qui est aujourd’hui en vigueur dans l’Eglise universelle.

 

En priant pour les morts, l’Eglise contemple avant tout le mystère de la Résurrection du Christ qui, par sa Croix, nous obtient le salut et la vie éternelle. Aussi, avec saint Odilon, pouvons-nous redire sans cesse : »La croix m’est un refuge, la Croix m’est voie et vie [...]. La Croix est mon arme invincible. La Croix repousse tout mal. La croix dissipe les ténèbres ». La Croix du Seigneur nous rappelle que toute vie est habitée par la lumière pascale, qu’aucune situation n’est totalement perdue, car le Christ a vaincu la mort et nous ouvre le chemin de la vraie vie. La Rédemption « se réalise par le sacrifice du Christ, grâce auquel l’homme rachète la dette du péché et s’est réconcilié avec Dieu » [Tertio millennio adveniente, n. 7] (...).

 

Dans l’attente de voir la mort définitivement vaincue, des hommes « continuent sur terre leur pèlerinage; d’autres, ayant achevé leur vie, se purifient encore; d’autres enfin sont dans la gloire et contemplent la Trinité dans la pleine lumière » (Conc. oecum. Vatican II, Lumen gentium, n.49; cf. Eugène IV, bulle Laetantur coeli). Unie aux mérites des saints, notre prière fraternelle vient au secours de ceux qui sont en attente de la vision béatifique. Selon les commandements divins, l’intercession pour les morts obtient des mérites qui servent au plein accomplissement du salut. C’est une expression de la charité fraternelle de l’unique famille de Dieu, par laquelle « nous répondons à la vocation profonde de l’Eglise » (Lumen gentium, n.51); « sauver des âmes qui aimeront Dieu éternellement » (Thérèse de Lisieux, Prières, 6; cf. Manuscrit A 77, r°). Pour les âmes du purgatoire, l’attente du bonheur éternel, de la rencontre avec le Bien-Aimé, est source de souffrances à cause de la peine due au péché qui maintient loin de Dieu; Mais il y a aussi la certitude que, le temps de purification achevé, l’âme ira à la rencontre de Celui qu’elle désire [cf. Ps 42; 62] (...).

 

J’encourage donc les catholiques à prier avec ferveur pour les défunts, pour ceux de leurs familles et pour tous nos frères et soeurs qui sont morts, afin qu’ils obtiennent la rémission des peines dues à leurs péchés et qu’ils entendent l’appel du Seigneur (…).

 

En confiant à l’intercession de Notre-Dame, de saint Odilon et de saint Joseph, patron de la bonne mort, les fidèles qui prieront pour les morts, je leur accorde de grand coeur ma Bénédiction apostolique, ainsi qu’aux membres de la communauté diocésaine d’Autun, à ceux qui sont engagés dans l’Archiconfrérie de Notre-Dame de Cluny et aux lecteurs du bulletin Lumière et vie. Je l’étends volontiers à tous ceux qui, au cours de l’année du millénaire, prieront à l’intention des âmes du purgatoire, qui participeront à l’Eucharistie, et qui offriront des sacrifices pour les défunts (...) ».


Mgr Jacques Masson

 

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Lundi 27 octobre 2008 1 27 /10 /Oct /2008 18:00
- Par Mgr Jacques Masson

J’ai dû changer le programme des « catéchèses, car la Fête de Notre-Dame des Sept Douleurs, le 15 septembre, et l’anniversaire de la dernière Apparition de la Sainte Vierge à Fatima le 13 octobre 1917, au cours de laquelle Marie déclare « Je suis Notre-Dame du Rosaire », avec le Miracle du Soleil, ont pris plus de place que je ne le pensais.


Mon intention première était de présenter Notre-Dame des Sept Douleurs, de présenter ensuite les Archanges les Anges, les Anges Gardiens, le Démon, l’Enfer et le Purgatoire, et arriver ainsi à la Prière pour les Défunts pour le début du mois de novembre précisément.


Mais étant donné l’importance de la prière pour les défunts, c’est par elle que je commence cette catéchèse qui, en fait nous ouvre le Monde de Dieu, ce qu’il y a après la mort. Et ce à quoi l’on ne pense pas assez !


Ensuite, portant notre regard sur le monde de Dieu, tel qu’il nous a été révélé, j’arriverai finalement aux Anges, aux Archanges, aux Anges Gardiens, qui forment la Cour Céleste, et dont parle souvent l’Ancien Testament, et le Nouveau Testament : saint Luc notamment avec la double annonciation de l’Archange Gabriel à Zacharie d’abord, puis à Marie avec l’Incarnation du Fils de Dieu.


Et le fait et le but de cette l’Incarnation du Fils de Dieu, amène tout naturellement à parler de la raison de cette Incarnation : notre salut, entravé par l’existence des Démons, de Lucifer et de ses légions. Penser à ce qu’il y a après la mort, c’est penser aussi à cet Esprit pervers et immonde qui ne veut que nous détruire, et donc à l’Enfer. Et si ce n’est l’Enfer (que Dieu nous en préserve, et Saint Michel aussi), ce sera le Purgatoire, conséquence de nos péchés, et passage nécessaire en raison de nos fautes, pour retrouver la fraîcheur et la blancheur de notre âme afin de pouvoir « voir Dieu comme Il Est »… après cette purification qui est loin d’être une « salle d’attente ».


Ce qui, en fait, n’est pas une mauvaise préparation à Noël (et nous arriverons de fait au temps de Noël avec ces catéchèses sur les « Fins Dernières », comme on les appelle pour désigner ce vers quoi nous irons après notre mort), puisque l’Incarnation du Fils de Dieu et sa naissance le 25 décembre, apporte sur notre monde la Lumière dont Satan et le péché l’avaient privé : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière » nous dit le prophète Isaïe (9, 1), repris par Saint Mathieu qui précise : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière ; sur ceux qui habitaient les obscurs parages de la mort, une lumière s’est levée » (Mathieu 4, 16 ; cf Isaïe 8,23-9,1.


En effet, si Un Sauveur nous a été donné, et pas n’importe qui, le propre Fils de Dieu fait homme dans le sein de la Vierge Marie, c’est parce que nous étions en grand danger d’être perdus… Mais si le salut nous a été donné, il revient à chacun de le « saisir ». Ce que beaucoup trop de gens oublient… même chez les catholiques, ceux qui disent notamment, « je suis croyant, mais pas pratiquant ». Un Sauveur… mais auquel la « poussière orgueilleuse » que nous sommes peut dire NON !

 

            A présent, nous verrons donc successivement :

 

            LE JOUR DES MORTS - LE 2 NOVEMBRE

Le sens de ce jour,

l’origine et l’histoire de cette commémoraison,

le Message de Jean Paul II pour le millénaire de cette commémoraison

            LA PRIERE POUR LES DEFUNTS DANS LA SAINTE ECRITURE

                        Ancien et Nouveau Testament

                        Deux psaumes utilisés dans la liturgie des défunts

                                   De Profundi

                                   Miserere mei

                                               (En plusieurs langues EN ANNEXE)

LES PRIERES POUR LES DEFUNTS DANS LA LITURGIE DE L’EGLISE

                        LE « DIES IRAE »

                                                (Introduction et texte en plusieurs langues en ANNEXE)

                        LES PRINCIPAUX TEXTES DE LA LITURGIE DES DEFUNTS

                                               (en plusieurs langues EN ANNEXE)

                                    Libera Me

                                   Domine Jesu Christe

                                   In Paradisum

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Lundi 27 octobre 2008 1 27 /10 /Oct /2008 14:20

Selon l'étude publiée jeudi 23 octobre dernier par l'AED, la persécution religieuse dans le monde est en augmentation. Le « Rapport 2008 sur la Liberté religieuse dans le monde » de l’association Aide à l’Eglise en détresse (AED), rédigé en sept langues et rendu public pour la première fois simultanément en Italie, en France, en Espagne et en Allemagne, a été commenté à Rome devant la presse par son président, le père Joaquín Alliende.


« Sans liberté religieuse il n’y a ni démocratie ni paix dans le monde », a estimé le père Alliende en présentant le rapport dans la Salle de presse étrangère de Rome. Selon lui, le Rapport « répond à une sensibilisation de plus en plus forte de l’opinion publique, qui tient à être informée de la situation réelle des droits de l’homme en général et de la liberté religieuse en particulier, en tant que droit inaliénable de tout être humain ». « Ce rapport se distingue par son approche non confessionnelle, qui prend en compte la situation de chaque pays, avec une référence à chacune des restrictions de la liberté religieuse dans les domaines juridique et institutionnel, ou à chaque typologie socio-culturelle ou idéologique ».


Le rapport s’attarde sur l’aggravation au cours des deux dernières années de la situation en Inde, où pourtant la Constitution garantit la liberté religieuse. Une persécution qui, selon le P. Bernardo Cervellera, directeur de l’agence Asianews.it et l’un des rédacteurs du Rapport, est menée par un noyau de fondamentalistes, exploité et subventionné par des personnes qui cherchent à réduire la population en esclavage. Le rapport fait remarquer que le risque est grand de voir l’identité de l’Inde en tant qu’Etat séculier sérieusement compromise, avec une régression vers un confessionalisme hindouiste aux développements imprévisibles.


La situation en Irak est également examinée dans le document. Depuis fin septembre, les persécutions ont contraint deux mille familles chrétiennes à abandonner Mossoul et à se réfugier dans la plaine de Ninive, a rapporté le journaliste Camille Eid, autre rédacteur du rapport, qui rappelle que « la loi adoptée en septembre dernier au Parlement de Bagdad a abrogé l’article qui garantissait un minimum de liberté religieuse pour les chrétiens en Irak ».


Le Rapport recense les « pays où existent de graves limitations légales à la liberté religieuse » : Chine, Cuba, Corée du Nord, Iran, Nigeria, Birmanie, Laos, Arabie saoudite, Pakistan et Soudan. Il liste également d’autres « pays où on observe des restrictions légales à la liberté religieuse », dont l’Afghanistan, l’Algérie, le Bahreïn, le Bangladesh, la Biélorussie, la Bolivie, l’Egypte, l’Erythrée, la Terre Sainte (Israël et les territoires palestiniens) et le Mexique.


Par ailleurs, il y a des « pays qui connaissent des épisodes de répression légale » (à nouveau sont cités la Chine, Cuba et l’Iran), des « pays qui connaissent des épisodes violents d’intolérance sociale » et enfin des « pays qui connaissent des conflits locaux » déjà examinés ailleurs.


« Qu’est-ce qui ressort du Rapport 2008 de l’AED ? », s’est interrogé le père Cervellera dans son intervention durant la conférence de presse : « Une donnée intéressante est sans nul doute que les atteintes à la liberté religieuse sont dictées de moins en moins par des motifs idéologiques et de plus en plus par des motifs liés au pouvoir.» Dans certains cas, comme par exemple en Chine, « la crainte de s’ouvrir à la liberté de culte va de pair avec la crainte qu’on revendique dans un sens plus large les autres libertés ».

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Lundi 27 octobre 2008 1 27 /10 /Oct /2008 13:16
Nous publions ic le texte intégral du Message du synode sur la Parole de Dieu dans la vie et dans la mission de l'Eglise, approuvé ce vendredi, par les pères synodaux, au terme de la XIIe Assemblée générale ordinaire du synode des évêques. Malgré la longueur de ce texte, son importance et son intérêt, nous ont paru justifier une publication intégrale. Un résumé est disponible sur Zenit.org (ICI) et une analyse sur le site de La Croix (ICI).

 

___________


Aux frères et sœurs,

« paix, ainsi que charité et foi, de la part de Dieu le Père et de Jésus-Christ le Seigneur. Que la grâce soit avec tous ceux qui aiment notre Seigneur Jésus-Christ d'un amour incorruptible ». C'est par cette salutation intense et passionnée que saint Paul concluait sa lettre aux chrétiens d'Éphèse (6, 23-24). C'est par ces mêmes mots que nous, Pères synodaux réunis à Rome pour la XIIe Assemblée générale ordinaire du Synode des Évêques sous la conduite du Saint-Père Benoît XVI, ouvrons notre message adressé à l'immense horizon de tous ceux qui, dans les diverses régions du monde, suivent le Christ en disciples et continuent de l'aimer d'un amour incorruptible.


Nous leur proposerons, de nouveau, la voix et la lumière de la Parole de Dieu, répétant l'antique appel: « Elle est tout près de toi, la Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur afin que tu la mettes en pratique » (Dt 30, 14). Et Dieu lui-même nous dira à chacun: « Fils d'homme, toutes les paroles que je te dis, reçois-les dans ton cœur, écoute de toutes tes oreilles » (Ez 3,10). A tous, nous proposons à présent un voyage spirituel qui se déroulera en quatre étapes et qui, de l'éternité et de l'infinité de Dieu, nous conduira jusqu'en nos maisons et le long des rues de nos cités.


I. LA VOIX DE LA PAROLE: LA RÉVÉLATION

1. «Le Seigneur vous parla alors du milieu du feu; vous entendiez le son des paroles, mais vous n'aperceviez aucune forme, rien qu'une voix!» (Dt 4, 12). C'est Moïse qui parle, évoquant l'expérience vécue par Israël, dans l'âpre solitude du désert du Sinaï. Là, le Seigneur s'était présenté non comme une image ou une effigie, ou une statue semblable au veau d'or, mais comme un « son de paroles ». C'est une voix qui était entrée en scène aux débuts mêmes de la création, lorsqu'elle avait déchiré le silence du néant: « Au commencement... Dieu dit: Que la lumière soit ! Et la lumière fut... Au commencement était le Verbe... et le Verbe était Dieu... Tout fut par lui, et sans lui rien ne fut » (Gn 1, 1.3; Jn 1, 1.3).

Le créé ne naît pas d'une lutte entre dieux, comme l'enseignait l'antique mythologie mésopotamienne, mais d'une parole qui vainc le néant et crée l'être. Le Psalmiste chante: «Par la parole du Seigneur, les cieux ont été faits, par le souffle de sa bouche, toute leur armée;... Il parle et cela est, il commande et cela existe » (Ps 33, 6.9). Et saint Paul répétera: « Dieu donne la vie aux morts et appelle le néant à l'existence » (Rm 4, 17). Nous avons ainsi une première révélation « cosmique » qui rend tout le créé semblable à une immense page ouverte devant l'humanité tout entière qui, en elle, peut lire le message du Créateur : « Les cieux racontent la gloire de Dieu, et l'œuvre de ses mains, le firmament l'annonce; le jour au jour en publie le récit et la nuit à la nuit en donne connaissance. Non point récit, non point langage, nulle voix qu'on puisse entendre, mais pour toute la terre se diffuse leur annonce, et s'en va leur message aux limites du monde » (Ps19, 2-5).

2. La parole divine est également à l'origine de l'histoire humaine. L'homme et la femme, qui sont « à l'image et à la ressemblance de Dieu » (Gn 1, 27) et qui, de fait, portent en eux l'empreinte divine, peuvent entrer en dialogue avec leur Créateur ou peuvent s'éloigner de lui, le repoussant par le péché. La parole de Dieu, alors, sauve et juge, et pénètre la trame de l'histoire tissée de faits et d'événements: « J'ai vu, j'ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte. J'ai entendu son cri... oui, je connais ses angoisses. Je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens et le faire monter de cette terre vers une terre plantureuse et vaste » (Ex 3, 7-8). Il y a donc une présence divine dans les événements humains qui, à travers l'action du Seigneur de l'histoire, sont inscrits dans un dessein plus élevé de salut, pour que « tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1 Tm 2,4).

3. La parole divine, efficace, créatrice et salvatrice est donc à l'origine de l'être et de l'histoire, de la création et de la rédemption. Le Seigneur vient à la rencontre de l'humanité, proclamant: « J'ai parlé et je fais! » (Ez 37,14). Mais il est encore une étape que la voix divine franchit: c'est celle de la parole écrite, la Graphé ou les Graphaí, les Écritures sacrées, comme il nous est dit dans le Nouveau Testament. Déjà, Moïse était descendu du sommet du Sinaï tenant «en main les deux tables du Témoignage, tables écrites des deux côtés, écrites sur l'une et l'autre face. Les tables étaient l'œuvre de Dieu et l'écriture était celle de Dieu » (Ex 32,15-16). Et Moïse imposa à Israël de conserver et de recopier ces « tables du Témoignage »: « Tu écriras sur ces pierres toutes les paroles de cette Loi: grave-les bien » (Dt 27,8).

Les Saintes Écritures sont le «témoignage», sous forme écrite, de la parole divine, elles sont le mémorial canonique, historique et littéraire qui atteste l'événement de la Révélation créatrice et salvatrice. La Parole de Dieu précède donc et dépasse la Bible, qui n'en reste pas moins «inspirée par Dieu» et qui contient la Parole divine efficace (cf. 2 Tm 3,16). C'est pour cette raison que notre foi n'a pas en son centre uniquement un livre, mais une histoire de salut et, comme nous le verrons, une Personne, Jésus-Christ, Parole de Dieu faite chair, homme et histoire. C'est justement parce que l'horizon de la Parole divine embrasse et s'étend au-delà de l'Écriture qu'est nécessaire la constante présence de l'Esprit Saint qui «conduit à la vérité toute entière» (Jn 16, 13) celui qui lit la Bible. Telle est la grande Tradition, présence efficace de l'« Esprit de vérité » dans l'Église, gardienne des Saintes Écritures, authentiquement interprétées par le Magistère ecclésial. Avec la Tradition, on parvient à la compréhension, à l'interprétation, à la communication et au témoignage de la Parole de Dieu. Saint Paul lui-même, proclamant le premier Credo chrétien, affirmera «transmettre» ce qu'il «a reçu» de la Tradition (1 Co 15, 3-5).


II. LE VISAGE DE LA PAROLE: JÉSUS-CHRIST

4. Dans l'original grec, il n'y a que trois mots fondamentaux: Lógos sarx eghéneto, « le Verbe/Parole se fit chair ». C'est ici le sommet, non seulement de ce joyau poétique et théologique qu'est le Prologue de l'Évangile de Jean (1, 14), mais aussi le cœur même de la foi chrétienne. La Parole éternelle et divine entre dans l'espace et dans le temps, prend un visage et assume une identité humaine, tant et si bien qu'il est possible de s'en approcher directement en demandant, comme le fit ce groupe de Grecs présents à Jérusalem: « Nous voulons voir Jésus » (Jn 12, 20-21). Les paroles sans un visage ne sont pas parfaites, parce qu'elles n'accomplissent pas en plénitude la rencontre, comme le rappelait Job, arrivé au terme du drame de son itinéraire de recherche: « Je ne te connaissais que par ouï-dire, mais maintenant mes yeux t'ont vu » (42, 5). Le Christ est « le Verbe qui est avec Dieu et qui est Dieu», il est «l'Image du Dieu invisible, Premier-Né de toute créature » (Col 1, 15); mais il est aussi Jésus de Nazareth qui parcourt les rues d'une province en marge de l'empire romain, qui parle une langue locale, qui révèle les traits d'un peuple, le peuple juif, et de sa culture. Le Jésus-Christ réel est, donc, chair fragile et mortelle, il est histoire et humanité, mais il est aussi gloire, divinité, mystère: Celui qui nous a révélé le Dieu que personne, jamais, n'a vu (cf. Jn 1, 18). Et Fils de Dieu, il continue de l'être jusques dans ce cadavre déposé au sépulcre, et la résurrection en est l'attestation vivante et efficace.

5. Or la tradition chrétienne a souvent mis en parallèle la Parole divine qui se fait chair avec cette même Parole qui se fait livre. C'est ce qui transparaît déjà dans le Credo lorsque nous professons que le Fils de Dieu «a été conçu du Saint-Esprit, est né de la Vierge Marie», et que l'on confesse également la foi en ce même «Esprit Saint qui a parlé par les prophètes». Le Concile Vatican II recueille cette antique tradition selon laquelle « le corps du Fils est l'Écriture qui nous est transmise » - comme l'affirme saint Ambroise (In Lucam VI, 33) - et déclare clairement: « Les paroles de Dieu, en effet, exprimées en des langues humaines, se sont faites semblables au langage des hommes, tout comme autrefois le Verbe du Père éternel, ayant assumé les faiblesses de la nature humaine, se fit semblable aux hommes » (DV 13).

La Bible est, de fait, elle aussi «chair», «lettre»; elle s'exprime dans des langues particulières, dans des formes littéraires et historiques, dans des conceptions liées à une culture antique; elle conserve la mémoire d'événements souvent tragiques, ses pages sont souvent traversées de sang et de violence; en son intérieur résonne le rire de l'humanité, et coulent les larmes, tout comme s'y élèvent la prière des malheureux et la joie des amoureux. Cette dimension «charnelle» fait qu'elle nécessite une analyse historique et littéraire, qui s'actualise à travers les diverses méthodes et approches offertes par l'exégèse biblique. Tout lecteur des Saintes Écritures, même le plus simple, doit avoir une certaine connaissance du texte sacré, se rappelant que la Parole est revêtue de paroles concrètes auxquelles elle se plie et s'adapte pour être audible et compréhensible par l'humanité.

C'est une tâche nécessaire: si on l'exclut, on peut tomber dans le fondamentalisme qui, concrètement, nie l'incarnation de la Parole divine dans l'histoire, et ne reconnaît pas que cette Parole s'exprime dans la Bible selon un langage humain, qui doit être déchiffré, étudié et compris, et ignore que l'inspiration divine n'a pas effacé l'identité historique et la personnalité propre des auteurs humains. Mais la Bible est aussi Verbe éternel et divin, et c'est pourquoi elle exige une compréhension autre, donnée par l'Esprit Saint qui dévoile la dimension transcendante de la parole divine, présente dans les paroles humaines.

6. D'où la nécessité de la « Tradition vivante de l'Église tout entière » (DV 12) et de la foi pour comprendre de manière unifiée et pleine les Saintes Écritures. Si l'on s'arrête à la «lettre» seule, la Bible demeure uniquement un solennel document du passé, un noble témoignage éthique et culturel. Si, par ailleurs, on exclut l'incarnation, on peut tomber dans l'équivoque fondamentaliste ou dans un vague spiritualisme ou psychologisme. La connaissance exégétique doit, en conséquence, s'insérer de manière indissoluble dans la tradition spirituelle et théologique pour que ne soit pas brisée l'unité divine et humaine de Jésus-Christ et des Écritures.

Dans cette harmonie retrouvée, le visage du Christ resplendira dans toute sa plénitude et nous aidera à découvrir une autre unité, celle plus profonde et intime des Saintes Écritures, leur être, composées bien sûr de 73 livres, mais insérés en un seul « Canon », en un seul dialogue entre Dieu et l'humanité, en un dessein unique de salut. « Après avoir, à maintes reprises et sous maintes formes, parlé jadis aux Pères par les prophètes, Dieu, en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par le Fils » (He 1, 1-2). Le Christ projette, de la sorte, sa lumière rétrospectivement sur toute la trame de l'histoire du salutet en révèle la cohérence, la signification, le sens.

Il est le sceau, « l'alpha et l'oméga » (Ap 1, 8) d'un dialogue entre Dieu et ses créatures prolongé dans le temps et attesté dans la Bible. C'est à la lumière de ce sceau final qu'acquièrent leur «sens plénier» les paroles de Moïse et des prophètes, selon ce qu'avait dit Jésus lui-même, par cet après-midi d'un jour de printemps, alors qu'il cheminait de Jérusalem vers le village d'Emmaüs, dialoguant avec Cléophas et son ami, et qu'il interpréta pour eux, « dans toutes les Écritures ce qui le concernait » (Lc 24, 27).

C'est précisément parce qu'au cœur de la Révélation, il y a la Parole divine devenue visage, que la visée ultime de la connaissance de la Bible ce n'est pas dans « une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une Personne, qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation décisive » (Deus caritas est, 1).


III. LA MAISON DE LA PAROLE : L'ÉGLISE

Comme la sagesse divine dans l'Ancien Testament a bâti sa maison dans la cité des hommes et des femmes la faisant reposer sur sept colonnes (cf. Pr 9, 1), ainsi la Parole de Dieu a sa maison dans le Nouveau Testament: c'est l'Église qui a son modèle dans la communauté-mère de Jérusalem, l'Eglise fondée sur Pierre et sur les Apôtres et qui aujourd'hui, par les évêques en communion avec le Successeur de Pierre, continue d'être gardienne, annonciatrice et interprète de la Parole (cf. LG 13). Luc, dans les Actes des Apôtres (2, 42), en trace l'architecture fondée sur quatre colonnes idéales: «Ils se montraient assidus à l'enseignement des apôtres, fidèles à la communion fraternelle, à la fraction du pain et dans les prières».

7. C'est, tout d'abord, la didaché apostolique, à savoir la prédication de la Parole de Dieu. L'apôtre Paul, à cet effet, nous avertit que «la foi naît de l'écoute, et l'écoute se rapporte à la parole du Christ» (Rm 10,17). De l'Église provient la voix du héraut qui propose à tous le kérygme, c'est-à-dire l'annonce première et fondamentale que Jésus avait lui-même proclamée aux débuts de son ministère public: «Le temps est accompli et le Royaume de Dieu est tout proche: repentez-vous et croyez à l'Évangile» (Mc 1,15). Les apôtres annoncent l'inauguration du royaume de Dieu, et donc l'intervention décisive de Dieu dans l'histoire humaine, proclamant la mort et la résurrection du Christ: «Car il n'y a pas sous le ciel d'autre nom donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvés» (Ac 4, 12). Le chrétien rend témoignage de cette espérance avec « douceur et respect, en possession d'une bonne conscience», prompt aussi à s'impliquer, voire à être emporté par la tempête du refus et de la persécution, conscient que «mieux vaudrait souffrir en faisant le bien, qu'en faisant le mal» (1 P 3,16-17).

Dans l'Église résonne ensuite la catéchèse, destinée à approfondir chez le chrétien «l'intelligence du mystère du Christ à la lumière de la Parole, afin que l'homme tout entier soit imprégné par elle» (Jean-Paul II, Catechesi tradendae, 20). Mais le point culminant de la prédication réside dans l'homélie qui, aujourd'hui encore, est pour de nombreux chrétiens le moment capital de la rencontre avec la Parole de Dieu. Dans cet acte, le ministre devrait se transformer également en prophète. En effet, par un langage net, incisif et substantiel, il doit avec autorité « nnoncer les œuvres admirables de Dieu dans l'histoire du salut » (SC 35) qui sont offertes, avant tout, au travers d'une lecture claire et vivante du texte biblique proposé par la liturgie. Et il doit également actualiser ces œuvres selon les temps et moments vécus par ceux qui écoutent, et susciter dans le cœur des auditeurs la demande de conversion et d'engagement vital: « Que devons-nous faire? » (Ac 2, 37).

Annonce, catéchèse et homélie supposent donc lecture et compréhension, explication et interprétation: une implication de l'esprit et du cœur. Ainsi, dans la prédication, s'accomplit un double mouvement. Le premier remonte aux racines des textes sacrés, des événements, des récits qui ont engendré l'histoire du salut, pour les comprendre dans leur signification et leur message. Le second mouvement redescend au présent, au vécu de celui qui écoute et qui lit, toujours à la lumière du Christ, fil lumineux qui unit les Écritures. Ce double mouvement, Jésus lui-même l'avait fait - comme nous l'avons déjà évoqué - sur le chemin conduisant de Jérusalem à Emmaüs, en compagnie de deux de ses disciples. C'est aussi ce que fera le diacre Philippe sur la route qui mène de Jérusalem à Gaza, lorsqu'il entamera ce dialogue emblématique avec le fonctionnaire éthiopien: « Comprends-tu donc ce que tu lis?... Et comment le pourrais-je, si personne ne me guide? » (Ac 8, 30-31). L'aboutissement en sera la rencontre plénière avec le Christ dans le sacrement. Ainsi se présente la deuxième colonne qui soutient l'Église, maison de la Parole divine.

8. Venons-en à la fraction du pain. La scène d'Emmaüs (cf. Lc 24, 13-35), une fois encore exemplaire, se reproduit quand, tous les jours au sein de nos églises, à la table, la fraction du pain eucharistique succède à l'homélie de Jésus sur Moïse et les prophètes. C'est là le moment du dialogue intime de Dieu avec son peuple; c'est l'acte de la nouvelle Alliance scellée dans le sang du Christ (cf. Lc 22, 20); c'est l'œuvre suprême du Verbe qui s'offre en nourriture par son corps immolé; c'est la source et le sommet de la vie et de la mission de l'Eglise. La narration évangélique de la dernière Cène, mémorial du sacrifice du Christ, devient événement et sacrement lorsqu'elle est proclamée dans la célébration eucharistique, dans l'invocation de l'Esprit Saint. C'est pour cette raison que le Concile Vatican II, dans un passage particulièrement dense, déclarait: « L'Église a toujours témoigné son respect à l'égard des Écritures, tout comme à l'égard du Corps du Seigneur lui-même, puisque, surtout dans la Sainte Liturgie, elle ne cesse de prendre le pain de vie et de le présenter aux fidèles, à la table de la Parole de Dieu comme à celle du Corps du Christ » (DV 21). Il conviendra donc de replacer au centre de la vie chrétienne «la liturgie de la parole et la liturgie eucharistique, unies si fortement entre elles jusqu'à ne former qu'un seul acte de culte» (SC 56).

9. Le troisième pilier de l'édifice spirituel de l'Église, maison de la Parole, est constitué des prières, composées - comme le rappelait saint Paul - de «psaumes, hymnes, cantiques inspirés» (Col 3, 16). Une place privilégiée est naturellement occupée par la Liturgie des Heures, la prière de l'Église par excellence, destinée à rythmer les jours et les temps de l'année chrétienne, en offrant, surtout avec le Psautier, la nourriture quotidienne spirituelle au fidèle. Outre la liturgie des Heures et les célébrations communautaires de la Parole, la tradition a introduit la pratique de la Lectio divina, lecture priante dans l'Esprit Saint, capable d'ouvrir au fidèle le trésor de la Parole de Dieu, et par là de créer la rencontre avec le Christ, Parole divine vivante.Cette Lectio divina s'ouvre par la lecture (lectio) du texte qui provoque une question portant sur la connaissance authentique de son contenu réel: que dit le texte biblique en soi? S'en suit la méditation (meditatio) qui pose la question suivante: que nous dit le texte biblique? L'on arrive ainsi à la prière (oratio) qui suppose cette autre demande: que disons-nous au Seigneur en réponse à sa parole? Et on termine par la contemplation (contemplatio), au cours de laquelle nous assumons comme un don de Dieu son propre regard de jugement qu'il porte sur la réalité, et nous nous demandons: quelle conversion de l'esprit, du cœur et de la vie le Seigneur nous demande-t-il ?

Face au «lecteur-orant» de la Parole de Dieu, se profile l'idéal de la figure de Marie, la mère du Seigneur, qui «conservait avec soin toutes ces choses, les méditant en son cœur» (Lc 2, 19; cf. 2, 51), c'est-à-dire - comme le dit le texte original grec - en trouvant le nœud profond qui unit les événements, les actes et les choses, apparemment disjoints, dans le grand dessein de Dieu. On peut aussi présenter aux yeux du fidèle qui lit la Bible, l'attitude de Marie, sœur de Marthe, qui s'assit aux pieds du Seigneur, à l'écoute de sa parole, empêchant que les agitations extérieures n'absorbent totalement son âme, jusqu'à occuper l'espace libre pour «l a meilleure part » qui ne doit pas nous être enlevée (cf. Lc 10, 38-42).

10. Nous voici, enfin, devant la dernière colonne qui soutient l'Église, maison de la Parole: la koinonía, la communion fraternelle, autre nom de l'agápe, c'est-à-dire de l'amour chrétien. Comme Jésus le rappelait, pour devenir ses frères et ses sœurs, il faut être de « ceux qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique » (Lc 8, 21). Écouter authentiquement, c'est: obéir et œuvrer; faire naître dans la vie la justice et l'amour; offrir dans l'existence et dans la société, un témoignage conforme à l'appel des prophètes - qui unissait sans cesse parole de Dieu et vie, foi et rectitude, culte et engagement social. C'est ce qu'a répété à maintes reprises Jésus, après ce fameux avertissement du Sermon sur la montagne: « Ce n'est pas en me disant: ‛Seigneur, Seigneur', qu'on entrera dans le Royaume des Cieux » (Mt 7, 21). Cette phrase semble faire écho à la parole divine proposée par Isaïe: « Ce peuple est près de moi en paroles et m'honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi » (29, 13). Ces avertissements concernent aussi les Eglises lorsqu'elles ne sont pas fidèles à l'écoute obéissante de la Parole de Dieu.

Elle doit donc être déjà visible et lisible sur le visage et dans les mains mêmes du croyant, comme le suggérait saint Grégoire le Grand qui voyait en saint Benoît, et dans les autres grands hommes de Dieu, témoins de communion avec Dieu et leurs frères, la Parole de Dieu devenue vie. L'homme juste et fidèle explique non seulement les Écritures, mais encore il les déploie devant tous comme une réalité vivante et vécue. C'est pour cela que viva lectio, vita bonorum: la vie des hommes bons est une lecture/leçon vivante de la parole divine. Saint Jean Chrysostome avait déjà observé que les Apôtres descendirent du mont de Galilée, où ils avaient rencontré le Ressuscité, sans nulle table de pierre écrite, comme il en avait été pour Moïse: comme si, à partir de ce moment-là, leur propre vie était devenue l'Évangile vivant.

Dans la maison de la Parole, nous rencontrons aussi les frères et sœurs des autres Églises et communautés ecclésiales qui, malgré les séparations encore existantes, partagent avec nous la vénération et l'amour de la Parole de Dieu, principe et source d'une première et réelle unité, bien que non encore plénière. Ce lien doit toujours être renforcé par les traductions bibliques communes, la diffusion du texte sacré, la prière biblique œcuménique, le dialogue exégétique, l'étude et la confrontation des différentes interprétations des Saintes Écritures, l'échange des valeurs inhérentes aux différentes traditions spirituelles, l'annonce et le témoignage communs de la Parole de Dieu dans un monde sécularisé.


IV. LES CHEMINS DE LA PAROLE: LA MISSION

« De Sion vient la Loi et de Jérusalem la parole du Seigneur » (Is 2,3). La parole de Dieu personnifiée «sort» de sa maison, le temple, et chemine le long des routes du monde afin de rencontrer le grand pèlerinage que les peuples de la terre ont entrepris à la recherche de la vérité, de la justice et de la paix. Et de fait, dans la ville moderne sécularisée, sur ses places et dans ses rues - où semblent dominer l'incrédulité et l'indifférence, où le mal semble prévaloir sur le bien, laissant croire en la victoire de Babylone sur Jérusalem - il y a comme un souffle caché, une espérance en germe, un frémissement d'attente. Comme nous lisons dans le livre du prophète Amos : « Voici venir des jours où j'enverrai la faim dans le pays, non pas une faim de pain, non pas une soif d'eau, mais d'entendre la parole du Seigneur » (8, 11). C'est à cette faim que veut répondre la mission évangélisatrice de l'Église.

Le Christ ressuscité, aux Apôtres encore hésitants, lance l'appel à sortir des confins protégés de leur horizon: « Allez de toutes les nations faites donc des disciples... leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit » (Mt 28, 19-20). Toute la Bible est traversée d'appels à « ne pas se taire», à « crier avec force », à «annoncer la parole à temps et à contretemps», à être des sentinelles déchirant le silence de l'indifférence. Les routes qui s'ouvrent à nous aujourd'hui ne sont plus seulement celles sur lesquelles marchaient saint Paul ou les premiers évangélisateurs et, après eux, tous les missionnaires qui s'avancent vers les peuples en des terres lointaines.

11. La communication, de nos jours, s'étend en un réseau qui enveloppe le globe en son entier. Et l'appel du Christ acquiert une nouvelle résonnance: « Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le au grand jour, et ce que je vous dis au creux de l'oreille, proclamez-le sur les toits » (Mt 10, 27). Si la parole sacrée doit, certes, conserver sa première visibilité et diffusion, au moyen du texte imprimé - par des traductions faites dans la grande variété des langues de notre planète -, la voix de la parole divine doit également résonner à travers la radio, les canaux Internet de diffusion virtuelle en ligne, les CD, les DVD, les podcasts et ainsi de suite; elle doit apparaître sur les écrans de télévision et de cinéma, dans la presse, au sein des événements culturels et sociaux.

Cette nouvelle forme de communication, par rapport à la manière traditionnelle, a adopté sa propre grammaire d'expression spécifique et il nous faut donc être équipés, non seulement techniquement, mais aussi culturellement pour cette entreprise. En un temps dominé par l'image, véhiculée par ce moyen prédominant de communication qu'est la télévision, le modèle privilégié par le Christ est encore aujourd'hui significatif et suggestif: il avait recours au symbole, à la narration, à l'exemple, à l'expérience quotidienne, à la parabole. «I l leur parla de beaucoup de choses en paraboles... et il ne disait rien aux foules sans parabole » (Mt 13, 3. 34). Dans l'annonce du royaume de Dieu, les mots de Jésus ne passaient jamais au-dessus des têtes de ses interlocuteurs par l'utilisation d'un langage vague, abstrait et éthéré; au contraire, il conquerrait son auditoire en partant précisément du sol sur lequel leurs pieds étaient plantés pour les conduire de leur quotidien à la révélation du royaume des cieux. Significative, en l'occurrence, cette scène qu'évoque saint Jean: « Certains d'entre eux voulaient le saisir, mais personne ne porta sur lui les mains. Les gardes revinrent donc trouver les prêtres et les Pharisiens. Ceux-ci leur dirent: « Pourquoi ne l'avez-vous pas amené? » Les gardes répondirent: « Jamais homme n'a parlé comme cela! » (7, 44-46).

12. Le Christ s'avance le long des voies de nos cités et fait halte sur le seuil de nos maisons: « Voici, je me tiens à la porte et je frappe ; si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près de moi » (Ap 3, 20). La famille, dont les murs domestiques renferment les joies et les drames, est un espace fondamental dans lequel doit entrer la Parole de Dieu. Toute la Bible est jalonnée de petites et de grandes histoires familiales et le Psalmiste dépeint avec vivacité le cadre serein d'un père assis à table, entouré de son épouse, semblable à une vigne féconde, et de ses enfants « plants d'olivier » (Ps 128). Les chrétiens des premiers temps célébraient eux aussi la liturgie au sein d'une demeure familiale, tout comme Israël confiait à la famille la célébration de la Pâque (cf. Ex 12, 21-27). La transmission de la Parole de Dieu se fait justement à travers la lignée des générations, ce qui fait que les parents deviennent « les premiers à faire connaître la foi » (LG 11). Le Psalmiste rappelait encore que: « Nous l'avons entendu et connu, nos pères nous l'ont raconté; nous ne le tairons pas à leurs enfants, nous le raconterons à la génération qui vient les titres du Seigneur et sa puissance, ses merveilles telles qu'il les fit ; ...que la génération qui vient le connaisse, les enfants qui viendront à naître » (Ps 78, 3-4, 6).

Chaque foyer devra donc avoir sa Bible, la garder avec soin, la lire et prier avec elle;  la famille devra proposer des formes et des modèles d'éducation orante, catéchétique et didactique sur l'usage des Écritures, afin que les « jeunes hommes, et jeunes filles, les vieillards avec les enfants! » (Ps 148, 12) écoutent, comprennent, louent et vivent la Parole de Dieu. En particulier, les nouvelles générations, les enfants et les jeunes, devront être destinataires d'une pédagogie appropriée et spécifique qui les conduise à éprouver la fascination de la figure du Christ, ouvrant la porte de leur intelligence et de leur cœur, y compris par la rencontre et le témoignage authentique des adultes, de l'influence positive des amis et de la grande compagnie de la communauté ecclésiale.

13. Jésus, dans la parabole du semeur, nous rappelle qu'il y a des terrains arides, rocheux, étouffés par les épines (cf. Mt 13, 3-7). Celui qui s'aventure sur les routes du monde découvre également les bas-fonds, foyers de souffrances et de pauvretés, d'humiliations et d'oppressions, d'exclusions et de misères, de maladies physiques, psychiques et de solitudes. Souvent les pierres des chemins sont ensanglantées par les guerres et les violences, et dans les palais du pouvoir, la corruption le dispute à l'injustice. S'élève le cri des persécutés à cause de leur fidélité à leur conscience et à leur foi. Il y a celui qui est saisi d'une crise existentielle, ou dont l'âme est privée d'un sens qui donne signification et valeur à sa vie même. Semblables à « des ombres qui passent , à un souffle qui perd haleine » (Ps 39, 7), beaucoup ressentent même le silence de Dieu peser sur eux, son apparente absence et son indifférence. « Jusques à quand, Seigneur, m'oublieras-tu? Jusqu'à la fin? Jusques à quand me vas-tu cacher ta face? » (Ps 13, 2). Et, finalement, se dresse devant chacun le mystère de la mort.

Cet immense halètement de douleur qui s'élève de la terre vers le ciel est sans cesse représenté dans la Bible, qui propose précisément une foi historique et incarnée. Il suffit seulement de penser aux pages marquées par la violence et l'oppression, au cri âpre et incessant de Job, aux suppliques véhémentes des psaumes, à la crise intérieure subtile qui parcourt l'âme du Qohélet, aux vigoureuses dénonciations prophétiques contre les injustices sociales. Par ailleurs, c'est sans circonstances atténuantes qu'est condamné le péché radical, qui apparaît dans toute sa puissance dévastatrice dès le début de l'humanité dans un texte fondamental de la Genèse (chapitre 3). En effet, le «mystère d'iniquité» est présent et agit dans l'histoire, mais il est dévoilé par la Parole de Dieu qui assure, dans le Christ, la victoire du bien sur le mal.

Mais dans les Écritures, ce qui domine surtout est la figure du Christ qui débute son ministère public par une annonce d'espérance pour les derniers de la terre: « L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a consacré par l'onction, pour porter la bonne nouvelle aux pauvres. Il m'a envoyé annoncer aux captifs la délivrance, aux aveugles la vue, aux opprimés la liberté, et proclamer une année de grâce du Seigneur » (Lc 4, 18-19). Ses mains se posent à maintes reprises sur les chairs malades ou infectées, ses paroles proclament la justice, donnent courage aux malheureux, et accordent le pardon aux pécheurs. À la fin, lui-même s'approche du niveau le plus bas « se dépouillant lui-même » de sa gloire, « prenant la condition d'esclave, et devenant semblable aux hommes. S'étant comporté comme un homme, il s'humilia plus encore, obéissant jusqu'à la mort, et à la mort sur une croix! » (Ph 2, 7-8).

Ainsi, il éprouve la peur de mourir (« Père, s'il est possible, que cette coupe passe loin de moi! »), il fait l'expérience de la solitude par l'abandon et la trahison de ses amis, il pénètre dans l'obscurité de la plus cruelle douleur physique avec la crucifixion et parvient même jusqu'aux ténèbres du silence du Père (« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné? »), atteignant le gouffre ultime de tout homme, celui de la mort (« poussant un grand cri, il rendit l'esprit »). C'est vraiment à lui que peut s'appliquer la définition qu'Isaïe réserve au Serviteur du Seigneur: « homme de douleur, familier de la souffrance » (Is 53,3).

Et pourtant, même en ce moment extrême, il ne cesse d'être le Fils de Dieu: dans sa solidarité d'amour et par le sacrifice de lui-même, il dépose, dans la limite et dans le mal de l'humanité une semence de divinité, à savoir un principe de libération et de salut; par le don de soi qu'il nous fait, il éclaire par la rédemption la douleur et la mort qu'il a assumées et vécues, et nous ouvre, à nous aussi, l'aube de la résurrection. Le chrétien a, alors, la mission d'annoncer cette Parole divine d'espérance par son partage avec les pauvres et les souffrants, par le témoignage de sa foi dans le Royaume de vérité et de vie, de sainteté et de grâce, de justice, d'amour et de paix, par sa proximité amoureuse qui ne juge ni ne condamne mais qui soutient, illumine, conforte et pardonne, dans le sillage des paroles du Christ: « Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai » (Mt 11, 28).

14. Sur les chemins du monde, la Parole divine engendre pour nous chrétiens une rencontre intense avec le peuple juif auquel nous sommes intimement liés par la reconnaissance et l'amour communs des Écritures de l'Ancien Testament et parce que d'Israël «le Christ est issu selon la chair» (Rm 9, 5). Toutes les pages sacrées hébraïques éclairent le mystère de Dieu et de l'homme, révèlent des trésors de réflexion et de morale, tracent le long itinéraire de l'histoire du salut jusqu'à son plein accomplissement, illustrent avec vigueur l'incarnation de la parole divine dans les événements humains. Elles nous permettent de comprendre en plénitude la figure du Christ qui avait déclaré: « N'allez pas croire que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes: je ne suis pas venu abolir, mais accomplir » (Mt 5, 17), elles constituent des voies de dialogue avec le peuple de l'élection qui a reçu de Dieu « l'adoption filiale, la gloire, les alliances, la législation, le culte, les promesses » (Rm 9, 14), et nous permettent d'enrichir notre interprétation des Saintes Écritures avec les ressources fécondes de la tradition exégétique juive.

« Béni mon peuple l'Égypte, et Assur l'œuvre de mes mains, et Israël mon héritage » (Is 19, 25). Le Seigneur déploie donc le manteau protecteur de sa bénédiction sur tous les peuples de la terre, désireux que «tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité» (1Tm 2, 4). Nous aussi chrétiens, au long des chemins du monde, nous sommes invités - sans tomber dans le syncrétisme qui confond et humilie l'identité spirituelle propre - à dialoguer respectueusement avec les hommes et les femmes des autres religions qui écoutent et pratiquent fidèlement les indications de leurs livres sacrés, à commencer par l'Islam qui, dans sa tradition, accueille d'innombrables figures, symboles et thèmes bibliques et qui nous offre le témoignage d'une foi sincère au Dieu unique, « compatissant et miséricordieux », Créateur de tout l'être et Juge de l'humanité.

Le chrétien trouve, en outre, des affinités avec les grandes traditions religieuses de l'Orient qui nous enseignent, par leurs textes sacrés, le respect de la vie, la contemplation, le silence, la simplicité, le renoncement, par exemple dans le bouddhisme. Ou qui, comme l'hindouisme, exaltent le sens du sacré, le sacrifice, le pèlerinage, le jeûne, les symboles sacrés. Ou qui, comme le confucianisme, enseignent la sagesse et les valeurs familiales et sociales. Nous voulons également prêter notre attention cordiale aux religions traditionnelles avec leurs valeurs spirituelles exprimées dans des rites et dans les cultures orales et tisser avec elles un dialogue respectueux. Nous devons également travailler avec ceux qui ne croient pas en Dieu mais qui s'efforcent «d'accomplir la justice, d'aimer la bonté et de marcher humblement» (Mi 6, 8) en vue d'un monde plus juste et pacifié et offrir en dialogue notre témoignage authentique de la Parole de Dieu qui peut leur révéler des horizons nouveaux et élevés de vérité et d'amour.

15. Dans sa Lettre aux Artistes (1999), Jean Paul II rappelait que « la Sainte Écriture est devenue ainsi une sorte d'‛immense dictionnaire' (P. Claudel) et d'‛atlas iconographique' (M. Chagall), où la culture et l'art chrétien ont puisé » (n. 5). Goethe était persuadé que l'Évangile était la « langue maternelle de l'Europe ». Comme on dit couramment aujourd'hui, la Bible est le « grand code » de la culture universelle: les artistes ont idéalement trempé leur pinceau dans cet alphabet coloré d'histoires, de symboles, de figures que sont les pages de la Bible ; c'est autour des textes sacrés, et en particulier des psaumes, que les musiciens ont construit leurs harmonies; les écrivains ont, pendant des siècles, repris les antiques narrations qui devenaient des paraboles existentielles; les poètes se sont interrogés sur le mystère de l'esprit, sur l'infini, sur le mal, sur l'amour, sur la mort et sur la vie recueillant souvent les frémissements poétiques qui animaient les pages bibliques; les penseurs, les hommes de sciences et la société elle-même avaient fréquemment comme référence, même par opposition, les conceptions spirituelles et éthiques (que l'on pense par exemple au Décalogue) de la Parole de Dieu. Même lorsque la figure ou l'idée présente dans les Écritures était déformée, elle était reconnue comme indispensable et constitutive de notre civilisation.

C'est pourquoi la Bible - qui nous enseigne également la via pulchritudinis, c'est-à-dire le parcours de la beauté, pour comprendre et parvenir à Dieu (« Chantez pour Dieu avec art! » nous invite le Ps 47, 8) - est nécessaire, non seulement au croyant mais à tous, afin de redécouvrir les significations authentiques des différentes expressions culturelles et surtout pour retrouver notre propre identité historique, civile, humaine et spirituelle. En elle, notre grandeur plonge ses racines, et grâce à elle, nous pouvons nous présenter avec un noble patrimoine aux autres civilisations et cultures, sans aucun complexe d'infériorité. La Bible devrait donc être connue de tous et étudiée sous cet extraordinaire profil de beauté et de fécondité humaine et culturelle.

Toutefois, la Parole de Dieu - pour utiliser une image significative de saint Paul - « n'est pas enchaînée » (2 Tm 2, 9) à une culture ; au contraire, elle aspire à passer les frontières et justement, l'Apôtre a été un artisan exceptionnel d'inculturation du message biblique dans de nouveaux contextes culturels. C'est ce que l'Église est appelée à faire aujourd'hui aussi, à travers un processus délicat mais nécessaire qui a reçu une forte impulsion du magistère du Pape Benoît XVI. Elle doit faire pénétrer la Parole de Dieu dans la pluralité des cultures et l'exprimer selon leurs langages, leurs conceptions, leurs symboles et leurs traditions religieuses. Elle doit cependant être toujours capable de conserver la véritable substance de ses contenus, surveillant et contrôlant les risques de dégénération.

L'Église doit donc faire briller les valeurs que la Parole de Dieu offre aux autres cultures afin qu'elles en soient purifiées et fécondées. Comme l'avait déclaré Jean-Paul II à l'épiscopat du Kenya, lors de son voyage en Afrique en 1980, « l'inculturation sera réellement un reflet de l'incarnation du Verbe quand une culture transformée et régénérée par l'Évangile, produit dans sa propre tradition des expressions originales de vie, de célébration et de réflexion chrétiennes ».


CONCLUSION

« Puis la voix du ciel, que j'avais entendue, me parla de nouveau: ‛Va prendre le petit livre ouvert dans la main de l'Ange debout sur la mer et sur la terre'. Je m'en fus alors prier l'Ange de me donner le petit livre; et lui me dit: ‛Tiens, mange-le;  il te remplira les entrailles d'amertume, mais en ta bouche il aura la douceur du miel'. Je pris le petit livre de la main de l'Ange et l'avalai ; dans ma bouche, il avait la douceur du miel, mais quand je l'eus mangé, il remplit mes entrailles d'amertume » (Ap 10, 8-11).

Frères et sœurs du monde entier, accueillons, nous aussi, cette invitation; approchons-nous de la table de la Parole de Dieu, de manière à nous en nourrir et à vivre «non seulement de pain, mais [...] de toute parole qui sort de la bouche de Dieu» (Dt 8, 3; Mt 4, 4). L'Écriture Sainte - comme l'affirmait une grande figure de la culture chrétienne - « a pourvu de passages pour consoler toutes les conditions, et pour intimider toutes les conditions » (B. Pascal, Pensées, n°532 édition de Brunschvicg).

La Parole de Dieu, en effet, est « douce plus que le miel, que le suc des rayons » (Ps 19, 11), elle est « une lampe sur mes pas, ta parole, une lumière sur ma route » (Ps 119, 105) mais elle est aussi «comme un feu- oracle du Seigneur - N'est-elle pas comme un marteau qui fracasse le roc?» (Jr 23, 29). Elle est comme la pluie qui irrigue la terre, la rend féconde et la fait germer, faisant ainsi fleurir l'aridité de nos déserts spirituels (cf. Is 55, 10-11). Mais «vivante, en effet, est la Parole de Dieu, efficace et plus incisive qu'aucun glaive à deux tranchants, elle pénètre jusqu'au point de division de l'âme et de l'esprit, des articulations et des moelles, elle peut juger les sentiments et les pensées du cœur» (He 4, 12).

Notre regard se tourne avec affection vers tous ceux qui étudient, les catéchistes et les autres serviteurs de la Parole de Dieu afin de leur exprimer notre plus intense et cordiale gratitude pour leur service si précieux et si important. Nous nous tournons aussi vers nos frères et nos sœurs persécutés ou mis à mort à cause de la Parole de Dieu et du témoignage qu'ils rendent au Seigneur Jésus (cf. Ap 6, 9) : témoins et martyrs qui nous racontent la «f orce de Dieu » (Rm 1, 16), origine de leur foi, de leur espérance et de leur amour pour Dieu et pour les hommes.

Faisons à présent silence afin d'écouter avec efficacité la Parole du Seigneur et conservons le silence après l'écoute afin que cette Parole puisse continuer à demeurer, à vivre et à nous parler. Faisons-la résonner au début de notre journée afin que Dieu ait le premier mot et laissons-la retentir en nous le soir afin que le dernier mot soit de Dieu.

Chers frères et sœurs, « vous saluent tous ceux qui sont avec nous. Saluez tous ceux qui nous aiment dans la foi. La grâce soit avec vous tous » (Tt 3, 15).

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