I.- Nous avons eu l’occasion, à plusieurs reprises, de signaler
les agressions dont sont régulièrement l’objet les catholiques et leur foi. Il n'y a pas lieu de s'étonner que la liste n'en puisse être close. Ce n’est pas sans raison, au demeurant, que notre
époque est donnée pour être la plus persécutrice de tous les temps.
Il est cependant toujours intéressant de relever que les auteurs de ces agressions sont ordinairement des gens qui se piquent d’ouverture d’esprit et de
“tolérance” – cette fameuse tolérance qui n’a pas plus de rapport à la moralité, pour eux, que les maisons du même nom. Nous sommes “branchés” sur la modernité, n’est-ce pas ? Sans
a priori, tout acquis, bien sûr, au respect des autres et des “différences” multiformes de l’inventivité libérée de toute norme.
De toutes, sauf de la “différence” catholique. Celle-là n’est pas admissible, au nom d’une morale implicite prétendument affranchie de toute morale. Elle
ne l’est pas parce qu’elle n’est pas libertaire. « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté ! ». Ce slogan révolutionnaire lui reste applicable. Le
catholicisme est le mal et la mort, l’obscurantisme, l’ennemi de la vie et de la spontanéité, du prurit animal élevé au rang sublimé de l’épanouissement humain. Puisqu’il lui est
irréfragablement compté de prétendre à l’impérialisme des consciences, le catholicisme doit être combattu, quand on ne peut mieux mal faire, par le mépris et la dérision. Plus celle-ci est
avilissante, et plus elle est délectable, à ce qu’il paraît. Il est difficile de s’expliquer ce souci obstiné et inventif, et pourtant si dérisoire, de souiller le sacré si l’on ne croit pas à
l’existence du Démon, « menteur et homicide dès le commencement ».
II.- Les catholiques d’Ibiza, qui en voient ordinairement d’autres, en
font encore l’expérience, ainsi que nous le communique un ami de Barcelone. Une exposition “artistique” (forcément) a été ouverte dans l’église de Santa Maria
de Gracia, plus connue sous le nom de l'Hospitalet, l’une des plus anciennes de l’île. L’évêque d’Ibiza a conventionnellement accepté que celle-ci soit utilisée par le
Musée d’art contemporain, sous réserve d’un accord explicite sur le contenu des expositions. Un accord dont, en l’espèce, la mairie s’est estimée dispensée. Y sont présentées, en effet, des
“œuvres” d’un certain Ivo Hendriks, et d’autres “artistes” néerlandais, qui représentent notamment le Christ et le pape Jean-Paul II on ne peut plus explicitement associés à des scènes
homosexuelles. L’évêque du lieu a protesté énergiquement pour souligner la violation de la convention, menacer de saisir la justice et exiger le retrait immédiat de ces représentations
blasphématoires.
La conseillère municipale à la culture (sic), Mme Sandra Mayans – d’obédience socialiste – s’est empressée de déclarer
qu’il n’était pas question, « évidemment », de retirer quoi que ce soit. Et d’asséner la tarte à la crème habituelle, selon laquelle l’équipe du gouvernement
« n’a jamais censuré – et oui, le voilà, le visage grimaçant de la censure ! - ni ne censurera aucun type d’exposition »
et que « sa fonction était de veiller sur la liberté d’expression des artistes », qu’elle a qualifiée de « fondamentale dans une société
démocratique ». Fermez le ban. L’évêque a répliqué qu’on « ne peut comprendre comment l’abus de la liberté de l’art et de la liberté d’expression peut être utilisé
pour blesser les convictions des catholiques et, de surcroît, dans un édifice qui est la propriété de l’Eglise et dans lequel, pendant de nombreuses années, le culte catholique a été
célébré ».
Vain obscurantisme ratiocineur que tout cela ! On atteint ici des sommets, où l’hypocrisie le dispute résolument à
la sottise. Mme Mayans, qui reconnaît n’avoir pas vu l’exposition, et qui précise que celle-ci est accessible à tout âge (si vous passez par là avec vos bambins, n’hésitez pas), indique que
comme mère, « elle préfère que sa fille voie une scène qui est la plus naturelle du monde (sic) que d’autres (?) qui sont plus
préjudiciables à son développement ». Et, au cas où, décidément, nous n’aurions rien compris, elle précise : « Nous parlons d’art, pas de l’acte sexuel en
soi ». Bien entendu. Mme Mayans, qui paraît s’adresser à des sauvages incultes sur une radio patagonne, et n’avoir pas vu plus d’église que sa propre exposition, ajoute, péremptoire,
qu’il y a d’ailleurs des scènes « tout aussi pornographiques dans certaines églises ». C’est fou comme on est distrait, quand
même…
La conseillère de “politique culturelle” (sic) d’Ibiza, Mme Marià Torres, qui déclare être catholique pratiquante (voilà une
caution autorisée, définitive) et n’être pas choquée par l’exposition, est venue au secours de Mme Mayans pour ajouter ce mot – que l’on qualifierait de merveilleux en d’autres
circonstances : « Il faut être tolérant » (référence ultime oblige) et aller voir cette exposition… « avec un regard pur devant
l’art ». Voilà, évidemment, qui ne pouvait que manquer au prélat catholique.
Ce qui est consolant, en tout cela, est que quoi qu’ils en aient, ceux qui se livrent à ces exercices ou les justifient ne
peuvent pas plus se soustraire aux lois d’apesanteur du ridicule que ceux qui crachent en l’air ne peuvent se dispenser de subir celle de leur propre production. Plus sérieusement, et plus
consolant encore – et ceci n’est peut-être pas tout à fait sans lien avec cela – l’Eglise d’Espagne, et l’Eglise universelle avec elle, s’apprête à célébrer la béatification, le 28 octobre
prochain, de 498 martyrs de la persécution religieuse en Espagne (1936-1939). Nous reviendrons évidemment sur cet événement majeur. En attendant, puissions-nous nous inspirer de ces héros qui
ont su, au milieu des injures qui leur ont été infligées dans leurs corps et leurs âmes, témoigner de leur foi jusqu’au bout de leur vie, dans le pardon et la prière pour leurs ennemis.
« Pardonnez-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ».