Il existe en notre société une tendance particulière qui paraît suffisamment marquée pour pouvoir être analysée.
Dans des situations de difficulté majeure, cette tendance est de refuser l’obstacle, le combat, ce que l’on pourrait appeler, dans le vocabulaire chrétien, l’épreuve. Celle-ci, pour des raisons diverses, paraît à la fois inacceptable et insurmontable. Plutôt d’ailleurs inacceptable qu’insurmontable, car l’acceptation de l’épreuve, en bien des circonstances, conduit à chercher à en triompher.
Parallèlement à ce refus, ou par voie de conséquence, s’exprime la volonté d’aménager en quelque sorte, y compris légalement, l’espace de liberté qui s’offre, ou plutôt qui est choisi, voire arraché, en-deçà de l’obstacle ainsi refusé.
On pourrait citer trois exemples de ce comportement.
Le premier concerne les femmes enceintes, voire leurs maris ou “compagnons”. Il arrive, malheureusement, que la venue d’un enfant soit considérée comme une catastrophe, pour des raisons parfois sordides et de pur égoïsme mais aussi pour des raisons dramatiques et dignes de compréhension, qui tiennent en particulier à la violence, à la solitude ou à la pauvreté. Dans cette mesure, ce peut-être une épreuve considérable. La société moderne, plutôt que d’aider efficacement les mères à l’assumer, comme le font tant d’associations, leur offre de la supprimer, en leur permettant de tuer l’enfant. Restera alors à gérer, tant bien que mal, les conséquences sociales, démographiques ou psychologiques de ces choix, qui sont considérables.
Le deuxième concerne le mariage. Que le mariage dût être l’association sans ombre de deux personnes, c’est ce que pensent ceux qui n’en connaissent rien. Etant fusionnel par destination (« vous ne ferez plus qu’une seule chair »), il doit nécessairement passer par un apprivoisement réciproque, des concessions, des sacrifices, mais aussi des épreuves, des chocs, nés de cette rencontre de personnalités distinctes ou de l’expérience commune de difficultés extérieures. Beaucoup, sitôt un obstacle majeur rencontré, s’imaginent cependant que tout est perdu. Et quand, après avoir « fait » un enfant pour tenter vainement de recoller les morceaux ils baissent encore les bras, la société leur offre généreusement la rupture, aisée à défaut d’être sans douleur. Restera alors à gérer, tant bien que mal, les conséquences sociales et psychologiques de ces choix, dont on n’ignore pourtant pas qu’ils sont désastreux pour les enfants.
Le troisième – mais y en aurait probablement d’autres, à y réfléchir de plus prêt – concerne les personnes homosexuelles. Au regard de la moralité, comme il a déjà été mainte fois souligné, les actes d’homosexualité constituent objectivement un désordre grave que l’Eglise, pour cette raison, n’a jamais accepté, et que l’Ecriture elle-même réprouve. C’est au prix d’une escroquerie morale que certains groupes homosexuels se réclament du patronage de David et de Jonathan (1). Il n’empêche que la tendance homosexuelle constitue, en elle-même, une épreuve de soi non coupable que les personnes concernées sont appelées à assumer dans le cadre de leur propre épanouissement et de leur propre sanctification (2). Mais, là encore, l’obstacle rebute. Alors nombre des personnes concernées – dont il serait sans doute imprudent de dire la proportion - préfèrent rester en-deçà et justifier la tendance par l’acte, avant de tenter d’arracher par tout moyen la légitimation, la banalisation et la normalisation de ce dernier. La société sera alors appelée à gérer, tant bien que mal, les conséquences sociales et psychologiques de ces choix, lesquelles ont été largement soulignées ici même.
Ces circonstances nous invitent évidemment à réfléchir sur le rôle de l’Etat, en l’occurrence démissionnaire et irresponsable, puisqu’il génère légalement des situations qui portent objectivement atteinte au bien commun, en conjuguant lui-même collectivement, en quelque sorte, au nom de la liberté individuelle, le refus des épreuves rencontrées.
Mais, plus positivement, elles nous conduisent aussi à réfléchir sur la nature de l’épreuve, dont nous percevons ici qu’elle a une dimension à la fois personnelle et collective. Elles nous portent, plus précisément encore, à nous interroger sur la place que peut et doit tenir, dans le cadre familial, où se déterminent bien des comportements sociaux, pour le meilleur ou pour le pire d’ailleurs, une éducation à l’épreuve susceptible de favoriser l’épanouissement de la psychologie des enfants, leur sens de la responsabilité et, partant, de leur liberté.
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(1) On consultera sur ce sujet, avec profit, l’article de I. HIMBAZA sur “l’homosexualité dans la Bible”, paru dans l’ouvrage collectif de cet auteur, de A. SCHENKER et de J.-B. EDART intitulé Clarifications sur l’homosexualité dans la Bible, Le Cerf, 2007, pp. 29-47.
(2) Cf. sur cette délicate question le site du mouvement “Courage”, fondé par le Père John HARVEY.