Mardi 10 janvier 2012 2 10 /01 /Jan /2012 15:29
- Par le P. J. A. FORTEA CUCURULL, trad. de l'espagnol par Pierre GABARRA

Au cours des années passées, nous avons publié des témoignages de Mgr Masson (+) sur les années noires de la crise de l’Eglise de France, qui n’ont pas encore leur historien, car le présent est encore trop dépendant de ce récent passé. Nous insistions alors sur le fait que ce travail entrait dans un nécessaire effort de lucidité sur l’histoire catholique récente de ce pays.

 

Voici un témoignage analogue qui nous vient, cette fois, d’Espagne. Il émane également d’un prêtre, M. l’abbé José Antonio Fortea Cucurull. Après avoir fait ses études de théologie à l’Université de Navarre, puis d’histoire de l’Eglise à la Faculté de théologie de Comillas, M. l’abbé  Fortea a été incardiné dans le diocèse de  de Alcalá de Henares (Madrid). Auteur d’une thèse de licence sur l’exorcisme, dirigée par le secrétaire de la Commission pour la Doctrine de la Foi de la Conférence épiscopale espagnole, il prépare actuellement sa thèse de doctorat de théologie à Rome.

 

Ce témoignage est relatif aux ravages opérés également en Espagne par l’illuminisme clérical qui s’est emparé des esprits au lendemain et au nom d’un Concile qui était d’autant plus invoqué qu’il était mieux trahi. Il se rapporte à l’une des grandes figures de cette époque, le cardinal Vicente Enrique y Tarancón (1907-1994), protégé du Pape Paul VI. Ce fut lui qui, notamment, prononça, à la fin de la période franquiste, l’homélie du couronnement du roi Juan Carlos (1975).

 

Source : “Le cardinal Tarancón : l’heure de l’analyse est venue”, inEl Blog del Padre Fortea” (Intereconomia).

 

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Tarancon.jpgLe cardinal Tarancón était un grand homme. Je ne vais cependant pas m’attacher à ses vertus, car il y aurait beaucoup à dire. Aujourd’hui, je préfère parler de ses défauts.

 

J’ai pour principe de ne pas critiquer les ecclésiastiques. Je n’y fais exception que lorsque les condamnations de Rome s’accumulent. Dans ce cas, je me sens autorisé à attiser un peu le feu.

 

Avec le cardinal, d’ailleurs, c’est différent. Mort depuis longtemps, et il est déjà l’objet d’une froide analyse. Avoir de la charité à son égard, ce serait comme avoir de la charité à l’égard de Napoléon.

 

Le cardinal a toujours agi de bonne foi, toujours cru être dans la ligne du Concile Vatican II. Etre dans cette ligne l’a persuadé que ce qu’il faisait était bien. Ce fut un homme tolérant, un homme de dialogue et un amant de la liberté. Du moins, était-il ainsi avec les progressistes. En revanche, il appliquait à tout ce qui lui paraissait conservateur, comme on dit en espagnol, du “sirop de bâton”, c’est-à-dire qu’il persuadait à coups de claques.

 

Il fermait toujours à moitié les yeux sur ses bons enfants libéraux. Tant qu’ils ne mettaient pas le feu à l’église, ils pouvaient y faire ce qu’ils voulaient. En revanche, il fut implacable avec les fils obéissants et aimants de la tradition.

 

Le cardinal Tarancón fut considéré comme une sorte de héros par de nombreux évêques espagnols des années 70 et 80. Il jouissait de tous les éloges possibles de la part des politiciens. Très respecté à la Curie romaine, aimé par les partis de gauche, et ainsi de suite. Mais l’Histoire devait se venger de la manière la plus inattendue : Jean-Paul II.

 

Le Pape polonais a fort bien connu le cardinal en question. Les détails de la pensée très défavorable de Jean-Paul II sur Tarancón ont très peu filtré.  Il y a quelques mois, a été publié dans la presse un papier de Enric Juliana sur le sujet. Il ne révélait cependant rien de nouveau. Il suffit de lire les mémoires de Tarancón lui-même pour se rendre compte, par leurs silences, de ce qu’il pensait de Jean-Paul II. Personnellement, je dispose d’une information personnelle (non publiable) d’un évêque qui m’a expliqué certains détails de ce dont je parle ici.

 

Ce qui est certain, c’est que Jean-Paul II eut pleine conscience de ce que les jugements de Dieu n’étaient pas ceux des hommes. Il a très clairement vu que la dynamique promue par Tarancón conduisait l’Eglise à sa destruction. Tarancón, à titre personnel, pouvait être très sociable, très agréable, très ouvert au dialogue, mais comme gouvernant de l’Eglise, il suivit un chemin erroné.

 

Deux hommes, deux diocèses. Il suffit de voir comment le Cardinal de Tolède (1) a laissé son diocèse, et comment le Cardinal Tarancón a laissé le sien. Or nous parlons pratiquement des mêmes années et d’un clergé similaire. Les deux diocèses étaient géographiquement limitrophes mais, ecclésiastiquement, à des années-lumière.

 

Je n’écris pas ces lignes dans un désir de revanche. Je n’ai rien de personnel contre Tarancón. J’aime toujours à bien parler du clergé. Mais nous ne devons pas nous laisser séduire par des chants de sirènes. Parce que ces mythes trompeurs peuvent exercer leur influence sur le présent. Les choses doivent être bien claires : l’arrivée de Tarancón a marqué le triomphe absolu des thèses ecclésiales les plus extrémistes.

 

Guerra-campos.jpg Le cardinal de la liberté et de la tolérance a en effet provoqué un tremblement de terre spirituel qui a ruiné l’édifice invisible de l’Eglise pendant une génération entière. L’histoire aurait été toute autre si don Marcelo (1) avait été l’archevêque de Madrid. Et je ne dis rien de ce qu’il aurait été si Mgr Guerra Campos avait occupé ce siège. Tarancón, lui, a promu aux principaux postes de l’archidiocèse un grand nombre de prêtres qui se sont consciencieusement employés dans l’art de la démolition (photo : Mgr Guerra Campos).

 

Je me réserve les douloureux détails de l’histoire de tant de loups qui se sont faits gardiens du troupeau. Je n’entre pas non plus dans les détails de la terrifiante ampleur de la destruction. Mais une génération plus tard, il est devenu temps d’appeler les choses par leur nom.

 

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(1) Il s'agit de Mgr Marcelo González Martín (1918-2004),  archevêque de Tolède de 1971 à 1995 et créé cardinal par le Pape Paul VI en 1973 (NdT).

(2) Mgr José Guerra Campos (1920-1997), évêque de Cuenca de 1973 à 1996. Très attaché au régime du Général Franco et à la catholicité de l'Etat, hostile à certaines réformes engagées par le Concile Vatican II, il s'opposa publiquement à la Loi de Réforme politique (1976) qui a ouvert la voie à l'instauration de la démocratie en Espagne. Il se fit le protecteur de prêtres français, qu’il accueillit en son diocèse, alors que ceux-ci ne trouvaient pas ou plus de place dans le leur. Le séminaire de son diocèse ne connut pas la crise qui en affecta tant d'autres. Il mourut saintement en 1997 dans un couvent de Barcelone. La cause de béatification de celui qui, après bien des injustices, a été présenté par l'un de ses successeurs comme un "homme humble, et, en même temps, sage et de pensée profonde", a été introduite (NdT).

 

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Vendredi 6 janvier 2012 5 06 /01 /Jan /2012 08:00
- Par L'Equipe d'Hermas

 

    "  Le mystère que nous fêtons aujourd’hui vous invite à ressembler aux enfants"
 

adoration-mages-2006.jpg "Mes bien-aimés, le rappel des actions du Sauveur des hommes est pour nous d’une grande utilité si, après leur avoir donné l’hommage de notre foi, nous les prenons comme idéal à imiter. Dans l’économie des mystères du Christ, les miracles sont autant de grâces qui viennent à l’appui de l’enseignement, afin que nous puissions suivre l’exemple de Celui que notre esprit confesse par la foi ; même les humbles commencements que le Fils de Dieu accepta en naissant de la Vierge sa mère nous préparent à progresser dans la piété. Les cœurs droits, en effet, reconnaissent en une seule et même personne la petitesse de l’homme et la grandeur de Dieu. Celui qu’un berceau montre enfant, le ciel et les esprits célestes le proclament leur Créateur. Ce petit au corps menu, c’est le Seigneur et le Maître du monde ; il est contenu dans le sein de sa mère, lui qu’aucune limite ne renferme, et cet abaissement même est le remède à nos blessures, le relèvement de notre déchéance : car si deux réalités si distantes ne s’étaient unies en une seule, la nature humaine n’aurait pu être réconciliée avec Dieu.

"Les remèdes qui nous ont été donnés nous fixent notre manière de vivre, et la règle des mœurs a été tirée d’une médecine que l’on appliquait à des morts. Ce n’est pas sans raison que les trois mages, conduits par la clarté d’une nouvelle étoile pour adorer Jésus, ne le virent pas en train de commander aux démons, de ressusciter les morts, de rendre la vue aux aveugles, la marche aux boiteux, la parole aux muets, ni d’exercer aucunement sa puissance divine : ils trouvèrent un enfant silencieux, tranquille, confié aux mains de sa mère ; en lui n’apparaissait aucun indice de son pouvoir : il ne montrait qu’un prodige, et un grand : son humilité même. Le seul spectacle de cette enfance sacrée à laquelle se prêtait Dieu, le Fils de Dieu, offrait aux yeux l’enseignement qui devait être proclamé à toutes les oreilles ; ce que ces lèvres ne pouvaient proférer, il suffisait de le voir pour en sentir l’effet. Toute la victoire du Sauveur, cette victoire qui a subjugué le monde et le démon, a commencé par l’humilité et s’est achevée dans l’humilité. Il a inauguré ses jours prédestinés dans la persécution et les a terminés dans la persécution. A celui qui n’était qu’un enfant n’a pas manqué l’occasion de souffrir, à celui qui devait un jour subir la Passion n’a pas manqué la douceur de l’enfance : le Fils unique de Dieu a voulu mettre sous le signe d’un même abaissement de sa majesté et sa naissance d’homme et sa mort par la main des hommes.

Epiphanie.jpegC’est en faisant valoir le privilège de son humilité que le Tout-Puissant a sauvé notre cause, qui était fort mauvaise ; il a détruit la mort et l’auteur de la mort en ne refusant rien de ce que ses persécuteurs ont voulu lui faire subir : obéissant au Père, il a souffert avec une suprême douceur la cruauté de ses bourreaux. A combien plus forte raison ne devons-nous pas être humbles et patients, nous qui n’avons jamais à endurer que des épreuves méritées ! Qui, en effet, peut se glorifier d’avoir le cœur sans tache, d’être exempt de péché (Prov., XX, 9) ? Saint Jean l’affirme : Si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous abusons, la vérité n’est pas en nous (I Jean, 1,8). Existe-t-il un homme tellement préservé du péché que la justice n’ait rien à lui reprocher, la miséricorde rien à lui pardonner ? Bien-aimés, la sagesse chrétienne ne consiste ni à discourir abondamment, ni à discuter subtilement, ni à convoiter des honneurs, elle consiste dans l’humilité sincère et volontaire, celle même que le Seigneur Jésus, depuis le sein de sa mère jusqu’au supplice de la croix, a choisie et enseignée comme étant toute sa force. Un jour que ses disciples, au dire de l’Evangéliste, se demandaient entre eux qui serait le plus grand dans le Royaume des cieux, Jésus appela un petit enfant, le mit au milieu d’eux et dit :En vérité je vous le déclare, si vous ne retournez pas à l’état des enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux. Qui donc se fera petit comme ce petit enfant, celui-là sera le plus grand dans le Royaume des cieux (Matth., XVIII, 1-4). Le Christ aime l’enfance par laquelle il a débuté dans son âme comme dans son corps, modèle de douceur. Le Christ aime l’enfance, vers elle il oriente les hommes plus âgés, il y ramène les vieillards, il la donne en exemple à tous ceux qu’il élève au royaume éternel.

"Mais pour bien comprendre comment peut s’opérer en nous une conversion si admirable, et par quel détour nous devons revenir à l’état d’enfant, écoutons saint Paul qui nous dit : Ne vous montrez pas enfants sous le rapport du jugement, mais faites-vous petits enfants quant à la malice (I Cor. XIV, 20). Ce n’est donc pas aux amusements de l’enfance, ni à ses tâtonnements maladroits qu’il nous faut retourner ; il faut lui demander quelque chose qui convienne encore à la gravité des années, à savoir le rapide apaisement des colères, le prompt retour au calme, l’oubli des offenses, l’indifférence aux honneurs, l’amour de l’union mutuelle, l’égalité d’humeur. C’est un grand bien de ne pas savoir nuire et ne pas aimer la méchanceté : car être injuste et se venger, c’est la prudence de ce monde ; mais ne rendre à personne le mal pour le mal (Rom. XII, 17), c’est la sérénité de l’enfance chrétienne. Bien-aimés, le mystère que nous fêtons aujourd’hui vous invite à ressembler ainsi aux enfants. Le Sauveur, cet enfant qu’adorent les mages, vous convie à l’imitation de cette humilité ; c’est pour montrer quelle gloire il réserve à de tels imitateurs qu’il a consacré par le martyre des enfants nés en même temps que lui ; issus comme lui de Bethléem, et ses égaux en âge, ils sont dès lors associés à sa Passion. Que l’humilité soit donc aimée, que les fidèles évitent en tout l’orgueil ! Que chacun préfère les autres à soi et que personne ne recherche son propre intérêt, mais celui d’autrui (I Cor. X, 24) ; quand tous seront remplis de tels sentiments de bienveillance, le poison de l’envie disparaîtra, car celui qui s’élève sera abaissé, et celui qui s’abaisse sera élevé (Luc XIV, 11). C’est Notre-Seigneur Jésus-Christ qui l’atteste lui-même, lui qui, avec le Père et l’Esprit-Saint, vit et règne comme Dieu dans les siècles des siècles. Amen."

Saint Léon le Grand (7ème sermon sur l'épiphanie)


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Petit-Roi.JPGFête de l'Enfance, l'Epiphanie est aussi la fête de tous les enfants. C'est à l'Epiphanie qu'en Espagne, par exemple, leur sont offerts les cadeaux, non à Noël. Nous en profitons donc pour souhaiter une bonne et sainte fête à tous les enfants de France et de Navarre, e incluso a los de España, ¡ claro ! especialmente  a los de la familia, que abrazamos cariñosamente.

    Que cette belle fête de lumière soit pour tous, petits et grands, une source de joies familiales, autour de la célèbre galette des rois ! Et que ceux qui n'auront pas le bonheur de la vivre en famille soient assurés que nous nous associerons à eux dans la chaleur de notre prière.


QUE LA FETE COMMENCE !
   

 

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Mercredi 4 janvier 2012 3 04 /01 /Jan /2012 14:54
- Par PRIMEROS CRISTIANOS - Traduit de l'espagnol par Pierre GABARRA

pc-copie-1Depuis les temps les plus reculés, tant en Orient qu’en Occident, l’Eglise a célébré le 6 janvier la manifestation de Dieu au monde.

 

L’Epiphanie [du grec epi-faneia : manifestation] est la première manifestation au monde païen du Fils de Dieu fait homme, qui eut lieu par l’adoration des mages – racontée par saint Matthieu (2, 1-12). Ce passage, avec sa référence au prophète Michée, est l’un des cinq épisodes qui constituent l’Evangile de l’Enfance chez cet évangéliste (chap. 1-2). L’Evangile de l’Enfance de saint Luc (1-2), en revanche, ne le mentionne pas.

 

Pour bien comprendre ce récit, et percevoir son contenu théologique, il est nécessaire de préciser tout d’abord la portée de la citation de Michée, d’indiquer qui étaient les Mages et ce qu’était l’étoile dont on dit qu’elle les a guidés jusqu’au berceau de l’Enfant. 

 

Le texte de Michée

 

Le centre de l’épisode des Mages est la citation du prophète Michée, à laquelle se réfèrent, dans le récit, les prêtres et les scribes consultés par Hérode au sujet de l’endroit où devait naître le Messie. « A Bethléem de Judée, lui dirent-ils ; ainsi, en effet, est-il écrit par le prophète : “Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n'es nullement le moindre des clans de Juda ; car de toi sortira un chef qui sera pasteur de mon peuple Israël” » (Mat. 2, 5-6).

 

Ce passage prophétique est certainement messianique. Michée console son peuple, face à la menace assyrienne, par la promesse d’un Libérateur futur, descendant de David. Il ne découle pas de ce texte que le Messie devait nécessairement naître, matériellement, à Bethléem ; il suffisait qu’il en fût originaire par son ascendance davidique. 

 

Le texte de Michée, dans la bouche des scribes, et sous la plume de l’évangéliste, signifie que pour les premiers le Messie devait naître à Bethléem, de la descendance de David, et que, pour le second, Jésus réalisait ces paroles.

 

 Qui étaient les Mages ?

 

EpiphanieL’évangéliste présente les protagonistes du récit comme « des Mages qui venaient d’Orient ». Il n’indique pas leur nombre, ni leur nom, ni le lieu exact de leur provenance. La tradition antique offre différentes interprétations, mais sans certitude. En ce qui concerne le nombre, les monuments archéologiques différent considérablement. Une fresque du cimetière de saint Pierre et saint Marcellin, à Rome, en représente deux. Un sarcophage conservé au Musée du Latran en montre trois. On en voit quatre sur un monument du cimetière de sainte Domitille, et jusqu’à huit sur un vase du Musée Kircherian. Dans les traditions orales syriennes et arméniennes, on parle même de douze Mages. Néanmoins, le nombre qui s’est imposé est celui de trois, peut-être en référence aux trois offrandes qu’ils ont déposées – d’or, d’argent et de myrrhe – ou bien parce que l’on a cru qu’ils représentaient les trois races : Sem, Cam et Jafet.

 

Les noms qui leur sont donnés (Melchior, Gaspard et Balthasar) sont relativement récents. Ils apparaissent dans un manuscrit italien anonyme du IXème siècle,  et, peu avant, dans un manuscrit parisien de la fin du VIIème siècle, sous la forme “Bithisarea, Melichior y Guthaspa”. Chez d’autres auteurs, et dans d’autres régions, ils sont connus sous des noms totalement différents. Leur condition royale, qui n’a aucun fondement historique, semble avoir été introduite par une interprétation trop littérale du Psaume 72,10 : « Les rois de Tarsis et des îles rendront tribut. Les rois de Saba et de Seba feront offrande ». Ils n’apparaissent à aucun moment, dans les antiques représentations de l’art chrétien, avec des attributs royaux mais uniquement avec un bonnet phrygien et des vêtements de nobles persans.

 

Les témoignages anciens différent également quant à leur lieu d’origine. Les uns les font provenir de Perse, d’autres de Babylone ou d’Arabie, et même de lieux aussi peu situés en Orient que la Palestine, l’Egypte ou l’Ethiopie.  Toutefois, un précieux élément archéologique datant de la période de Constantin montre l’antiquité de la tradition, apparemment plus proche de l’intention de l’évangéliste, selon laquelle les Mages seraient venus de Perse. Une lettre synodale du Concile de Jérusalem de 836 indique qu’en l’an 614, lorsque les soldats perses de Chosroes II détruisirent tous les sanctuaires de Palestine, ils respectèrent la basilique constantinienne de la Nativité, à Bethléem, parce que, en voyant la mosaïque du frontispice qui représentait l’Adoration des Mages, ils identifièrent ces derniers comme des compatriotes en raison de leur vêtement.

  

L’étoile des Mages  

 

Dans le récit de saint Matthieu, l’étoile joue un rôle important. C’est une étoile que les Mages ont vue en Orient, puis qu’ils ne revirent plus jusqu’à leur sortie de Jérusalem, sur le chemin de Bethléem. Alors, elle s’est mue devant eux en direction du Nord-Sud pour, finalement, s’arrêter au-dessus de la maison où se trouvait l’Enfant.

 

Les Mages disent l’avoir reconnue comme l’étoile de Jésus [« Nous avons vu, en effet, son astre à son lever et sommes venus lui rendre hommage » (Mt 2,2)]. A supposer le caractère préternaturel de l’étoile, qui semble n’avoir été vue que par les Mages, il resterait à expliquer comment ils ont pu comprendre qu’il s’agissait de celle de Jésus, jusqu’à se sentir poussés à se déplacer pour aller l’adorer.

 

Il n’y aurait rien d’étrange, à cet égard, que des perses pieux se soient intéressés aux Ecritures des juifs et qu’ils aient participé de quelque manière à leur espérance en un Messie Roi, de sorte qu’en percevant le phénomène stellaire, ils l’aient mis en relation avec ce dernier. Quoi qu’il en soit, ce que l’on peut dire c’est que, d’une manière ou d’une autre, Dieu les a poussés à se mettre en route et à se diriger vers Israël à la recherche d’un grand roi.

 

La célébration de la fête de l’Epiphanie du Seigneur

 

 Depuis des temps très reculés, tant en Orient qu’en Occident – à l’exception de la ville de Rome, et, probablement, des provinces d’Afrique – l’Eglise célèbre le 6 janvier la manifestation de Dieu au monde, fête qui deviendra ultérieurement l’Epiphanie. En effet, déjà au IIème siècle, on rencontre des références à une commémoration du baptême de Jésus dans certaines sectes gnostiques. Cependant, il faut attendre la seconde moitié du IVème siècle pour trouver des premiers témoignages dans des milieux orthodoxes.

 

L’origine de la solennité de l’Epiphanie est assez obscure. Les hypothèses les plus différentes ont été avancées, ici ou là, de sorte qu’en définitive il semble que cette fête soit née d’un processus d’inculturation de la foi, comme une christianisation d’une célébration païenne du Soleil levant, profondément enracinée dans la région orientale de l’Empire.

 

Bientôt, en Occident, la fête de l’Epiphanie a reçu un triple contenu théologique, comme célébration de la manifestation aux gentils du Dieu incarné – adoration des Rois Mages ; comme manifestation de la filiation divine de Jésus – baptême dans le Jourdain ; et comme manifestation du pouvoir divin du Seigneur – miracle des noces de Cana. En Orient, avec l’introduction de la fête de la Nativité, le 25 décembre, la solennité de l’Epiphanie a perdu son caractère de célébration de la naissance du Christ, pour se centrer sur la commémoration du Baptême dans le Jourdain.

 

Dans l’Eglise romaine, la célébration liturgique de l’Epiphanie est aujourd’hui centrée sur l’universalité du dessein salvifique de Dieu. Ainsi, les lectures font référence à la vocation des gentils au salut, déjà annoncée par les prophètes (Isaïe 60, 1-6) et pleinement réalisée dans le Christ (Ephésiens, 3, 2-3 et 5-6 ; Mt 2, 1-12). Cette même perspective se retrouve dans les textes euchologiques.

 

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BIBL.: J. ENCISO VIANA, La estrella de Jesús, en Por los senderos de la Biblia, t. II, Madrid-Buenos Aires 1957, 155-160; J, RACETTE, L'Évangile de 1'Enfance selon S. Matthieu, «Sciences Ecclésiastiques» 9 (1957) 77-82; S. MUÑOZ IGLESIAS, El género literario del Evang. de la Infancia en S. Mateo, «Estudios Bíblicos» 17 (1958) 245-273, especialmente 264-268; ÍD, Venez, adorons-le, en Assemblés du Seigneur, 13,31-44; A. M. DENIS, L'adoration des Mages vue par Saint Matthieu, «Nouvelle Revue Théologique» 82 (1960) 32-39; G. D. GORDINI, A. M. RAGGI, Magi, en Bibl. Sanct. 8,494-528.

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Mardi 3 janvier 2012 2 03 /01 /Jan /2012 17:28
- Par L'Equipe d'Hermas

Drapeau-hongrois.pngQu’est-ce, en droit, qu’une constitution ? A cette question générale, M. Bertrand Mathieu répond, sur le site même du Conseil constitutionnel français, qu’il s’agit « d’un acte de souveraineté ». Il ajoute que « c'est au sein d'un Etat démocratique la règle qu'un Peuple se donne à lui-même ». Les normes constitutionnelles, indique-t-il encore, « prévalent sur les normes internationales et européennes », réserve faite des conditions d’application de certaines normes européennes.

 

Une sous-catégorie vient cependant de faire son apparition : celle des « constitutions  controversées ». Il faut entendre par là ces constitutions dont on n’accepte pas - de fait - qu’elles constituent des « actes de souveraineté » ni une règle qu’un « Peuple » puisse se donner à soi-même. Bref, il s’agit d’une constitution qui, réserve faite de sa suprématie interne sur des normes internationales, se voit contester sa légitimité même, et ce dans le sérail des officines journalistes et du réseau complexe des faiseurs d’opinion, dont le désaveu se répand surabondamment ensuite sur la terre entière. L’adjectif « controversé », en effet, ne répond pas à une qualification juridique. Il s’agit d’un opprobre moral, qui connaît lui-même des accentuations plus ou moins marquées, comme des manières plus ou moins appuyées de se pincer le nez au voisinage d’une mauvaise odeur. L’AFP, par exemple, reprise ou précédée en cela par nombre d’organes de presse, parle de « constitution très controversée ».

 

Son sujet ? La constitution socialiste du 27 décembre 1972 de la Corée du Nord, à l’ordre du jour ? Non. Celle de la République islamique d’Iran ? Pas davantage, non plus que celle du Yémen, pour s’arrêter à ce pays qui, malgré la pratique de la charia et les sévères restrictions apportées tant à la liberté de la presse qu’à celle de religion, se voit généreusement qualifié sur le site de notre noble Sénat de « démocratie en chemin ». Ces constitutions-là, pour ne citer qu’elles, n’entrent pas dans la catégorie des constitutions (très) controversées. Celles-là ne troublent le sommeil de personne. Il s’agit de la constitution hongroise, adoptée par le Parlement hongrois par 262 voix pour, 44 contre et une abstention, et qui, malgré cette majorité parlementaire ne serait pas démocratique ni conforme aux “valeurs” européennes.

 

Les organes de presse qui dénoncent cette « constitution controversée » insistent généralement sur le fait que cette constitution serait l’œuvre d’un « autocrate », qui aurait verrouillé constitutionnellement certains dispositifs étatiques, qu’elle a fait disparaître l’expression « République de Hongrie » pour ne parler que de la Hongrie (affreux), qu’elle a rendu rétroactivement "responsables des crimes communistes" commis jusqu'en 1989 les dirigeants de l'actuel Parti socialiste, c’est-à-dire  ex-communiste (quelle idée). A ces griefs, qui servent à introduire d’autres griefs de politique générale, s’ajoute le grief qui tue : la constitution controversée s’attaquerait à la vie privée.

 

C’est là que l’attention du lecteur catholique devrait être pour le moins titillée. On lit ainsi dans les colonnes du journal Le Monde, d’une information reprise de l’AFP : « La nouvelle Constitution touche également la vie privée en décrétant que l'embryon est un être humain dès le début de la grossesse, ce qui fait peser des craintes sur l'accès des Hongroises à l'avortement. De même, le texte stipule que le mariage ne peut avoir lieu qu'entre un homme et une femme, excluant ainsi les mariages homosexuels ». Le tour de passe-passe est ainsi opéré : Un Etat n’aurait pas le droit de “décréter” – le mot fleure bon l’arbitraire – qu’un embryon est un être humain, ni qu’un mariage ne puisse avoir lieu qu’entre personnes de sexes différents. Tout cela ne serait que vie privée et, au dernier ressort, qu’affaire d’opinion personnelle. Le plus surprenant, d’ailleurs, n’est sans doute pas que ce genre de discours trouve place dans la presse établie, c’est qu’il soit relayé par des journaux catholiques comme La Croix, qui le reprend tel quel dans son édition internet du 2 janvier 2012, sans y apporter la moindre réserve ni la moindre nuance.

 

Pour mémoire, il sera rappelé que cette « constitution très controversée » comporte cette déclaration : « Nous sommes fiers que notre Roi, Saint-Etienne, ait bâti il y a 1 000 ans l'Etat hongrois sur des fondations solides et ait fait de notre patrie une partie intégrante de l’Europe chrétienne ». Elle ajoute que « la constitution protège le mariage, considéré comme l’union de base la plus naturelle entre un homme et une femme et fondement de la famille » et que « depuis la conception, la vie mérite d’être protégée comme un droit humain fondamental. La vie et la dignité humaine sont inviolables ». Rien que d’affreusement détestable, comme on peut le voir, secundum mundum.

 

Au-delà des polémiques suscitées par cette affaire, il est permis de se demander si, loin de mettre seulement en relief les éventuels travers des gouvernants hongrois, avérés ou non, elle ne met pas plutôt en lumière, une fois de plus, l'interminable collapsus moral du monde occidental, qui ne peut se retenir d'une haine instinctive à l'égard de tout ce qui le rappelle à son être historique et à la nature des choses.

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Dimanche 1 janvier 2012 7 01 /01 /Jan /2012 20:29
- Par L'Equipe d'Hermas

Source : Vatican.va


Message de Nouvel an 2012

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Lundi 26 décembre 2011 1 26 /12 /Déc /2011 20:45
- Par Gonzalo ALTOZANO - Trad. de l'espagnol par Pierre GABARRA

JorgeFernandezDiaz.jpgLe nouveau ministre de l'Intérieur espagnol, M. Jorge Fernández Díaz, explique sa rencontre avec la foi. Ont influé sur sa vie spirituelle Messori, Henry Newman, sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus et saint Augustin.

 

Cet entretien a été réalisé il y a deux ans par le directeur du séminaire Alba, Gonzalo Altozano. Il est l'un des cent-un entretiens contenus dans le livre “Il n'est pas bon que Dieu soit seul” (Ciudaleda), livre qui a connu une grande diffusion ces dernières semaines et qui devient un véritable best-seller : en deux mois, 17 000 exemplaires ont été vendus.

 

Lien : AGEA.NET

 

 

Dans son bureau du Congrès des Députés, un très grand tableau de saint Thomas More, auquel Jean-Paul II avait demandé aux politiciens de se recommander pour obtenir force, patience, persévérance et bonne humeur. Fernández Díaz est de ceux-là, malgré son sérieux (…). Ceux qui le connaissent bien disent que le Jorge d'aujourd'hui n'a rien à voir avec celui d'avant. Lui-même parle de conversion.

 

- Votre conversion fut-elle du genre de celle saint Paul ou de celle de saint Augustin ?

- Toutes proportions gardées, elle fut plus augustinienne que paulinienne, en ce sens qu'elle ne fut pas instantanée, car j'y ai résisté beaucoup.

 

- Vous veniez de l'athéisme ?

- Non.

 

- De l'agnosticisme ?

- Non plus. Je ne niais pas Dieu, je vivais simplement comme s'il n'existait pas, pour ne me souvenir de Lui que dans les moments difficiles. J'étais ce qu'on appelle un catholique non pratiquant.

 

- N'est-ce pas une contradiction ?

- Si, en effet. Mais je vivais cette contradiction. Ma foi était une foi morte parce que c'était une fois sans les œuvres.

 

- Qu'est-ce qui a changé tout cela ?

- La conviction profonde de ce que ma vie n'avait de sens qu'à la lumière de Dieu. A partir de ce moment-là, Il a commencé à prendre plus de place dans ma vie. C'est en ce sens que je parle de conversion.

 

- En quoi consiste votre vie avec Dieu ?

- Disons que mon plan de vie est très proche de la spiritualité de l'Opus Dei : aller à la messe tous les jours, prier le chapelet, faire un temps d'oraison, un autre de lecture spirituelle...

 

- Vous lisez beaucoup ?

- Oui, beaucoup. Au travers de ma conversion je me suis rendu compte que le déficit de ma formation religieuse, morale et éthique était important. Il m'a fallu rattraper le temps perdu, ce à quoi la lecture m'a aidé.

 

- Quel est l'auteur qui vous a le plus marqué ?

- Ils sont nombreux, mais si je ne devais en retenir qu'un seul, ce serait Vittorio Messori, auquel m'unissent tant de choses. Le providentialisme, par exemple. Messori analyse les événements en tenant compte de ce que Dieu est le Seigneur de l'histoire, du temps, de la chronologie. Ce type de vision des faits, qui se rattache à la théologie de l'histoire, m'attire également beaucoup.

 

- Et le livre ?

- J'en retiendrais trois, bien qu'il y en ait beaucoup plus. “Le retour de l'enfant prodigue”, de Henry Newman, “L'histoire d'une âme”, de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, et les “Confessions” de saint Augustin. Je les ai lus la première fois en 1997.

 

- C'est l'année de votre retour ?

- 1997 est l'année où le Seigneur m'a dit : « Nous en sommes arrivés là. Soit tu avances, soit tu meures ». Mais mon chemin de retour a commencé en 1991.

 

- Six ans plus tôt.

- J'ai déjà dit que ma conversion avait été plus augustinienne que paulienne, j'ai eu besoin de beaucoup prier.

 

- Que s'est-il passé en 1991 ?

- Je me trouvais en voyage officiel au Etats-Unis, invité par le Département d'Etat. Lors d'un week-end, nous avons été conduits à Las Vegas. Là, par l'intermédiaire d'un grand ami, qui fut sans aucun doute un instrument de sa providence, Dieu est venu manifestement à ma rencontre. En m'en souvenant, je pense aux mots de saint Paul : « Là où le péché abonde, la grâce surabonde ».

 

- Vous dites cela pour vous-même ou pour Las Vegas ?

- Je le dis pour moi, et je le dis pour Las Vegas.

 

- Est-il facile de vivre en présence de Dieu au Congrès des Députés ?

- Bien qu'apparemment nous lui ayons fermé la porte, et que parfois nous ne voulions ni le voir, ni l'écouter, j'ai l'intime conviction que Dieu est très présent au Congrès. Les Assemblées (Cortes) sont l'organe législatif de l'Etat, et Dieu le grand législateur de l'univers.

 

- Comment vivez-vous la politique ?

- Comme un magnifique champ d'apostolat, de sanctification et de service des autres, comme ma vocation personnelle, spécifique, le lieu où Dieu veut que je sois. Pour un catholique, se consacrer à la politique, ici et maintenant, est un défi passionnant.

 

- Et comment la viviez-vous avant ?

- Comme une activité qui me passionnait. Mais j'étais installé dans le relativisme, et lorsqu'il n'y a aucune conviction, tout est calcul politicien et intérêts de partis.

 

- Etes-vous à l'aise au Parti Populaire ?

- Mon parti est un parti dans les valeurs duquel l'humanisme chrétien occupe une place importante. Oui, je m'y sens bien.

 

- Un peu plus tôt, vous parliez de providentialisme. Ne croyez-vous pas au hasard ?

- Dans la vie, les choses ne se produisent pas par elles-mêmes, ni  grâce à des amis, ni par ce que chacun doit à son intelligence. Tout cela, ce ne sont que des causes secondes, des médiations humaines qui, respectant la liberté de chacun, répondent aux desseins de Dieu. Pour en revenir à saint Augustin, et, à nouveau, toutes proportions gardées, si je pense aux événements qui se sont succédés avant ma conversion, je peux dire ce que disait le Docteur d'Hippone dans ses “Confessions” : « Ah, Seigneur, c'était donc toi ».

 

 

 

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Vendredi 23 décembre 2011 5 23 /12 /Déc /2011 16:13
- Par Mgr Michel CHAFIK

 

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Béatitude,

Chers Pères évêques, 


 

espagne-drapeau.jpg[Ed. española]  Il est des années qui, avant même de se refermer, semblent s’effacer ; des années blanches, difficiles à fixer sur la toile du temps. D’autres en revanche, secouées par le vent de l’histoire, ne se peuvent oublier. 2011, l’année de l’indignation, est de celles-là.

 

En Occident, tout commença par le coup de sang d’un très vieux monsieur dont l’« Indignez-vous » rencontra un écho inattendu. D’Athènes à New-York, les indignés se rassemblèrent en nombre pour clamer leur refus du monde comme il va.

 

En Egypte, ce sont les jeunes qui, au prix de leur vie, osèrent s’indigner : « keffaya », « ça suffit ». Jour et nuit, sans faiblir, sur la place Tahrir ils crièrent leur colère. Jusqu’à ce qu’enfin s’en aille le Raïs, le chef honni d’un régime dictatorial et corrompu.

 

Printemps, révolution, tsunami, les mots ne manquent pas pour désigner les évènements qui bouleversèrent le monde arabe. Pour les décrypter en profondeur, il faut rompre avec le temps court de l’information, adopter une grille de lecture plus ouverte, moins contingente.

 

Que nous dit la Bible de l’indignation ? Qu’elle est, aiguillonnée par l’espérance, une juste colère, et aussi que l’inconnu est le chemin. Il n’est qu’à relire l’épopée de Moïse. L’indignation le pousse à rompre avec son passé pour conduire, hors d’Egypte, ses frères réduits en esclavage par pharaon. Ce faisant, que d’épreuves il lui faut traverser ! L’infini du désert, l’infini des possibles, effraie les Hébreux, prompts à se retourner contre leur libérateur. L’incertitude engendre la nostalgie de la servitude, somme toute rassurante : « Laisse-nous servir les Egyptiens ! Mieux vaut pour nous servir les Egyptiens que mourir au désert » (Ex.14, 12b) murmurent-ils quand l’heure est au doute et au découragement. Fils d’esclaves ou fils de roi, le choix n’est pas si simple qu’il y paraît d’abord.

 

Aujourd’hui, en Egypte, les atermoiements de l’armée, la montée du fondamentalisme musulman et la grande misère génèrent une angoisse diffuse dont les Coptes sont les premières victimes. Jamais, peut-être, il n’y eut tant d’églises brulées, tant de chrétiens molestés et contraints à l’exil. Faut-il pour autant regretter l’ancien régime, entretenir le mythe vicié du bon vieux temps, celui de l’humiliante protection accordée, mais à quel prix, par les tyrans ?

 

Revenons à nos Hébreux. L’histoire pour eux connut une fin heureuse, puisqu’après des années d’errance, ils entrèrent en Terre Promise.

 

A quoi ressemble la terre Promise des enfants de Tahrir ? C’est à n’en pas douter une terre féconde dont les habitants vivent dignement du fruit de leur travail ; une terre vertueuse, respectueuse des droits inaliénables de la personne ; une terre mêlée où ceux qui croient en Allah, en Jésus - يسوع - ou en Yahvé, et ceux qui ne croient pas, inventent ensemble la démocratie.

 

«  Utopie », dites-.vous. J’aimerais mieux pari, acte de foi, affirmation volontaire que le pire n’est jamais certain. Oui, je crois que l’Egypte, douce et accueillante pour la Sainte Famille, saura triompher de sa part d’ombre et devenir, pour tous ses enfants, la mère patrie qu’ils appellent de leurs vœux.

 

Les égyptologues ne nomment-ils pas périodes intermédiaires ces temps, pleins de bruit et de fureur, qui accompagnaient dans l’antiquité le passage d’une époque à une autre ? Aujourd’hui, l’Egypte vit une de ces périodes intermédiaires, transition obligée pour entrer dans une ère nouvelle.

 

 « Ne craignez-pas, car voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie. Un sauveur vous est né » (Lc 2,10-11)

 

Que l’Enfant si fragile de la crèche nous guérisse de la peur. Qu’Il creuse en nous la faim et la soif de justice pour qu’enfin éclose, né de l’indignation et porté par l’espérance, le monde meilleur auquel aspire notre belle jeunesse.

 

Joyeux Noël, bonne et sainte année 2012 !

 

Mgr Michel Chafik 

 


 

- Chaque dimanche, messe copte à 11h en la chapelle « Notre Dame d’Égypte ».

  15, rue Philippe de Girard. Paris 10ème. Métro : la Chapelle.

 

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Mercredi 7 décembre 2011 3 07 /12 /Déc /2011 15:18
- Par Pedro LOPEZ - Asociación Grupos de Estudios de Actualidad [AGEA] - Traduction française : Pierre GABARRA

 

Univers.jpgAGEA.— Il est fréquent de rencontrer, dans des textes qui traitent de l'écologie et de l'environnement, des commentaires selon lesquels la civilisation judéo-chrétienne serait à l'origine du pillage de la nature, par l'introduction de sa notion de « domaine » (dominium).

 

Il ne fait aucun doute que ce despotisme soit présent dans la conception moderne de la nature, comprise à l'instar d'une ressource disponible pour accroître un compte-courant, mais il s'agit là d'une idée complètement hétérodoxe et étrangère à la conception chrétienne.


Il suffit de se reporter aux sources de la Genèse pour constater que ce préjugé est faux. Dès le premier chapitre, au verset 26, il est dit que Dieu a créé le premier couple humain à son image et à sa ressemblance, et qu'il l'a mis à la tête de la création, pour commander à ce cosmos merveilleux. Un peu plus loin, au verset 28, nous trouvons un texte susceptible de recevoir plusieurs sens : « Et subicite eam et dominamini ». Souvent il est traduit ainsi : « Remplissez la terre et soumettez-la », commandement du Seigneur. Cependant, cette traduction ne recueille pas tout le sens original du texte. « Subicio » signifie « placer en-dessous de », « sub-ordonner », ce qui exprime en même temps une mise à disposition de l'intelligence, sous la lumière de la raison, pour qu'elle exerce son examen et son activité ordonnatrice.

 

De fait, dans le deuxième chapitre de la Genèse, il est dit que le premier homme donna des noms à tous les animaux des champs. Nommer, dans le langage de la Bible, a un sens précis : la connaissance et la priorité sur ce qui est nommé, avec une connotation amoureuse. Ce n'est qu'ainsi qu'on peut également comprendre que, par la suite, il soit dit de l'homme et de la femme qu'ils « dominent » - « dominamini » - la création tout entière. Cela signifie qu'ils gouvernent, qu'ils subordonnent – en l'ordonnant – cette création qui dépend d'eux.

 

Toutefois, ceci serait incomplet si n'était également indiqué la manière de le faire. Dans le deuxième chapitre, au verset 15, du livre de la Genèse, il est précisément indiqué ceci : « (…) ut operaretur et custodiret illum ». L'homme et la femme sont faits pour travailler la création, veiller sur elle avec soin et la conserver.


Par conséquent, cette idée monstrueuse selon laquelle l'homme devrait se comporter de manière absolutiste, capricieuse et despotique avec la création est étrangère à la pensée chrétienne, parce qu'elle est contraire à l'ordre de la nature. Elle correspond bien, en revanche, à une approche rationaliste, peut-être fondée sur le désenchantement de l'univers (Max Weber).


La vision chrétienne conduit à une toute autre approche : la création tout entière doit être prise « en charge », pour être conduite à son terme, selon le plan originaire de Dieu, par la médiation du travail. En conséquence, l'être humain est constitué comme un administrateur intelligent qui doit faire fructifier les dons qu'il a reçus en les aimant, en respectant la grandeur et la beauté de la nature, laquelle ne lui appartient pas, mais lui a seulement été confiée.

 

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Dimanche 16 octobre 2011 7 16 /10 /Oct /2011 16:49
- Par L'Equipe d'Hermas

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(cliquer sur l'image dessus)


annivers


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Jeudi 13 octobre 2011 4 13 /10 /Oct /2011 16:25
- Par Pierre GABARRA

  Un lecteur nous a écrit les lignes suivantes, à la suite de l'extrait que nous avons récemment publié du texte de Simone Weil sur les partis politiques :

 

" Si vous lisez plus avant Simone Weil, vous constaterez que son hésitation à se "convertir" à l'Eglise romaine tient précisément à ce qu'elle a noté que l'Eglise romaine est organisée comme un parti politique. On ne peut énumérer tous les théologiens et artistes qui, du temps de la puissance de l'Eglise romaine, de Dante à Shakespeare en passant par Luther ont dénoncé, parfois au péril de leur vie, l'attentat de l'Eglise romaine contre la vérité. Celle-là n'a d'ailleurs jamais cédé son pouvoir comme elle essaie de le faire croire aujourd'hui : il lui a été ravi par la concurrence. L'originalité de Simone Weil est donc de se méfier de l'Eglise romaine en un temps, où, en principe, elle a renoncé à l'exercice du pouvoir temporel.

 

" Le temps de la morale et du sacerdoce juifs est révolu selon l'apôtre Paul. Sans morale, il n'y a pas de politique possible, ni aucune connivence avec un parti quelconque. Ne jetons pas la pierre aux partis politiques, dont beaucoup de modèles institutionnels dérivent de ceux de l'Eglise romaine.

 

Ce message nous paraît mériter réponse.

 

*

*     *

 

Simone Weil ne dit aucunement dans cette Note, comme vous l’affirmez, que l’Eglise romaine serait organisée comme un parti politique, et il est inexact de dire que c’est cela qui l’aurait fait hésiter à se “convertir”. Ni vous ni moi ne savons rien, au demeurant, de la réalité de sa conversion. Il convient cependant de noter, pour se garder de toute caricature, qu’elle écrivait au P. Perrin des mots fort éloignés de toute répugnance à la conversion lorsqu’elle lui faisait part de sa « très grande joie » à l’entendre dire que ses pensées, telles qu’elle les lui avaient exposées, n’étaient « pas incompatibles avec l’appartenance à l’Église », ou lorsqu’elle lui déclarait aimer « Dieu, le Christ et la foi catholique autant qu’il appartient à un être aussi misérablement insuffisant de les aimer », ou encore : « J’aime les saints à travers leurs écrits et les récits concernant leur vie (…) J’aime la liturgie, les chants, l’architecture, les rites et les cérémonies catholiques » (lettre du 19 janvier 1942).

 

Il est vrai, néanmoins, qu’elle déclarait aussi, dans la même lettre n’avoir « à aucun degré l’amour de l’Église à proprement parler », non pas, comme vous le dites, parce que cette dernière serait organisée comme un parti politique, mais parce qu’elle constitue ce que Simone Weil appelait « une chose sociale ». Le propos était extrêmement réducteur, ne serait-ce que parce qu’il méconnaissait la réalité sociale de la communion des saints, mais il était partiellement vrai en ce que l’Eglise est aussi une réalité sociale terrestre. Or c’est cela qui lui « faisait peur », disait-elle dans la même lettre, parce que son pessimisme en la matière la portait à voir en toute chose sociale « le domaine du diable. La chair pousse à dire “moi” et le diable pousse à dire “nous” ; ou bien à dire, comme les dictateurs, “je” avec une signification collective ». « Par social – ajoutait-elle – je n’entends pas ce qui se rapporte à une cité, mais seulement les sentiments collectifs  ». Ce n’est donc pas parce qu’elle est “romaine”, comme vous le suggérez, que l’Eglise catholique éveillait chez elle cette méfiance, mais parce qu’elle est une “chose sociale” et que, en tant que telle, ajoutait-elle, « elle appartient au Prince de ce monde ».

 

C’est donc un contresens d’attribuer ses hésitations au baptême au caractère romain de l’Eglise, alors qu’elle les attribuait elle-même à un caractère collectif qui pouvait être dit de toute autre “chose sociale”, quelle qu’elle fût, et qui, en tant que telle, lui paraissait constituer, pour elle, une menace pour la liberté de sa conscience. Elle aurait très bien pu écrire la même chose, par exemple, de tout groupe protestant, étant rappelé, puisque vous évoquez l’histoire, que la Réforme n’a pas été non plus avare de "sentiments collectifs" qui l'ont conduite à écrire des pages sanglantes, de fanatisme et d’intolérance.

 

Il faut concéder au pessimisme de Simone Weil que la recherche et la défense de la vérité sont choses difficiles partout où des hommes s’assemblent, parce que le consensus y est généralement la condition de leur vie commune. Y triomphent des intérêts, des modes, des conformismes, des prêt-à-penser, plus ou moins oppressants, qui gauchissent à des degrés divers, et jusqu’au péché de l’esprit, le rapport des hommes à la vérité. L’Eglise catholique, cela est certain, y est exposée, et souvent sujette, nous ne le déplorons que trop, ainsi que bien des articles parus sur ce blogue l’attestent. Cependant, croyez-vous que l’on puisse soutenir, sans précisément trahir effrontément la vérité, qu’il n’en est ainsi que d’elle et que, par exemple, les groupes où vous vivez, religieux ou civils, n’y sont pas sujets eux-mêmes ?

 

Poser la question, c’est y répondre. Le travers ici dénoncé est un travers humain, et se rencontre partout où se groupent des hommes. L’expérience le montre à l’envi. En cela, le propos de Simone Weil est juste et universel. Cette expérience n’en est que plus cruelle lorsque la vérité supposée portée par la communauté mise en cause est plus haute. Le conformisme ou l’esprit mondain d’un club de boules est fâcheux, mais il n’y a pas là qui vaille l’indignation. Pourquoi les mêmes travers la suscitent-ils quand ils affectent l’Eglise catholique, si ce n’est parce qu’on reconnaît en elle, fût-ce à son corps défendant, la grandeur et la noblesse de son message et de sa mission que tant « d’esprit de ce monde » souvent trahit, dans ses clercs et ses fidèles ?

 

Quand, en revanche, Simone Weil écrit, dans la suite qui vous nous invitez à lire, qu’il « faut avouer que le mécanisme d'oppression spirituelle et mentale propre aux partis a été introduit dans l'histoire par l'Église catholique dans sa lutte contre l'hérésie », elle se trompe. Cette lutte, en effet, a pu mettre en œuvre de tels mécanismes, bien sûr, mais les circonstances de la Passion du Christ ou celles du martyre des premiers chrétiens attestent, pour ne citer qu’elles, que l’Eglise romaine n’en a pas, loin s’en faut, la paternité. Il est par ailleurs pour le moins surprenant que vous puissiez évoquer le nom de Luther quand vous parlez de victimes de la persécution ou de l'intolérance romaines, lui dont il est pourtant difficile de méconnaître les appels à brûler les sorcières et les exhortations au sang et au carnage adressées aux princes allemands.

 

Pierre Gabarra 

 

 

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