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Premiers chrétiens

Jeudi 18 novembre 2010 4 18 /11 /Nov /2010 07:00

Par primeroscristianos.com

pc-copie-1.jpg « Les événements se précipitèrent. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, la foule se rua dans les ateliers et dans les bains pour ramasser du bois et des fagots. Les Juifs s’acquittaient de la besogne avec leur zèle habituel. Quand le bûcher fut prêt, le martyr retira lui-même tous ses vêtements, il détacha sa ceinture, puis commença à se déchausser, geste dont les fidèles le dispensaient toujours : dans l’impatience où ils étaient de toucher son corps, tous se précipitaient pour l’aider. Bien avant son martyre, la sainteté de sa conduite inspirait cette unanime révérence. Rapidement, on disposa autour de lui les matériaux rassemblés pour le feu. Mais, quand les gardes voulurent le clouer au poteau : “Laissez-moi comme je suis, leur dit-il. Celui qui m’a donné la force d’affronter ces flammes me donnera aussi, même sans la précaution de vos clous, de rester immobile sur le bûcher.” Ils ne le clouèrent donc pas et bornèrent à le lier. Les mains derrière le dos, ainsi attaché, il ressemblait à un bélier magnifique, pris dans un grand troupeau pour être offert en sacrifice à Dieu et à lui seul destiné. Alors, il leva les yeux au ciel et dit : “Seigneur, Dieu tout-puissant, Père de Jésus-Christ, ton Fils béni et bien-aimé, à qui nous devons de te connaître, Dieu des anges, des puissances, de toute la création et du peuple entier des justes qui vivent sous ton regard, je te bénis parce que tu m’as jugé digne de ce jour et de cette heure, et que tu me permets de porter mes lèvres à la coupe de ton Christ, pour ressusciter à la vie éternelle de l’âme et du corps dans l’incorruptibilité de l’Esprit Saint. Accueille-moi parmi eux devant ta face aujourd’hui ; que mon sacrifice te soit agréable et onctueux, en même temps que conforme au dessein que tu as conçu, préparé et accompli. Toi qui ne connais pas le mensonge, ô Dieu de vérité, je te loue de toutes tes grâces, je te bénis, je te glorifie au nom du Grand Prêtre éternel et céleste, Jésus-Christ, ton Fils bien-aimé, par lequel la gloire soit à toi comme à lui et à l’Esprit Saint, aujourd’hui et dans les siècles futurs. Amen !”


saint-polycarpe1.jpg « Quand il eut prononcé cet “amen”, qui achevait sa prière, les valets allumèrent le feu. Une gerbe immense s’éleva (...).


« Telle est l’histoire du bienheureux Polycarpe. Il fut le douzième d’entre nos frères de Philadelphie à souffrir à Smyrne. Son souvenir reste plus vivant que tous les autres et il est le seul dont les païens chantent partout les louanges. Il fut un maître prestigieux, un martyr hors pair, dont tous aimeraient imiter la passion, si fidèle à l’Evangile du Christ. Son courage a eu raison d’un magistrat inique et lui a mérité la couronne d’incorruptibilité. Il partage désormais la joie des apôtres et de tous les justes, il glorifie dieu, le Père tout-puissant, et bénit notre Seigneur Jésus-Christ, le sauveur de nos vies et le guide de nos corps, le pasteur de l’Église catholique répandue dans le monde. Vous désiriez avoir un rapport détaillé de ces événements. Nous nous bornons ici au récit succinct qu’en a fait notre frère Marcion. Quand vous aurez lu cette lettre, transmettez-là de proche en proche à nos frères, afin qu’eux aussi rendent gloire au Seigneur, qui choisit ses élus parmi ses serviteurs. A celui qui, par sa grâce et sa bonté, a le pouvoir de nous conduire tous à son Royaume éternel, par son Fils unique Jésus-Christ, gloire, honneur, puissance, grandeur dans les siècles ! Saluez tous les chrétiens. Ceux qui sont avec nous vous envoient leurs salutations, j’ajoute les miennes et celles d’Evariste le scribe, ainsi que de sa famille. Le martyre de Polycarpe eut lieu le 25 avril, le jour du grand sabbat, à deux heures de l'après-midi. Il fut emprisonné par Hérode, alors que Philippe de Tralles était grand prêtre, que le proconsul était Statius Quadratus et que Jésus-Christ régnait pour tous les siècles. Grâces soient rendues à Jésus-Christ notre Seigneur, à qui soient la gloire, l'honneur, la grandeur et le trône éternel, de génération en génération. Amen.


Gaïus a transcrit cela à partir du manuscrit d'Irénée, disciple de Polycarpe ; il vécut aussi avec Irénée. Moi, Socrate, à Corinthe, je l’ai écrit d’après une copie de Gaïus. La grâce soit avec vous tous. Moi, à mon tour, je l’ai écrit à partir du manuscrit précédent après l’avoir cherché, le bienheureux Polycarpe me l’ayant manifesté par révélation (...) »

 

 

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Les martyrs de la noblesse romaine (cliquer)


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Publié dans : Premiers chrétiens - Communauté : Chrétiens et heureux de croire
Mercredi 17 novembre 2010 3 17 /11 /Nov /2010 08:56

Par primeroscristianos.com

pc-copie-1.jpg « Polycarpe, le plus admirable de tous, ne se laissa pas d’abord émouvoir par les rumeurs de persécution. Il voulait rester en ville. Mais comme son entourage le pressait d’aller se mettre à l’abri, il gagna une petite maison non loin de Smyrne et il l’habita avec quelques amis, ne faisant qu’y prier jour et nuit, pour tous les hommes et toutes les Églises de ce monde, selon la coutume. C’est au cours de sa prière que, trois jours avant d’être arrêté, il eut une vision : son oreiller prenait le feu et était entièrement consumé. Alors il se tourna vers ses compagnons : “Il faut que je sois brûlé vif. “ Cependant on le recherchait activement. Il dut gagner une seconde cachette ; à peine y arrivait-il que les gens lancés à sa poursuite firent irruption dans la première maison. Ne l’y trouvant pas, ils saisirent deux jeunes esclaves, en torturèrent un, qui parla. Polycarpe désormais ne pouvait plus leur échapper, puisqu’il avait été dénoncé par un des siens. L’irénarque qui répondait au nom d’Hérode, était pressé de le conduire au stade. Ainsi Polycarpe accomplirait-il sa destinée, en ne faisant qu’un avec le Christ, tandis que ceux qui l’avaient livré subiraient le châtiment de Judas. Ils emmenèrent le jeune esclave. C’était un vendredi, vers l’heure du dîner. Les policiers, à pied et à cheval, armés jusqu’aux dents, se mirent en chasse, comme s’ils couraient après un brigand. Tard dans la soirée, les voilà qui trouvent la maison et se lancent à l’assaut. Il était couché à l’étage supérieur. Une fois encore, il aurait pu s’échapper, mais il refusa : “Que la volonté de Dieu soit faite”, dit-il. Quand il sut qu’ils étaient là, il descendit et engagea la conversation. Son âge et sa sérénité les frappèrent et ils ne comprenaient pas qu’on ait mis tant de police sur le pied de guerre pour arrêter un si noble vieillard. Mais lui, malgré l’heure tardive, les invita aussitôt à manger et à boire à satiété, il leur demanda seulement de lui laisser une heure pour prier en paix. Ils le lui accordèrent. Alors, debout, il se mit à prier, si intensément pénétré de la grâce de Dieu que deux heures durant il ne cessa de parler et d’impressionner ceux qui l’écoutaient. Beaucoup se repentaient d’être venus arrêter un vieillard aussi saint. Quand il eut achevé sa prière, où il avait fait mémoire de tous ceux qu’il avait rencontrés dans sa vie, petits ou grands, illustres ou obscurs, et de toute l’Église catholique, répandue dans le monde entier, l’heure du départ était arrivée.


« (...) Du stade montait une énorme rumeur et nul ne pouvait s’y faire entendre. Quand Polycarpe en franchit les portes, une voix retentit du ciel : “Courage, Polycarpe, et sois un homme”. Nul ne vit qui avait parlé, mais ceux des nôtres qui étaient présents entendirent la voix. On fit entrer Polycarpe. Quand la foule apprit qu’il avait été arrêté, les clameurs redoublèrent.


« Le proconsul le fit comparaître devant lui et lui demanda s’il était Polycarpe. “Oui”, répondit celui-ci. Alors il essaya de le faire abjurer : “Respecte ton âge”, disait-il. Suivaient toutes les paroles que l’on tenait en pareil cas : “Jure par la fortune de César, rétracte-toi, crie : à mort les impies !” Alors Polycarpe jeta un œil sombre sur cette populace de païens massée dans le stade, et pointa sa main vers elle. Puis il soupira, et, les yeux levés au ciel, il dit : “A bas les impies !” Le proconsul le pressait de plus belle : “Jure donc et je te libère, maudis le Christ !” Polycarpe répondit : ”Si tu t’imagines que je vais jurer par la fortune de César, comme tu dis, en feignant d’ignorer qui je suis, écoute-le donc une bonne fois : je suis chrétien. Voilà quatre-vingt-six ans que je le sers et il ne m’a fait aucun mal. Comment pourrais-je insulter mon roi et mon sauveur ? Si le christianisme t’intéresse, donne-toi un jour pour m’entendre”. Le proconsul lui dit : “Essaie de convaincre le peuple”. Mais Polycarpe répliqua : “Avec toi, je veux bien m’expliquer. Dieu nous demande de respecter comme elles le méritent les autorités et les hautes fonctions qu’il a lui-même instituées, du moment que cela ne nous porte pas préjudice. Mais ces gens-là ont trop peu de dignité pour que je défende ma foi devant eux”. Le proconsul reprit : “J’ai des fauves, je t’y ferai jeter si tu ne changes pas d’opinion”. - “Fais-les venir ! Quand nous changeons, nous, ce n’est pas pour aller du bien au mal. Nous ne consentons à changer que pour devenir meilleurs.” Le magistrat s’irritait : “Je t’envoie au bûcher si tu ne crains pas les fauves. Apostasie donc”. Polycarpe répliqua : “Tu me menaces d’un feu qui brûle une heure, puis s’éteint rapidement. Tu ignores donc le feu du jugement à venir et du châtiment éternel gardé pour les impies. Mais pourquoi tardes-tu ? Va, donne tes ordres”.


« Telles furent ses paroles, et bien d’autres encore. Il rayonnait de courage et de joie, et la grâce inondait sa face. Il ne s’était pas laissé démonter par cette confrontation, c’était au contraire le proconsul qu’elle plongeait dans le désarroi. Cependant, ce dernier envoya son héraut au milieu du stade pour claironner trois fois : “Polycarpe a avoué qu’il est chrétien !” La déclaration du héraut mit en fureur toute la foule des païens et des Juifs qui résidaient à Smyrne. Les cris éclatèrent : “C’est lui, le maître de l’Asie, le père des chrétiens, le fossoyeur de nos dieux, c’est lui qui incite les foules à ne plus sacrifier ni adorer !” Au milieu de leurs hurlements, ils demandaient à l’asiarque Philippe de lâcher un lion sur Polycarpe. Mais il objecta qu’il n’en avait plus le droit, parce que les combats de fauves étaient clos. Alors d’une seule voix, ils réclamèrent que Polycarpe pérît par le feu. Il fallait en effet que s’accomplît la vision qui lui avait montré son oreiller en flammes, tandis qu’il priait, et qui lui avait arraché devant ses amis ce mot prophétique : “Il faut que je sois brûlé vif”.

(à suivre).

 

 

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Publié dans : Premiers chrétiens - Communauté : Prières, neuvaines chrétiennes
Lundi 15 novembre 2010 1 15 /11 /Nov /2010 07:15

Par L'Equipe d'Hermas

SECTION IV : ACTES DU MARTYRE DE SAINT POLYCARPE DE SMYRNE (155)


pc-copie-1.jpg « L’Église de Dieu qui réside à Smyrne à l’Église de Dieu qui est à Philomélion et à toutes les communautés que l’Église sainte et universelle a partout établies. Que Dieu notre Père et notre Seigneur Jésus-Christ vous remplissent de miséricorde, de paix et d’amour ! (1)


« Frères, c’est pour vous que nous rédigeons les actes des martyrs et du bienheureux Polycarpe, dont le supplice sembla achever la persécution en la frappant de son sceau. En presque tous les événements qui précédèrent sa mort, le Seigneur nous montre un martyre tout entier évangélique. Polycarpe a attendu d’être livré, comme le Seigneur, afin qu’imitant son exemple, nous regardions moins notre intérêt que celui de notre prochain. L’amour, quand il est vrai et fort, n’incline pas à se sauver seul, il aspire au salut de tous les frères.


« Bienheureux et vaillants, tous ces martyrs qui firent honneur à Dieu ! Ayons en effet assez de foi pour attribuer à Dieu cette liberté au sein de tant d’épreuves ! Qui n’admirerait le courage de ces hommes, leur patience, l’amour qu’ils portaient à leur Maître ? Lacérés par les fouets qui mettaient à vif leurs veines et leurs artères, ils ne fléchissaient pas, alors que les assistants ne pouvaient réprimer des cris de douleur et de pitié. Mais chez eux, l’on n’entendait ni gémissement ni soupir, et leur vaillance prouva qu’à l’heure où on les suppliciait, ces admirables témoins du Christ avaient déjà quitté leur corps, ou plutôt que le Seigneur était là et s’entretenait avec eux. Ravis par la grâce du Christ, ils n’avaient que mépris pour les tortures infligées, puisqu’une heure leur gagnait la vie éternelle. Le feu de leurs bourreaux inhumains leur semblait froid. Un autre feu les inquiétait, qu’ils voulaient fuir, éternel celui-là, destiné à ne jamais s’éteindre. Ils considéraient avec leurs yeux du cœur les bienfaits que Dieu réserve au courage, que l’oreille n’a pas entendus, que l’œil n’a pas vus, et qui ne sont pas montés au cœur de l’homme (1 Co 2, 9). Mais le Seigneur les leur découvrait puisqu’ils n’étaient plus des hommes mais déjà des anges. Ceux que l’on avait condamnés aux bêtes supportèrent aussi d’abominables tourments : on les étendait sur des coquillages hérissés de pointes, on les soumettait aux tortures les plus raffinées, espérant, par la variété et la longueur de ces supplices, qu’ils finiraient par renier leur foi.


« Le Diable contre eux déploya toutes sortes de ruses. Grâce à Dieu, il n’en vainquit aucun. L’un des plus résolus, Germanicus, fortifiait les plus faibles par son intrépidité : son combat avec les bêtes fut admirable. Le proconsul essayait de le convaincre, il le suppliait d’avoir pitié de sa jeunesse, mais lui, impatient d’en finir avec ce monde d’injustice et de cruauté, provoqua le fauve qui se jeta sur lui. Alors la foule, déchaînée par le courage des chrétiens et par la foi de cette race ardente, hurla : “A mort, les impies, qu’on cherche Polycarpe !”.


« Un seul défaillit, à la vue des bêtes. C’était un Phrygien, arrivé depuis peu de son pays ; il se nommait Quintus. Il s’était de lui-même dénoncé, entraînant avec lui quelques compagnons. Le proconsul, à force d’insister, réussit à le faire abjurer et il sacrifia. Aussi n’y a-t-il pas lieu de féliciter ceux qui vont au-devant du martyre ; un tel zèle n’est pas évangélique.

(à suivre)

_______________

Note

(1) Il existe six versions grecques différentes de ce texte. Par commodité pour le lecteur francophone, nous avons choisi de suivre ici les traductions données par Pierre Maraval dans Actes et passions des martyrs chrétiens, Ed. du Cerf, 2010, pp. 39 ss, et par Bruno Chenu et a., Le livre des martyrs chrétiens, Ed. du Centurion, Paris 1988, p. 42-49.

 

 

Télécharger la section 1  de ce chapitre 5 :

Les protomartyrs romains

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Publié dans : Premiers chrétiens - Communauté : Prières, neuvaines chrétiennes
Mardi 9 novembre 2010 2 09 /11 /Nov /2010 14:00

Par primeroscristianos.com - Traduction française : (c) Hermas.info

[Ndt : Suit le récit d’une troisième vision, où Perpétue se voit combattre dans l’arène un égyptien, image du diable, dont elle triomphe et foule la tête, acclamée et couronnée avant d’aller vers « la porte de la Vie Sauve ». Elle raconte aussi les propres visions de Saturus].


pc-copie-1.jpg « (...) Quant à Félicité, la grâce de Dieu la toucha elle aussi de la façon suivante : elle était enceinte lorsqu'elle fut arrêtée, et comme elle en était au huitième mois et que le jour du spectacle approchait, elle était en grande tristesse à l'idée qu'elle aurait un sursis à cause de sa grossesse [car la loi n’autorisait pas l'exécution des femmes enceintes] et qu'elle répandrait plus tard son sang innocent et saint en compagnie de scélérats. Ses compagnons de martyre s’attristaient fort aussi de laisser une aussi bonne associée, comme une compagne de voyage, seule sur la route de la même espérance. Aussi, deux jours avant les jeux, ils répandirent leurs prières devant Dieu avec un gémissement unanime. Aussitôt après la prière, des douleurs la saisirent, et comme elle peinait et souffrait à cause de la difficulté naturelle d'un accouchement au huitième mois, l’un des gardes assistants de la prison lui dit : “Toi qui souffres ainsi maintenant, que feras-tu en présence des bêtes, que tu as méprisées quand tu n'as pas voulu sacrifier ?” Elle répondit : “Maintenant, c'est moi qui souffre ce que je souffre, mais là-bas, un autre en moi souffrira pour moi, parce que moi, je souffrirai pour lui.” Elle donna naissance à une fille, qu'une soeur éleva comme son propre enfant.


« (...) Au tribun qui les traitait sévèrement - il craignait, sur les avertissements de gens de rien, qu’ils ne s'évadent de la prison par quelques incantations magiques - Perpétue déclara en face : “Pourquoi donc ne nous permets-tu pas de nous restaurer, nous qui sommes les plus nobles des condamnés, car nous le sommes de César, et nous allons combattre pour son anniversaire. N’y va-t-il pas de ta réputation qu'on nous produise un peu plus gras ?” Le tribun fut très surpris et rougit ; aussi ordonna-t-il qu'ils soient traités plus humainement, de sorte que ces frères et d'autres avaient la permission d'entrer et de se restaurer avec eux. Le sous-officier de la prison [Pudens] était lui-même croyant.


[Ndt : Perpétue racontre la veillée puis ce qu’elle appelle “le jour de leur victoire”, avec la mort de ses premiers compagons dans l’arène].


saintesperpetuefelicie.jpg « (...) Pour les jeunes femmes, le diable prépara une vache furieuse choisie contre la coutume pour qu'il y ait correspondance entre leur sexe et celui de la bête. Aussi on les présenta nues et placées dans des filets. La foule fut horrifiée quand elle vit l’une, une délicate jeune fille, et l'autre, dont les seins gouttaient de lait par suite de son récent accouchement. Aussi on les rappela et on les revêtit de tuniques sans ceinture. Perpétue, la première, fut jetée en l'air et retomba sur le dos. En se rasseyant, elle rajusta sa tunique, déchirée sur le côté, pour couvrir sa cuisse, plus attentive à la pudeur qu’à la douleur. Ensuite, elle demanda une épingle et rattacha ses cheveux épars : il ne convenait pas, en effet, qu'une martyre souffre avec les cheveux en désordre, pour ne pas sembler être en deuil dans sa gloire. Alors elle se leva, et comme elle voyait Félicitée à terre, elle lui tendit la main et la releva, et toutes les deux se tinrent debout côte à côte. Comme la cruauté de la foule était vaincue, elles furent rappelées à la porte de la Vie Sauve. Là, Perpétue, accueillie par un nommé Rusticus, qui était encore catéchumène et se tenait près d’elle, se mit à regarder autour d'elle comme si elle s'était réveillée d'un songe [tant elle avait été dans l'Esprit et en extase] et, à la stupeur de tous, elle dit : “Quand allons-nous être présentées à cette vache ou à je ne sais quoi ?” Lorsqu'elle apprit que cela avait déjà eu lieu, elle ne le crut pas avant d'avoir constaté quelques traces de cette attaque sur son corps et sur son vêtement. Ayant ensuite appelé son frère et ce catéchumène, elle leur parla en ces termes : “Soyez fermes dans la foi, aimez-vous tous les uns les autres, et ne soyez pas scandalisés par nos souffrances.”


[Ndt : Perpétue raconte ensuite le sacrifice de Saturus, qui offre sa vie pour Pudens, pour l’affermissement de sa foi].


steperpetue.jpg« (...) Comme le public réclamait qu’on les ramène au milieu de l’arène, pour faire de leurs yeux des associés de leur homicide lorsque le glaive pénétrerait dans leurs corps, ils se levèrent tous et se rendirent là où le voulait le public en s’étant auparavant embrassés les uns les autres, pour consommer leur martyre par le rite solennel de la paix. Les autres reçurent le coup mortel immobiles et en silence, surtout Saturus, qui était monté le premier et fut le premier à rendre l’esprit, car il attendait Perpétue. Or Perpétue, pour qu’elle puisse goûter la douleur, frappée entre les os, poussa un long gémissement, et elle-même dirigea la main hésitante du jeune gladiateur vers sa gorge. Peut-être une telle femme, qui était redoutée de l’esprit immonde, n’aurait-elle pu être tuée autrement qu’elle ne l’avait voulu elle-même.


« Ô martyrs très vaillants et très bienheureux ! Ô véritables appelés et élus dans la gloire de notre Seigneur Jésus-Christ ! Celui qui l’exalte, lui rend honneur et l’adore doit lire aussi ces exemples, qui ne sont pas inférieurs aux anciens, pour l’édification de l’Eglise. Ainsi, de nouvelles vertus attestent que c’est l’unique et toujours le même Esprit Saint qui opère encore aujourd’hui, ainsi que Dieu le Père tout-puissant et son Fils unique Jésus-Christ notre Seigneur, à qui appartiennent splendeur et pouvoir sans mesure dans les siècles des siècles. Amen ! »

 

Fin de la Passion de Perpétue.

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Publié dans : Premiers chrétiens - Communauté : Prières, neuvaines chrétiennes
Samedi 6 novembre 2010 6 06 /11 /Nov /2010 10:55

Par primeroscristianos.com - Traduction française : (c) Hermas.info

SECTION III : ACTES DU MARTYRE DES SAINTES FELICITE ET PERPETUE (Carthage, 7 mars 203)

 

pc-copie-1.jpg Ces Actes constituent un récit hautement significatif (1), qui nous permet de nous faire une idée, fût-elle approximative, des exigences attachées au christianisme, aussi bien dans la vie publique que dans la vie en société ou dans la famille. L’exemple donné par Perpétue est une illustration manifeste du primat des exigences de la foi sur les liens du sang ou de la famille.


« De jeunes catéchumènes furent arrêtés, Revocatus et sa compagne d’esclavage Félicité, Saturninus et Secundulus ; parmi eux, il y avait aussi Vibia Perpetua - Perpétue - de naissance honorable, instruite dans les arts libéraux, matrone par son mariage. Elle avait son père et sa mère et deux frères, l’un également catéchumène, et un fils, un bébé encore au sein. Elle avait environ vingt-deux ans. C’est elle même qui, à partir d’ici, raconta toute l’histoire de son martyre, telle qu’elle la laissa écrite de sa main et selon son idée.


« Pendant que nous étions encore, dit-elle, avec ceux qui nous avaient arrêtés, mon père essayait par ses paroles de me fléchir et s’obstinait, par affection pour moi, à provoquer ma chute. “Père, dis-je, vois-tu par exemple ce vase posé là, cette cruche ou autre chose ?” Il dit : “Je le vois”. Et moi de lui dire : “Est-ce qu’on peut l’appeler d’un autre nom que ce qu’il est ?” Il dit : “Non” - “De même, moi non plus, je ne puis me dire autre chose que ce que je suis, une chrétienne”. Alors mon père, excité par ce mot, se jeta sur moi comme pour m’arracher les yeux, mais il me frappa seulement et s’en alla, vaincu avec ses arguments du diable.


[Ndt : Perpétue raconte ensuite les souffrances de son incarcération et de la privation de son bébé, qui lui fut remis : “La prison devint soudain pour moi un palais”, et sa première vision, d’un échelle bordée d’instruments de torture, au pied de laquelle est Satan, prêt à mordre, et que chacun de ses compagnons et elle-même gravissent].


feliciteeperpetue.jpg« (...) Quelques jours plus tard, le bruit courut que nous allions être interrogés. Mon père arriva alors de la ville, dévoré de chagrin, et il monta me voir pour essayer de provoquer ma chute en disant : “Aie pitié, ma fille, de mes cheveux blancs, aie pitié de ton père, si je suis digne d’être appelé ton père ; si je t’ai conduite de ces mains à la fleur de ton âge, si je t’ai préférée à tous tes frères ; ne me livre pas au déshonneur devant les hommes. Pense à tes frères, pense à ta mère et à ta tante, pense à ton fils qui ne pourra vivre après toi. Renonce à ta résolution, ne nous anéantis pas tous : aucun de nous ne pourra parler librement, si tu dois souffrir quelque chose”. Il disait cela comme un père plein d’amour pour moi, me baisant les mains, se jetant à mes pieds ; en pleurant, il ne m’appelait plus sa fille, mais sa dame. Et j’avais de la peine à cause de mon père, car c’était le seul de toute ma famille à ne pas se réjouir de ma passion. Je l’ai réconforté en lui disant : “Il arrivera sur cette estrade [Ndt : castata : le lieu d’interrogatoire et de torture] ce que Dieu voudra. Sache que nous ne sommes pas laissés en notre pouvoir, mais en celui de Dieu”. Et il me quitta en grande tristesse.

 

« Un autre jour, pendant que nous prenions notre repas, on nous emmena subitement pour être interrogés et nous arrivâmes au forum. Le bruit se répandit aussitôt dans les environs du forum et une foule immense se rassembla. Nous montâmes sur l'estrade. Interrogés, les autres firent leur confession de foi. On en vint à moi et mon père apparut soudain avec mon fils ; il me tira de la marche et me dit : “Sacrifie, aie pitié de ton enfant.” Le procureur Hilarianus, qui avait alors reçu le droit de glaive à la place du proconsul Minucius Timinianus, décédé, me dit : “Epargne les cheveux blancs de ton père, épargne l'enfance de ton fils, fais le sacrifice pour le salut des Empereurs”. Je répondis : “ Je ne le fais pas.” Hilarianus me dit : “Tu es chrétienne ?”, et je répondis : “Je suis chrétienne.” Et comme mon père se tenait près de moi pour provoquer ma chute, Hilarianus ordonna de le repousser et on le frappa d'un coup de verge. J’eus de la peine pour ce qui arrivait à mon père, comme si j’avais été frappée moi-même, j’eus de la peine aussi pour sa vieillesse malheureuse. Alors le procurateur prononça la sentence sur tous et nous condamna aux bêtes, et tout joyeux nous revînmes à la prison.


[Ndt : Perpétue poursuit son récit en racontant une deuxième vision, au cours de laquelle elle vit son jeune frère Dinocrate, mort à l’âge de sept ans d'un cancer du visage. Elle le vit souffrir et après maintes prières « comprit qu’il avait été déchargé de sa peine. »]


« (...) Ensuite, quelques jours après, un sous-officier appelé Pudens, qui était chargé de la prison, commença à nous tenir en grande estime car il comprenait la grande force qui était en nous. Il laissait beaucoup de visiteurs venir nous voir et nous nous réconfortions mutuellement. Mais comme approchait le jour des jeux, mon père entra me voir, consumé de chagrin, et il se mit à arracher sa barbe, à se jeter par terre, à se prosterner la face contre terre, à maudire son âge et à dire de telles paroles qu'elles auraient ému toute créature. Et moi j'avais de la peine pour sa vieillesse malheureuse ( à suivre).

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Note

(1) Ndt.- Cette Passion de Perpétue et Félicité est également remarquable parce que l’essentiel en a été écrit par sainte Perpétue elle-même. Longtemps on considéra que le prologue [en partie cité ici] et la conclusion de cette Passion était du grand Tertullien. Nous suivons en partie ici la traduction de Pierre Maraval, dans Actes et passions des martyrs chrétiens des premiers siècles, éd. du Cerf, 2010, pp. 117 ss.

 

 

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Publié dans : Premiers chrétiens - Communauté : Prières, neuvaines chrétiennes
Vendredi 5 novembre 2010 5 05 /11 /Nov /2010 07:21

Par primeroscristianos.com - Traduction française : (c) Hermas.info

FUNERAILLES ET SEPULTURE


pc-copie-1.jpg Cependant ces mesures de prohibition auxquelles elle fut contrainte de recourir, pour éviter des abus, n’affectèrent en rien le sentiment de profond respect et de vénération de l’Eglise pour ses fils défunts, ni sa ferme volonté de les honorer. Ainsi s’établit l’usage, avant l’enterrement, de porter le cadavre dans l’église, au pied de l’autel, pour que soit célébrée la Sainte Messe en suffrage.


Cette pratique, déjà quasi-générale à la fin du 4ème siècle, et dont saint Augustin témoigne clairement en relatant en ses Confessions les funérailles de sa mère, sainte Monique, s’est maintenue jusqu’à nos jours.


Saint Augustin expliquait aux chrétiens de son temps que les honneurs externes n’apportaient ni avantage ni honneur aux morts s’ils n’étaient accompagnés des honneurs spirituels de la prière : « si ces supplications offertes pour les morts par une foi et une piété légitimes venaient à manquer, je suis d'avis qu'il ne servirait de rien à leurs âmes de déposer leurs corps privés de vie dans n'importe quels lieux saints. (...) Soyons assurés que nous n'atteindrons les morts auxquels nous rendons des devoirs que par l'autel, la prière et l'aumône. Voilà les supplications solennelles et les sacrifices qui leur sont utiles » (1).


L’Eglise, qui entend les choses ainsi, s’est toujours préoccupée de donner une digne sépulture aux cadavres de ses enfants, en leur apportant, pour les honorer, le meilleur de ses trésors spirituels. Dépositaire des mérites rédempteurs du Christ, elle a voulu les appliquer à ses défunts, en offrant à certains jours sur leurs tombes ce que saint Augustin appelle avec tant de bonheur le sacrificium pretii nostri, c’est-à-dire le Sacrifice de notre rachat.


Déjà, au temps de saint Ignace et de saint Polycarpe, il en est question comme d’une pratique fondée dans la tradition. Mais, là encore, l’usage dégénéra en abus, de sorte que l’autorité ecclésiastique dut intervenir pour s’y opposer et le réduire. Ainsi fut-il décidé que la Messe ne serait plus célébrée que sur les tombeaux des martyrs.


LES DEFUNTS DANS LA LITURGIE


Par ailleurs, la mémoire des défunts était chose commune dans toutes les liturgies dès le 3ème siècle. C’est-à-dire qu’outre les quelques messes spéciales qui étaient offertes pour eux auprès des tombes, toutes les “synaxes” eucharistiques comportaient, comme encore aujourd’hui, une “mémoire - memento - des défunts.


Ce même esprit d’affection et de tendresse inspire toutes les prières et les cérémonies du merveilleux rite des obsèques.


De nos jours, l’Eglise fait spécialement mémoire de ses fils défunts durant le mois de novembre, par le “Commémoration de tous les fidèles défunts”, le 2 de ce mois, consacré à leur souvenir et aux suffrages pour leurs âmes. Lors de la “Fête de tous les saints”, le jour précédent, elle célèbre l’entrée au Ciel de tous les saints qui, sans avoir acquis la renommée attachée à la sainteté en leur vie, ont reçu la récompense éternelle, et parmi lesquels se trouve l’immense majorité des premiers chrétiens.



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NOTE


(1) Des devoirs à rendre aux morts, Oeuvres complètes, publiées par l’Abbaye Sain-Benoît de Port-Valais, chap. 4 et 18).

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Jeudi 4 novembre 2010 4 04 /11 /Nov /2010 06:00

Par primeroscristianos.com - Traduction française : (c) Hermas.info

Le mois de novembre est traditionnellement consacré à la dévotion à l'égard des défunts qui ont quitté ce monde dans l'amitié de Dieu - c'est-à-dire des saints, "sanctifiés" par la grâce reçue et gardée dans la persévérance finale. Infailliblement, en béatifiant ou canonisant certains, l'Eglise nous donne la certitude absolue de leur salut et de leur gloire. Pour les autres, elle nous invite à prier, dans l'espérance de leur salut, qui s'opère ultimement par cette purification mystérieuse que la théologie catholique appelle le Purgatoire.

 

Pour aider à l'expression de cette dévotion, nous empruntons à nos amis de primeroscristianos.com ce texte sur la dévotion des premiers chrétiens - nos maîtres et modèles - à l'égard des défunts.

 

Jules Eugene Lenepveu The Martyrs in the Catacombs
Jules-Eugène Lenepveu (1819 -1898)

Les martyrs des catacombes 1855

 

"L'un des Vieillards prit alors la parole et me dit : « Ces gens vêtus de robes blanches, qui sont-ils et d'où viennent-ils ? » Et moi de répondre : « Monseigneur, c'est toi qui le sais. » Il reprit : « Ce sont ceux qui viennent de la grande épreuve : ils ont lavé leurs robes et les ont blanchies dans le sang de l'Agneau. C'est pourquoi ils sont devant le trône de Dieu, le servant jour et nuit dans son temple ; et Celui qui siège sur le trône étendra sur eux sa tente. Jamais plus ils ne souffriront de la faim ni de la soif ; jamais plus ils ne seront accablés ni par le soleil, ni par aucun vent brûlant. Car l'Agneau qui se tient au milieu du trône sera leur pasteur et les conduira aux sources des eaux de la vie. Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux" (Apocalypse, 7, 13-17).

 

 

HONNEUR ET RESPECT


pc-copie-1.jpg Depuis l'époque des premiers chrétiens, l’Eglise catholique a toujours entouré les morts d’une atmosphère de respect sacré. Ce dernier et les honneurs funèbres qu’elle leur a toujours rendus permet de parler d’un certain culte des défunts : un culte, non pas au sens théologique strict, mais entendu comme une vénération sacrée manifestée par ceux qui ont foi en la résurrection de la chair, en la vie future.


Le christianisme des premiers siècles n'a pas rejeté le culte des défunts des civilisations anciennes. Au contraire, il l’a consolidé, en le purifiant, et en lui donnant son véritable sens transcendant, à la lumière de la connaissance de l’immortalité de l’âme et du dogme de la résurrection. Le corps - qui durant la vie est “temple de l’Esprit Saint” et “membre du Christ” (1 Corinthiens 6, 15), et dont le destin définitif est la transformation spirituelle dans la résurrection - a toujours été, pour les chrétiens, aussi digne de respect et de vénération que les choses les plus saintes.


Ce respect s’est d’abord manifesté par la manière même d’enterrer les cadavres.


A l’imitation de ce que firent pour le Seigneur Joseph d’Arimathie, Nicodème et les saintes femmes, les cadavres étaient souvent lavés, oints, enveloppés dans des linges imbibés d’aromates, puis placés ainsi avec beaucoup de soin dans un tombeau.


Dans les Actes du martyre de saint Pancrace, on lit qu’il fut enseveli « après avoir été oint de parfums et enveloppé dans de très riches tissus », et lorsque l’on ouvrit le cercueil de cyprès de sainte Cécile, en 1599, elle était revêtue de très riches vêtements.


La piété et le culte des chrétiens pour les défunts n’étaient pas seulement manifestés par la préparation soigneuse du cadavre ; la sépulture matérielle était également un expression éloquente des mêmes sentiments. Ces sépulcres étaient ornés de fleurs et des parfums étaient répandus sur les tombes des êtres chers.


LES CATACOMBES


Au cours de la première moitié du deuxième siècle, après avoir bénéficié de quelques concessions et donations, les chrétiens commencèrent à enterrer leurs morts sous terre. Ce fut l’origine des catacombes. Nombre d’entre elles furent creusées et agrandies autour de sépultures familiales dont les propriétaires, récemment convertis, les ouvrirent à leurs frères dans la foi plutôt que de les réserver à leurs familles.


Au cours du temps, les zones funéraires s’élargirent, parfois à l’initiative de l’Eglise elle-même. C’est le cas typique des catacombes de saint Calixte : l’Eglise assuma directement son administration et son organisation, sur un mode communautaire.


Lorsque les Empereurs Constantin et Licinius promulguèrent l’édit de Milan, en février 313, les chrétiens ne furent plus persécutés. Ils pouvaient librement professer leur foi, construire des lieux de culte et des églises, dans et hors des murailles de la cité, acheter des lopins de terre, cette fois sans risque de confiscation. Toutefois, les catacombes continuèrent d’être utilisées, comme des cimetières réguliers, jusqu’au début du 5ème siècle, lorsque l’Eglise procéda aux enterrements exclusivement dans le voisinage ou à l’intérieur des basiliques dédiées à des martyrs importants.


La vénération des fidèles portait cependant principalement sur les tombes des martyrs. Ce fut autour d’elles que naquit le culte des saints. Toutefois, ce culte très spécial pour les martyrs ne supprima pas la vénération vouée aux morts en général. On pourrait même dire, d’une certaine manière, qu’elle s’en trouva renforcée. En effet, dans l’esprit des premiers chrétiens, le martyr, victime pour sa fidélité inébranlable au Christ, faisait partie du cortège des amis de Dieu, qui jouissaient de la vision béatifique depuis le moment même de leur mort : quels meilleurs protecteurs que ces amis de Dieu ? C’est ainsi que les fidèles voyaient les choses, qui mirent toujours leur honneur à reposer après leur mort auprès du corps de certains de ces martyrs, fait qui reçut le nom de sépulture ad sanctos.


De leur côté, les vivants étaient également convaincus de ce qu’aucun hommage envers leurs défunts ne pouvait être comparé au fait d’être enterré sous la protection des martyrs. Ils considéraient qu’ainsi était assurées non seulement l’inviolabilité de la sépulture mais aussi une intercession et une aide plus efficaces du saint. C’est pourquoi les basiliques, et les églises en général, finirent par devenir de véritables cimetières, ce qui contraignit bientôt les autorités ecclésiastiques à y y imposer des limites.

 

(à suivre)

 

 

 

 

 

 

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Jeudi 21 octobre 2010 4 21 /10 /Oct /2010 14:00

Par primeroscristianos.com - Traduction française : (c) Hermas.info

CHAPITRE V: LES ACTES DES MARTYRS


pc-copie-1.jpg Les Actes des martyrs sont la transcription des procès verbaux rédigés par les autorités romaines et conservés dans les archives officielles, que les chrétiens se sont procurés par divers moyens.

Chaque tribunal avait ses “notarii”, qui recueillaient tachygraphiquement tous les actes des procès, principalement lors des interrogatoires, par le moyen de “notæ” ou de signes d’abréviation. Ensuite, ces notes étaient transcrites en langue vernaculaire, et ces pièces étaient enfin versées aux archives judiciaires.


Cependant, tout le travail de rédaction des actes et leur conservation dans les archives officielles était effectué par des magistrats romains. Beaucoup d’actes furent détruits sous Dioclétien, au 3ème siècle, parce que ce dernier avait constaté que ces récits héroïques enflammaient l’âme des chrétiens et leur donnaient un exemple à suivre dans la souffrance. Il les fit dès lors placer parmi les livres procrits, qu’il ordonna de rassembler et de brûler en place publique.


Leur lecture a fait le plus grand bien aux chrétiens de tous les temps.



SECTION I : ACTE DU MARTYRE DES PROTOMARTYRS ROMAINS


En 64, la chrétienté romaine va littéralement passer par l’épreuve du feu. Une claire nuit de juillet de cette année-là, sous le règne impérial de Néron, un terrible incendie, propagé avec une rare violence, détruisit pendant sept jours les principaux quartiers de la vieille Rome.


La description qu’en a laissée Tacite, dans ses Annales, quelque cinquante ans après les événements, appartient à raison aux pages les plus célèbres de la littérature uiniverselle. Cette célébrité est d’autant plus grande que c’est la première fois, dans cette page, qu’une plume païenne - et rien moins que celle de l’historien romain le plus célèbre - fait état du fait le plus important de l’histoire universelle : le christianisme et la mort violente de son fondateur, le Christ.


1. Tacite, Annales, L. XV, 38-44

« Le hasard, ou peut-être un coup secret du prince [car l'une et l'autre opinion a ses autorités], causa le plus grand et le plus horrible désastre que Rome eût jamais éprouvé de la violence des flammes.

(...)

« De plus, les lamentations des femmes éperdues, l'âge qui ôte la force aux vieillards et la refuse à l'enfance, cette foule où chacun s'agite pour se sauver soi-même ou en sauver d'autres, où les plus forts entraînent ou attendent les plus faibles, où les uns s'arrêtent, les autres se précipitent, tout met obstacle aux secours. Souvent, en regardant derrière soi, on était assailli par devant ou par les côtés : on se réfugiait dans le voisinage, et il était envahi par la flamme ; on fuyait encore, et les lieux qu'on en croyait le plus loin s'y trouvaient également en proie.

(...)

« Et personne n'osait combattre l'incendie : des voix menaçantes défendaient de l'éteindre ; des inconnus lançaient publiquement des torches, en criant qu'ils étaient autorisés ; soit qu'ils voulussent piller avec plus de licence, soit qu'en effet ils agissent par ordre ».

(...)

« Pendant ce temps, Néron était à Antium et n'en revint que quand le feu approcha de la maison qu'il avait bâtie pour joindre le palais des Césars aux jardins de Mécène.

(...)

incendie_rome.jpg « Néron, pour consoler le peuple fugitif et sans asile, ouvrit le Champ de Mars, les monuments d'Agrippa et jusqu'à ses propres jardins. Il fit construire à la hâte des abris pour la multitude indigente ; des meubles furent apportés d'Ortie et des municipes voisins, et le prix du blé fut baissé jusqu'à trois sesterces. Mais toute cette popularité manqua son effet, car c'était un bruit général qu'au moment où la ville était en flammes il était monté sur son théâtre domestique et avait déclamé la ruine de Troie, cherchant, dans les calamités des vieux âges, des allusions au désastre présent.

« Le sixième jour enfin, on arrêta le feu au pied des Esquilies, en abattant un nombre immense d'édifices, afin d'opposer à sa contagion dévorante une plaine nue et pour ainsi dire le vide des cieux. La terreur n'était pas encore dissipée quand l'incendie se ralluma, moins violent, toutefois, parce que ce fut dans un quartier plus ouvert : cela fit aussi que moins d'hommes y périrent ; mais les temples des dieux, mais les portiques destinés à l'agrément, laissèrent une plus vaste ruine. Ce dernier embrasement excita d'autant plus de soupçons, qu'il était parti d'une maison de Tigellin dans la rue Émilienne. On crut que Néron ambitionnait la gloire de fonder une ville nouvelle et de lui donner son nom.

(...)

« Néron mit à profit la destruction de sa patrie, et bâtit un palais où l’or et les pierreries n'étaient pas ce qui étonnait davantage ; ce luxe est depuis longtemps ordinaire et commun mais il enfermait des champs cultivés, des lacs, des solitudes artificielles, bois, esplanades, lointains.

(...)

« La prudence humaine avait ordonné tout ce qui dépend de ses conseils : on songea bientôt à fléchir les dieux, et l'on ouvrit les livres sibyllins. D'après ce qu'on y lut, des prières furent adressées à Vulcain, à Cérès et à Proserpine : des dames romaines implorèrent Junon, premièrement au Capitole, puis au bord de la mer la plus voisine, où l'on puisa de l'eau pour faire des aspersions sur les murs du temple et la statue de la déesse.

(...)

« Mais aucun moyen humain, ni largesses impériales, ni cérémonies expiatoires ne faisaient taire le cri public qui accusait Néron d'avoir ordonné l'incendie. Pour apaiser ces rumeurs, il offrit d'autres coupables, et fit souffrir les tortures les plus raffinées à une classe d'hommes détestés pour leurs abominations et que le vulgaire appelait chrétiens. Ce nom leur vient de Christ, qui, sous Tibère, fut livré au supplice par le procurateur Pontius Pilatus. Réprimée un instant, cette exécrable superstition débordait de nouveau, non seulement dans la Judée, où elle avait sa source, mais dans Rome même, où tout ce que le monde enferme d'infamies et d'horreurs afflue et trouve des partisans.

(...)

IncendieRomeSiemiradski_Fackeln.jpg

 

« On saisit d'abord ceux qui avouaient leur secte ; et, sur leurs révélations, une infinité d'autres, qui furent bien moins convaincus d'incendie que de haine pour le genre humain. On fit de leurs supplices un divertissement : les uns, couverts de peaux de bêtes, périssaient dévorés par des chiens ; d'autres mouraient sur des croix, ou bien ils étaient enduits de matières inflammables, et, quand le jour cessait de luire, on les brûlait en place de flambeaux. Néron prêtait ses jardins pour ce spectacle, et donnait en même temps des jeux au Cirque, où tantôt il se mêlait au peuple en habit de cocher, et tantôt conduisait un char. Aussi, quoique ces hommes fussent coupables et eussent mérité les dernières rigueurs, les coeurs s'ouvraient à la compassion, en pensant que ce n'était pas au bien public, mais à la cruauté d'un seul, qu'ils étaient immolés ».


2. L’incendie de Rome d’après Suétone (Vie des Douze Césars, Néron, 38)


« (Néron) n'épargna ni le peuple ni les murs de sa patrie. Quelqu'un, dans un entretien familier, ayant cité ce vers grec: “Que la terre, après moi, périsse par le feu!”, “Non, reprit-il, que ce soit de mon vivant.” Et il accomplit son voeu. En effet, choqué de la laideur des anciens édifices, ainsi que des rues étroites et tortueuses de Rome, il y mit le feu si publiquement, que plusieurs consulaires n'osèrent pas arrêter les esclaves de sa chambre qu'ils surprirent dans leurs maisons, avec des étoupes et des flambeaux. Des greniers, voisins de la Maison dorée, et dont le terrain lui faisait envie, furent abattus par des machines de guerre et incendiés, parce qu'ils étaient bâtis en pierres de taille. Le fléau exerça ses fureurs durant six jours et sept nuits. Le peuple n'eut d'autre refuge que les monuments et les tombeaux.


Outre un nombre infini d'édifices publics, le feu consuma les demeures des anciens généraux romains, encore parées des dépouilles des ennemis, les temples bâtis et consacrés par les rois de Rome ou pendant les guerres des Gaules et de Carthage, enfin tout ce que l'antiquité avait laissé de curieux et de mémorable.


Il regardait ce spectacle du haut de la tour de Mécène, charmé, disait-il, de la beauté de la flamme, et chantant la prise de Troie, revêtu de son costume de comédien. De peur de laisser échapper cette occasion de pillage et de butin, il promit de faire enlever gratuitement les cadavres et les décombres; mais il ne permit à personne d'approcher des restes de sa propriété. Il reçut et même exigea des contributions pour les réparations de la ville, et faillit ainsi ruiner les provinces et les revenus des particuliers ».

(à suivre)

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Vendredi 15 octobre 2010 5 15 /10 /Oct /2010 07:00

Par primeroscristianos.com - Traduction française : (c) Hermas.info

SECTION IV : LES PERSECUTIONS DU QUATRIEME SIECLE


1. La persécution de Galère, au nom de Dioclétien


pc-copie-1.jpg Les chrétiens ne furent pas molestés pendant les vingt premières années du règne de Dioclétien. C’est en l’an 303 que fut lancée contre eux, comme un coup imprévu, la dernière grande persécution. « Ce fut l’oeuvre de Galère le César de Dioclétien - écrit  F. Ruggiero. Il mit fin, cette année-là, à la politique prudente de l’Empereur, lequel s’était abstenu, en dépit de ses attachements aux traditions romaines, d’accomplir des actes d’intransigeance et d’intolérance ». Quatre édits consécutifs [février 303-février 304] infligèrent aux chrétiens la destruction de leurs églises, la confiscation de leurs biens, la soustraction de leurs livres sacrés, la torture poussée jusqu’à la mort pour qui n’acceptait pas de sacrifier à l’Empereur. Comme toujours, il est difficile de déterminer les motifs qui conduisirent Dioclétien à approuver une telle politique. On peut cependant supposer qu’il fut l’objet de pressions de la part des milieux païens fanatiques qui entouraient Galère. Dans une période « d’angoisse diffuse », selon l’expression de Dodds, seul le retour à l’antique foi de Rome pouvait, au jugement de Galère et de ses amis, redonner vie au peuple et le persuader d’affronter tant de sacrifices. Il était nécessaire de revenir aux anciennes institutions, c’est-à-dire aux anciennes lois et à la discipline romaine traditionnelle.

 

Galere.jpgLa persécution atteignit son intensité maximale en Orient, spécialement en Syrie, en Egypte et en Asie mineure. Après l’abdication de Dioclétien en 305, ce fut Galère qui lui succéda comme “Auguste”, et Maximin Daya devint “César”. Ce dernier se montra plus fanatique encore que son prédécesseur. Ce ne fut qu’en 311, six jours avant de mourir d’un cancer de la gorge, que Galère promulga, irrité, un décret par lequel il décidait d’arrêter la persécution (1). Par ce décret, qui marquait historiquement et définitivement la liberté d’être chrétien, Galère déplorait l’obstination et la folie de ces chrétiens qui, en grand nombre, se refusaient à revenir à la religion de la Rome antique. Il déclarait qu’il était désormais inutile de les persécuter et les exhortait à prier leur Dieu pour la santé de l’Empereur. Commentant ce texte, F. Ruggiero écrit : « Les chrétiens avaient été un ennemi totalement hors normes. Pendant plus de deux siècles, Rome avait tenté de les réabsorber dans son propre tissu social (...). Physiquement dans la “civitas romana”, mais à bien des égards étrangers à elle », les chrétiens avaient finalement déterminé « une transformation radicale de la civitas elle-même, en un sens chrétien ».


2. La révolution profonde


Les dernières persécutions systématiques des troisième et quatrième siècles s’étaient avérées inefficaces, tout autant que celles, sporadiques, des deux premiers. La pureté éthnique invoquée et recherchée par les intellectuels gréco-romains n’avait pas été obtenue. Pourquoi ?


Parce que les accusations indignes de Celse contre les chrétiens [« En ramassant des gens ignorants, qui appartiennent à la population la plus vile, les chrétiens méprisent les honneurs et la pourpre, et vont jusqu’à s’appeler indistinctement frères et soeurs (...) »] avaient finalement constitué, au bout du compte, leur plus bel éloge. L’appel à la reconnaissance de la dignité de chaque personne, y compris la plus humble, et de l’égalité de tous devant Dieu [l’élément le plus révolutionnaire du message chrétien] avait fait silencieusement son chemin dans la conscience de nombreuses personnes et de nombreux peuples que les romains avaient relégués à une position misérable d’esclaves par naissance et d’abaissement humain.


(Bibliographie citée : K.BAUS, Le origini, Jaca Book ; F.RUGGIERO La Follia dei Cristiani, Il Saggiatore ; T. BOSCO, Eusebio di Vercelli nel suo tempo pagano e cristiano, Elle Di Ci ; J. DANIELOU, H. MARROU, Dalle origini a S. Gregorio Magno, Marietti ; M. CLEVENOT, Gli uomini della fraternità, 1-2 Borla. De: Dimensioni nuove, LDC, 10096 Leumann, Torino, N.7, 1996, p.29-39).

 

Ndt : En français : Jean DANIELOU et Henri MARROU, Nouvelle Histoire de l'Église, I : Des origines à saint Grégoire le Grand,  Éd. du Seuil, 1963. Pierre MARAVAL, Les Persécutions durant les quatre premiers siècles du christianisme, Paris, Desclée, 1992 ;  Le christianisme des origines à Constantin, PUF, "Nouvelle Clio", 2006. Michel CLEVENOT, Les hommes de la fraternité, 12 vol.. Cf. tome 1, 1999. 


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NOTES

(1) Ndt.- Un extrait de ce texte a été cité dans le chapitre 3 de cette traduction, relatif à L’expansion du christianisme.

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Jeudi 14 octobre 2010 4 14 /10 /Oct /2010 06:39

Par primeroscristianos.com - Traduction française : (c) Hermas.info

3. Valérien et les finances de l’Empire


pc-copie-1.jpg La quatrième année du règne de Valérien (257) se produisit une persécution contre les chrétiens aussi dure et cruelle qu’imprévue. Il ne s’agissait cependant pas de religion, mais d’argent. Le conseiller impérial, Marcus Fulvius Macrianus, dit Macrien [l’un des 30 usurpateurs qui prirent la pourpre sous l’Empereur Gallien], poussa Valérien à remédier à la situation précaire de l’Empire par la saisie des biens des chrétiens. Il y eut alors d’illustres martyrs, tels que l’évêque saint Cyprien, le Pape Sixte II, le diacre Laurent. Il ne s’agissait en réalité, sous couvert de motifs idéologiques, que d’un vol, lequel prit fin avec la mort tragique de Valérien. En 259, il fut fait prisonnier par les Perses avec toute son armée et réduit en esclavage, jusqu’à sa mort (1).


Les quarante années de paix qui suivirent favorisèrent le développement interne et externe de l’Eglise. Bien des chrétiens accédèrent aux charges les plus élevées de l’Etat, dont ils se montrèrent les serviteurs compétents et honnêtes.

 

4. Le désastre financier retombe sur Dioclétien


En 271, l’Empereur Aurélien ordonna à ses soldats et aux citoyens romains d’abandonner aux Goths la vaste province de Dacie et ses mines d’or : la défense de ces terres avait déjà coûté trop de sang. Comme il n’y avait plus de provinces à conquérir et à exploiter, toute l’attention se tourna vers le citoyen individuel. S’abattirent sur lui impôts, obligations, prestations de toutes sortes [entretien des aqueducs, des canaux, des égoûts, des chemins, des édifices publics, etc.] de plus en plus lourdes. En rigueur de termes, chacun ne savait plus s’il travaillait pour survivre ou pour payer des impôts.

 

Diocletien.jpgEn 284, après une brillante carrière militaire, Dioclétien [ci-contre], d’origine dalmate, fut acclamé Empereur. A cause du désastre des provinces, les impôts furent désormais dus à la fois “per capita” (par chaque citoyen) et par “jugum”, c’est-une selon une unité agraire qui variait selon la nature du sol et de la culture. La collecte de l’impôt fut confiée à une énorme bureaucratie, très coûteuse pour l’Etat. Rien ne lui échappait. Elle rendait impossible toute soustraction fiscale, punissant de châtiments inhumains tous ceux qui s’y essayaient. Les impôts étaient si lourds qu’ils ôtaient toute envie de travailler. Le remède apporté fut dès lors seulement d’interdire l’abandon du poste de travail, du lopin de terre cultivé, de l’atelier, de l’uniforme militaire. « Commença ainsi - écrit F. Oertel, professeur d’histoire ancienne à l’Université de Bonn - la féroce tentative de l’Etat de pressurer la population jusqu’à la dernière goutte (...). Sous Dioclétien fut réalisé un socialisme intégral d’Etat : terrorisme des fonctionnaires, très forte limitation de l’action individuelle, immixtion étatique progressive, fiscalité pesante ».


(à suivre)

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NOTE

Valerien-copie-2.jpg(1) Ndt.- Voici le récit que fait Lactance de ces circonstances « L'empereur Valérien fut possédé d'une semblable manie [la persécution des chrétiens], et son règne, quoique de peu de durée, coûta beaucoup de sang aux fidèles. Mais Dieu lui fit sentir un châtiment tout nouveau, pour servir de témoignage à la postérité, qu'enfin les méchants reçoivent la peine due à leurs crimes. Ce prince fut pris par les Perses, et non seulement il perdit l'Empire, dont il avait insolemment abusé, mais encore la liberté qu'il avait ôtée aux sujets de l'Empire. Il passa même le reste de sa vie dans une honteuse servitude. Car toutes les fois que Sapor, roi de Perse, voulait monter à cheval ou dans son chariot, il commandait à ce misérable de se courber et mettait le pied sur son dos. Il lui reprochait avec une raillerie amère que son esclavage était une vérité, au lieu que les triomphes que l'on faisait peindre à Rome n'étaient que des fables. Ce prince captif vécut encore quelque temps, afin que le nom romain fût plus longtemps le jouet de ces barbares. Le comble de ses maux fut d'avoir un fils empereur, et de n'avoir point de vengeur; car personne ne se mit en devoir de le délivrer. Au reste, après qu'il eut perdu la vie au milieu de tant d'indignités, ces barbares lui ôtèrent la peau, qu'ils peignirent de rouge, et la suspendirent dans un temple comme un monument de leur victoire, et pour enseigner aux Romains à ne pas prendre trop de confiance en leurs forces. Dieu s'étant vengé si sévèrement de ses sacrilèges ennemis, n'est-ce pas une chose étonnante que quelqu'un ait eu encore l'audace d'insulter à la majesté de ce maître de l'univers ? » (De la mort des persécuteurs, 5).

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