Par primeroscristianos.com
« Les événements se
précipitèrent. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, la foule se rua dans les ateliers et dans les bains pour ramasser du bois et des fagots. Les Juifs s’acquittaient de la besogne
avec leur zèle habituel. Quand le bûcher fut prêt, le martyr retira lui-même tous ses vêtements, il détacha sa ceinture, puis commença à se déchausser, geste dont les fidèles le dispensaient
toujours : dans l’impatience où ils étaient de toucher son corps, tous se précipitaient pour l’aider. Bien avant son martyre, la sainteté de sa conduite inspirait cette unanime révérence.
Rapidement, on disposa autour de lui les matériaux rassemblés pour le feu. Mais, quand les gardes voulurent le clouer au poteau : “Laissez-moi comme je suis, leur dit-il. Celui qui m’a donné la
force d’affronter ces flammes me donnera aussi, même sans la précaution de vos clous, de rester immobile sur le bûcher.” Ils ne le clouèrent donc pas et bornèrent à le lier. Les mains derrière
le dos, ainsi attaché, il ressemblait à un bélier magnifique, pris dans un grand troupeau pour être offert en sacrifice à Dieu et à lui seul destiné. Alors, il leva les yeux au ciel et dit :
“Seigneur, Dieu tout-puissant, Père de Jésus-Christ, ton Fils béni et bien-aimé, à qui nous devons de te connaître, Dieu des anges, des puissances, de toute la création et du peuple entier des
justes qui vivent sous ton regard, je te bénis parce que tu m’as jugé digne de ce jour et de cette heure, et que tu me permets de porter mes lèvres à la coupe de ton Christ, pour ressusciter à
la vie éternelle de l’âme et du corps dans l’incorruptibilité de l’Esprit Saint. Accueille-moi parmi eux devant ta face aujourd’hui ; que mon sacrifice te soit agréable et onctueux, en même
temps que conforme au dessein que tu as conçu, préparé et accompli. Toi qui ne connais pas le mensonge, ô Dieu de vérité, je te loue de toutes tes grâces, je te bénis, je te glorifie au nom du
Grand Prêtre éternel et céleste, Jésus-Christ, ton Fils bien-aimé, par lequel la gloire soit à toi comme à lui et à l’Esprit Saint, aujourd’hui et dans les siècles futurs. Amen !”
« Quand il eut prononcé cet “amen”, qui achevait sa prière, les valets allumèrent le feu. Une gerbe immense s’éleva
(...).
« Telle est l’histoire du bienheureux Polycarpe. Il fut le douzième d’entre nos frères de Philadelphie à souffrir à Smyrne. Son souvenir reste plus vivant que tous les autres et il est le seul dont les païens chantent partout les louanges. Il fut un maître prestigieux, un martyr hors pair, dont tous aimeraient imiter la passion, si fidèle à l’Evangile du Christ. Son courage a eu raison d’un magistrat inique et lui a mérité la couronne d’incorruptibilité. Il partage désormais la joie des apôtres et de tous les justes, il glorifie dieu, le Père tout-puissant, et bénit notre Seigneur Jésus-Christ, le sauveur de nos vies et le guide de nos corps, le pasteur de l’Église catholique répandue dans le monde. Vous désiriez avoir un rapport détaillé de ces événements. Nous nous bornons ici au récit succinct qu’en a fait notre frère Marcion. Quand vous aurez lu cette lettre, transmettez-là de proche en proche à nos frères, afin qu’eux aussi rendent gloire au Seigneur, qui choisit ses élus parmi ses serviteurs. A celui qui, par sa grâce et sa bonté, a le pouvoir de nous conduire tous à son Royaume éternel, par son Fils unique Jésus-Christ, gloire, honneur, puissance, grandeur dans les siècles ! Saluez tous les chrétiens. Ceux qui sont avec nous vous envoient leurs salutations, j’ajoute les miennes et celles d’Evariste le scribe, ainsi que de sa famille. Le martyre de Polycarpe eut lieu le 25 avril, le jour du grand sabbat, à deux heures de l'après-midi. Il fut emprisonné par Hérode, alors que Philippe de Tralles était grand prêtre, que le proconsul était Statius Quadratus et que Jésus-Christ régnait pour tous les siècles. Grâces soient rendues à Jésus-Christ notre Seigneur, à qui soient la gloire, l'honneur, la grandeur et le trône éternel, de génération en génération. Amen.
Gaïus a transcrit cela à partir du manuscrit d'Irénée, disciple de Polycarpe ; il vécut aussi avec Irénée. Moi, Socrate, à Corinthe, je l’ai écrit d’après une copie de Gaïus. La grâce soit avec vous tous. Moi, à mon tour, je l’ai écrit à partir du manuscrit précédent après l’avoir cherché, le bienheureux Polycarpe me l’ayant manifesté par révélation (...) »
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Publié dans : Premiers chrétiens - Communauté : Chrétiens et heureux de croire

« (...) Pour les jeunes femmes, le diable prépara une vache furieuse choisie contre la coutume pour qu'il y
ait correspondance entre leur sexe et celui de la bête. Aussi on les présenta nues et placées dans des filets. La foule fut horrifiée quand elle vit l’une, une délicate jeune fille, et l'autre,
dont les seins gouttaient de lait par suite de son récent accouchement. Aussi on les rappela et on les revêtit de tuniques sans ceinture. Perpétue, la première, fut jetée en l'air et retomba
sur le dos. En se rasseyant, elle rajusta sa tunique, déchirée sur le côté, pour couvrir sa cuisse, plus attentive à la pudeur qu’à la douleur. Ensuite, elle demanda une épingle et rattacha ses
cheveux épars : il ne convenait pas, en effet, qu'une martyre souffre avec les cheveux en désordre, pour ne pas sembler être en deuil dans sa gloire. Alors elle se leva, et comme elle voyait
Félicitée à terre, elle lui tendit la main et la releva, et toutes les deux se tinrent debout côte à côte. Comme la cruauté de la foule était vaincue, elles furent rappelées à la porte de la
Vie Sauve. Là, Perpétue, accueillie par un nommé Rusticus, qui était encore catéchumène et se tenait près d’elle, se mit à regarder autour d'elle comme si elle s'était réveillée d'un songe
[tant elle avait été dans l'Esprit et en extase] et, à la stupeur de tous, elle dit : “Quand allons-nous être présentées à cette vache ou à je ne sais quoi ?” Lorsqu'elle
apprit que cela avait déjà eu lieu, elle ne le crut pas avant d'avoir constaté quelques traces de cette attaque sur son corps et sur son vêtement. Ayant ensuite appelé son frère et ce
catéchumène, elle leur parla en ces termes : “Soyez fermes dans la foi, aimez-vous tous les uns les autres, et ne soyez pas scandalisés par nos souffrances.”
« (...) Comme le public réclamait qu’on les ramène au milieu de l’arène, pour faire de leurs yeux des associés de
leur homicide lorsque le glaive pénétrerait dans leurs corps, ils se levèrent tous et se rendirent là où le voulait le public en s’étant auparavant embrassés les uns les autres, pour consommer
leur martyre par le rite solennel de la paix. Les autres reçurent le coup mortel immobiles et en silence, surtout Saturus, qui était monté le premier et fut le premier à rendre l’esprit, car il
attendait Perpétue. Or Perpétue, pour qu’elle puisse goûter la douleur, frappée entre les os, poussa un long gémissement, et elle-même dirigea la main hésitante du jeune gladiateur vers sa
gorge. Peut-être une telle femme, qui était redoutée de l’esprit immonde, n’aurait-elle pu être tuée autrement qu’elle ne l’avait voulu elle-même.
« (...) Quelques jours plus tard, le bruit courut que nous allions être interrogés. Mon père
arriva alors de la ville, dévoré de chagrin, et il monta me voir pour essayer de provoquer ma chute en disant : “Aie pitié, ma fille, de mes cheveux blancs, aie pitié de ton père, si je suis
digne d’être appelé ton père ; si je t’ai conduite de ces mains à la fleur de ton âge, si je t’ai préférée à tous tes frères ; ne me livre pas au déshonneur devant les hommes. Pense à tes
frères, pense à ta mère et à ta tante, pense à ton fils qui ne pourra vivre après toi. Renonce à ta résolution, ne nous anéantis pas tous : aucun de nous ne pourra parler librement, si tu
dois souffrir quelque chose”. Il disait cela comme un père plein d’amour pour moi, me baisant les mains, se jetant à mes pieds ; en pleurant, il ne m’appelait plus sa fille, mais sa dame. Et
j’avais de la peine à cause de mon père, car c’était le seul de toute ma famille à ne pas se réjouir de ma passion. Je l’ai réconforté en lui disant : “Il arrivera sur cette estrade [Ndt
: castata : le lieu d’interrogatoire et de torture] ce que Dieu voudra. Sache que nous ne sommes pas laissés en notre pouvoir, mais en celui de Dieu”. Et il me quitta en grande
tristesse.

La persécution atteignit son intensité maximale en Orient, spécialement en Syrie, en Egypte et en Asie
mineure. Après l’abdication de Dioclétien en 305, ce fut Galère qui lui succéda comme “Auguste”, et Maximin Daya devint “César”. Ce dernier se montra plus fanatique encore que
son prédécesseur. Ce ne fut qu’en 311, six jours avant de mourir d’un cancer de la gorge, que Galère promulga, irrité, un décret par lequel il décidait d’arrêter la persécution (1). Par ce
décret, qui marquait historiquement et définitivement la liberté d’être chrétien, Galère déplorait l’obstination et la folie de ces chrétiens qui, en grand nombre, se refusaient à revenir à la
religion de la Rome antique. Il déclarait qu’il était désormais inutile de les persécuter et les exhortait à prier leur Dieu pour la santé de l’Empereur. Commentant ce texte, F. Ruggiero écrit
: « Les chrétiens avaient été un ennemi totalement hors normes. Pendant plus de deux siècles, Rome avait tenté de les réabsorber dans son propre tissu social (...). Physiquement dans la
“civitas romana”, mais à bien des égards étrangers à elle », les chrétiens avaient finalement déterminé « une transformation radicale de la civitas elle-même, en un sens chrétien
».
(1)