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Témoignages [Mgr Masson]

Mardi 17 novembre 2009 2 17 /11 /Nov /2009 12:55

Par Mgr J. Masson

LA SOUTANE

 

 Un bref aperçu historique me semble utile.

 

La soutane est, depuis fort longtemps, l'habit distinctif du prêtre, qu'il devait porter partout, même en dehors de l'église, du moins dans les pays où les lois et la coutume ne l'interdisent pas, comme dans les pays à prédominance protestante.

 

            Et même actuellement, lorsque la télévision veut présenter un prêtre pour une publicité, une publicité pour les pâtes par exemple, etc., c’est presque toujours en soutane qu’il apparaît sur l’écran.

 

Les Statuts diocésains, sauf là où ils ont pu être changés, l’ont toujours déclarée obligatoire pour célébrer la Messe, même là où elle est remplacée en ville par le clergyman.

 

« Encore que l'habit ne donne pas la vertu monastique, dit le Concile de Trente, il faut néanmoins que les clercs portent toujours des vêtements convenant à l'Ordre qu'ils ont reçu, et que l'honneur et la pureté de leurs mœurs reluisent dans la décence extérieure de leurs habits. Mais quelques-uns sont si téméraires, et si oublieux du respect dû à la religion, de l'honneur clérical et de leur propre dignité, qu'ils ne craignent pas de porter publiquement des habits laïques, voulant participer à la fois aux choses divines et aux charnelles » (session XIV).

 

Venant de l'italien « sottana », dérivé lui-même de subtus, la soutane devait être portée sous les ornements sacrés. Elle est une transformation de l'habit long porté communément avant les invasions des barbares, abandonné plus tard par les gens du monde et devenu propre aux magistrats, aux médecins, aux professeurs et au clergé. Telle qu'elle est taillée aujourd'hui, elle remonte au XVIIIe siècle.

 

Saint Charles Borromée (+ 1584), voulant se conformer aux Conciles, ne permit que la soutane noire aux clercs de second ordre, à moins que la dignité dont ils étaient revêtus n'en demandât une autre. Peu à peu, la couleur noire pour la soutane fut universellement adoptée et rendue obligatoire dans l'Église Latine. La plupart des Ordres religieux, cependant, conservèrent la couleur de leur habit, le blanc (Cisterciens, Dominicains, etc.) et le brun (Carmes, Franciscains, Capucins, etc.). Les Evêques, depuis le Concile de Trente, pour mieux se conformer à l'esprit de pénitence et de deuil si convenable au clergé, et voulant toutefois se distinguer des clercs inférieurs, prirent pour eux le violet.

 

A Rome, il était possible de reconnaître l'origine, et donc le séminaire, de chaque séminariste par la couleur de la soutane ou de la ceinture, qui variait suivant les différentes nationalités. C’est toujours le cas, pour les cérémonies, pour les prêtres et les séminaristes qui étudient dans les Collèges de Propaganda Fide.

 

Voici le texte liturgique officiel de la bénédiction de la soutane, à l’occasion de la prise de soutane – c’est la prière que mes confrères et moi-même avons entendue avec une grande joie, lors de notre prise de soutane :

 

« Seigneur Jésus, qui avez daigné vous revêtir de notre corps mortel, nous vous supplions de répandre sur nous l'abondance de vos inépuisables libéralités et de bénir ce vêtement nouveau dont nos pères ont fait choix, en place de l'habit séculier, pour symboliser l'innocence ou l'humilité. Faites que ces jeunes gens, qui veulent vous servir, en revêtant ce vêtement se revêtent en même temps de vous, et qu'au milieu des autres hommes, par la sainteté de leur vie, il apparaisse à tous qu'ils vous sont consacrés, à vous, ô Dieu, qui vivez et régnez dans les siècles sans fin ».

 

            Combien ont entendu cette prière, avec joie et dévotion, et se sont empressés ensuite, hélas, de s’en défaire, en oubliant que ce vêtement voulait dire « revêtir le Christ » et manifester à tous leur consécration à Dieu !

 

            Existe-t-il une bénédiction pour le clergyman ? pas à ma connaissance ! Et donc…


Ou pour la toute petite Croix sur les habits civils (quand elle est portée, ou même si elle portée, bien cachée dans le revers de la veste !) ?


            Quelle signification religieuse, sacerdotale, spirituelle, a alors le clergyman sous toutes ses couleurs, ou l’habit civil ?


On est bien loin en le revêtant, de penser que l’on revêt le Christ, que l’on est consacré au Christ, comme le disait la prière de la bénédiction de la soutane.

 

Et pourtant, déclarait Monsieur Olier (1), « La sainte soutane, est un signe extérieur qui manifeste l'état intérieur de l'âmeLa couleur noire indique la première disposition qui doit être dans le clerc, qui est d'être mort à tout l'amour et à toute l'estime du siècle »,

 

Monsieur Olier déclarait encore à propos de la soutane : elle « couvre tout le corps, en témoignage que toute la chair est morte, et que le clerc qui la porte, porte en soi la mort de Jésus-Christ en tous ses membres. En effet, il faut que celui qui est élevé à ce Saint Etat montre en sa personne la Mort de Notre Seigneur et ses Victoires, et il faut que toutes ses œuvres les prêchent et les annoncent partout. Saint Paul dit de tous les chrétiens qu'ils doivent être environnés en tout leur corps de la mort de Jésus-Christ (2 Co 4, 10). Et c'est ce que figure la soutane qui couvre les clercs, qui environne tout leur corps, et qui ne laisse rien voir d'eux que sous un habit de mort. Comme ils sont tout à Jésus-Christ, et qu'ils se sont donnés à lui sans réserve dans la cléricature, non seulement ils doivent avoir crucifié leur chair en tous ses dérèglements, mais aussi en tous ses désirs ».

 

            Les paroles de Monsieur Olier, Fondateur de la Compagnie des prêtres de Saint Sulpice, qui savait de quoi il parlait, ne sont pas dépassées, même si les modes ont changé. Ne serait-il pas utile de reprendre ses paroles, de les méditer, pour permettre aux séminaristes, aux prêtres, de prendre ou de reprendre conscience du Sacerdoce auquel ils ont été appelés ?

 

Un seul souhait, un seul désir s’imposent :

 

AINSI-SOIT-IL !

 

QU’IL EN SOIT DE NOUVEAU AINSI !

Mgr J. Masson


_______________

(1) Jean-Jacques Olier de Verneuil, dit  Monsieur Olier (1608-1657). M. Olier a créé le premier séminaire français, à la suite du concile de Trente, a fondé la compagnie des prêtres de Saint-Sulpice. Sa communauté a participé à l'essor des missions dans les campagnes de France, aux développements des séminaires en France, notamment par la fondation de ceux de Nantes (1649), Viviers, Saint-Flour (1651), Le Puy (1652) et Clermont (1656). Ayant eu le privilège, en 1622, de recevoir la bénédiction de saint François de Sales, il écrira : « Si je l'appelle parfois mon père, c'est que j'ai eu le bien de recevoir sa bénédiction, et d'avoir porté la sainte soutane par ses saints avis et conseils ». C'est l'occasion de souligner la sottise destructrice de ceux qui ont contribué à détruire les séminaires au cours de ces quarante dernières années et la sagesse inspirée de ceux qui contribuent aujourd'hui à les restaurer.


M. Olier a également contribué à l'évangélisation du Canada, en participant notamment à la fondation de la "Société de Notre-Dame de Montréal pour la conversion des sauvages de la Nouvelle-France".

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Publié dans : Témoignages [Mgr Masson] - Communauté : Benoit XVI
Jeudi 12 novembre 2009 4 12 /11 /Nov /2009 06:04

MON EXPERIENCE PERSONNELLE

 

J’ai pris la soutane, comme on disait à l’époque, le Dimanche des Rameaux, 14 avril 1957, au cours des Vêpres solennelles au grand séminaire de l’Asnée de Nancy. La veille, nous avions eu une journée de retraite prêchée par le Père Brunet, professeur de philosophie au grand séminaire, et il était mon directeur de conscience.

 

« La soutane, c’est comme drapeau, on l’aime et on y est fidèle ! » : c’est par ces paroles qu’il commença notre premier entretien spirituel. Elles sont restées gravées dans ma pensée et dans mon cœur, et je l’entends, aujourd’hui encore, nous le dire avec une grande conviction, même si, en 1963, il ne fut pas un des derniers à « jeter la soutane aux orties » et à adopter un « habit plus commode », plus « adapté aux temps nouveaux ». Agé, il voulait être « moderne », « faire jeune », et surtout ne pas entendre les railleries de ses confrères

 

Séminariste, j’ai fréquenté pendant trois ans l’Université de Lettres de Nancy, sans aucun problème, utilisant la bicyclette, le vélomoteur, par tous les temps, comme le faisaient alors les autres séminaristes, chaque jeudi après-midi, jour de sortie.

 

Puis le temps est venu de partir pour le service militaire, au début du mois de novembre 1961 : j’étais convoqué à la Caserne à Metz, pour partir directement en Algérie. J’y suis allé en soutane, évidemment avec une valise en aluminium, robuste, pour pouvoir s’asseoir dessus en cas de longue attente. Nous avons été pris immédiatement en charge, pour revêtir l’habit militaire. Deux par deux : j’étais avec un étudiant, de religion juive, il s’appelait Katz. Les militaires chargés de donner les vêtements provisoires se préoccupaient peu de la pointure des « rangers », de la taille du pantalon, du blouson, ou du col de chemise, ainsi que de la « capote militaire ». En les voyant sortir « magasin »,  ainsi vêtus, on pensait plutôt à l’armée de Napoléon lors de la retraite de la Bérésina.

 

Mais, voyant quelqu’un en soutane, tout changea : « Prenez votre temps Monsieur l’Abbé, pour enlever votre soutane, pour la plier, nous ferons nous-mêmes le colis pour l’envoyer chez vous. On va vous trouver quelque chose de bien ! ». Le « voussoiement » ! Et, de fait, je fus pourvu, ainsi que mon compagnon juif, de chaussures normales, d’habits à ma taille et décents, à la grande surprise de ceux que je rejoignais dans les rangs. Pour tous, qui m’avaient vu en soutane, j’étais désormais « LE PRETRE ».

 

Durant la nuit, nous dormions dans une immense chambrée qui regroupait une centaine de personnes sur des lits à deux étages, nous fûmes réveillés en sursaut par des militaires en tenue, avec galons, qui hurlaient : « Toute le monde assis sur son lit sans un mot ! Revue de détail » (Ceux qui ont fait leur service militaire savent de quelle « revue de détails » il s’agissait…). Il valait mieux prendre la chose du bon côté. Mais, arrivés à ma hauteur, celui qui portait les galons « d’adjudant », jeune toutefois, déclara : « NON ! PAS LUI ! NE LE TOUCHEZ PAS, C’EST LE PRETRE ».

 

Et j’ai gardé ce « titre » tout long de mon service militaire, au Camp du Train à Béni-Messous sur les hauteurs d’Alger, au Camp de Sissonne lors de notre rapatriement après l’indépendance de l’Algérie, puis au Commandement du Train à Metz.

 

Tout au début de 1963, il fut permis aux prêtres et aux séminaristes de se mettre en clergyman noir ou gris foncé. Il y avait avec moi un séminariste de Nancy, libérable quelques jours après cette décision de l’Episcopat français. Ce qui me surprit c’est que, étant à la caserne, il n’eut aucune peine pourtant à faire ses adieux au Commandant, aux officiers, à tous ses collègues, en CLERGYMAN ! D’où lui venait ce clergyman flambant neuf ? L’affaire du « clergyman » était donc bien préparée… fort attendue… L’heure de la « libération », enfin ! L’heure d’enlever ce que certains appelaient avec mépris « le Saint Etui ».

 

Quand vint mon tour de quitter le Commandement du Train, fin avril 1963, je fis le tour des Officiers et des collègues pour les saluer, en soutane bien sûr. Le Commandant me dit : « Masson, n’oubliez pas (il ne m’avait jamais tutoyé !) : LA SOUTANE C’EST COMME UN DRAPEAU : RESPECTEZ-LA TOUJOURS ET SOYEZ FIER DE LA PORTER. Ne faites pas comme votre collègue qui l’a déjà abandonnée ».

 

Il me rappelait ainsi, sans le savoir, le Jour de ma Prise de Soutane, et ce que nous avait alors déclaré le Père Brunet !

 

Mais pourquoi cette haine farouche contre la soutane ? A Saint Sulpice, au Petit Séminaire Sainte Marie de Meaux, à la paroisse Saint Jean Baptiste de Nemours, et jusqu’à présent encore ? : un chœur unanime de rejets, de condamnations, de mises en quarantaine, de la part des prêtres, des religieux, des religieuses, et même de mon Evêque, Mgr Ménager, Evêque de Meaux, qui avait eu peur que la soutane ne compromît mon ministère (le pauvre !). Etrange : les fidèles avaient des réactions toutes différentes, et manifestaient leur joie de voir « un vrai prêtre »

 

Cette attitude, je l’ai vérifiée tout au long de ces 43 ans de Sacerdoce. Lors de mes voyages, en train, en avion, dans mes déplacements, durant mes visites dans les sites touristiques de Provence, aux Baux de Provence par exemple ; quand j’accompagnais Maman pour faire ses courses à Nancy, et ensuite, avec ma belle-soeur. Et partout où j’allais, et partout où je vais.

 

Actuellement encore, il en est de même : la soutane attire les gens, les fidèles, les non-pratiquants, les non-chrétiens, jeunes ou moins jeunes ; mais beaucoup de jeunes, de plus en plus de jeunes. En voyage, un jour, je m’arrête à un restaurant pour le déjeuner. Un Monsieur, jeune d’apparence, s’approche de moi : « Félicitations pour la soutane ! je suis athée ! Mais j’apprécie votre courage, car vous n’avez pas honte de montrer que vous êtes prêtre. Je vous invite à partager mon repas ».

 

Je pourrais citer des dizaines et des dizaines d’exemples de ce genre !

 

A Rome, ou le nombre de prêtres est important, le prêtre en soutane est le plus « sollicité » : les gens lui demandent une bénédiction, une indication, une information, lui expriment leur satisfaction de voir un prêtre qui n’a pas peur de montrer qu’il est prêtre. Combien de personnes n’ai-je pas ainsi rencontrées. Même pour confesser des voyageurs à l’aéroport de Fiumicino : à l’hôpital où je vais régulièrement en traitement, alors que l’on me faisait une perfusion, six infirmières étaient venues ensemble me parler, me demander une bénédiction. Je suis frappé par le nombre de personnes, dont beaucoup de jeunes, que je ne connais pas, et qui me saluent, ce qui donne toujours l’occasion de dire quelques paroles.

 

Des étrangers, asiatiques souvent qui veulent faire une photo. Chaque fois, je leur demande pourquoi : une famille musulmane du Pakistan m’a répondu un jour « Parce que vous êtes un Homme de Dieu ». Comment le savaient-ils, si ce n’est par l’habit que je portais ?

 

Certes, dans les rues, en France surtout, en Belgique, en Suisse, on ne passe pas inaperçu. La curiosité ? Que nenni ! La surprise, tout d’abord, c’est tellement rare ! Et la joie de découvrir enfin un Prêtre… Avec une conversation qui s’ensuit, des problèmes à exposer, la demande d’une bénédiction, d’une prière. Si vous voyiez la joie de ces gens sur le front desquels je trace un Signe de Croix : « In Nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti ».

 

Pour expliquer l’abandon de la soutane, on a recours à tous les expédients : ce n’est pas commode pour voyager, cela coûte cher, cela se salit vite, c’est trop chaud en été…

 

Tout cela, ce sont des prétextes. Je n’ai jamais été gêné de porter la soutane, ni pour faire de la bicyclette, ni pour prendre l’autobus ou le tramway avec une ou deux valises, ni pour voyager en voiture ou en avion, ni même en bateau !

 

La soutane est chaude ? et le pantalon d’un clergyman ne tient-il pas plus chaud, avec le veston qui l’accompagne ? Il est vrai que l’on a simplifié les choses : les chemises à manches courtes, le petit bout de col « la carte de visite », ouvert, les chemises de toutes les couleurs, rarement foncées, car cela attire le chaud. Et les Touaregs dans le désert ?

 

Tout cela, je le répète ce sont des prétextes. La soutane n’apporte aucune gêne, si ce n’est la gêne d’apparaître comme PRETRE, de n’être pas vêtu comme tout le monde, de n’être pas comme tout le monde, de ne pas pouvoir faire comme tout le monde.

 

La soutane est vraiment, pour moi, une prédication silencieuse. Que les prêtres revêtent de nouveau la soutane et qu’ils prient, et ils verront refleurir les vocations chez les jeunes qui veulent voir des témoins, de vrais témoins, par leur habit, par leur vie, et par leur piété, et aussi et surtout par la piété avec laquelle ils célèbrent les Saints Mystères ! C’est là-dessus que les fidèles, et les autres personnes, croyantes ou moins croyantes, chrétiens ou non-chrétiens, jugent un prêtre.

 

Je sais : le proverbe déclare : l’habit ne fait pas le moine. C’est vrai, très vrai. Mais le prêtre qui vous parle peut vous dire en toute certitude : « certes il ne fait pas le moine, mais il y contribue ». Comme le drapeau porté en tête d’un Régiment, au moment de la bataille, galvanise les énergies, et en fait des héros ! Même si c’est au prix de leur vie ! Et le prêtre n’a-t-il pas consacré toute sa vie au Christ, à Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit ? Dût-il y laisser son sang !

(à suivre)

Mgr J. Masson

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Publié dans : Témoignages [Mgr Masson] - Communauté : Benoit XVI
Mardi 10 novembre 2009 2 10 /11 /Nov /2009 00:26

Par mgr J. Masson
Il me faut ici ouvrir une parenthèse significative au sujet de la distribution de la sainte communion :

 

Le 28 juillet 1993, une bombe explosait devant le Palais du Latran faisant de graves dégâts sur la façade du Vicariat de Rome, qui jouxte le Basilique Saint Jean Latran, mais aussi à la façade latérale, surmontée de deux clochers (cf. photo-ci-dessous)

 

Le Vicariat au Palais du Latran, et la Basilique de Sant Jean de Latran. Vue générale. Gravure ancienne

 

Mon frère et son épouse étaient mes hôtes à Rome. Le Secrétaire personnel du Saint-Père le Pape Jean Paul II me téléphone quelques jours avant cet attentat, pour m’inviter au nom du Saint-Père, à venir célébrer la Sainte Messe avec lui à Castel Gandolfo : il y avait en effet un groupe important de français, dont des prêtres et des séminaristes de Nancy et de Metz, je crois. Mon frère et son épouse furent invités également.

Le Vicariat au Palais du Latran, et la Basilique de Sant Jean de Latran, actuellement

 

La Messe serait célébrée le 29 JUILLET !

 

Arrivés devant le portail du Palais Apostolique, en soutane « filetée » (de violet, comme il convient), nous voyons sur la droite un groupe important de personnes et de prêtres, en clergyman, je dois dire. Un Garde Suisse s’approche de nous, et nous fait placer sur la gauche. Quand le portail central s’ouvre, le Secrétaire privé du Saint-Père vient directement vers moi, et me dit : pour la Messe, vous accompagnez le Saint-Père à l’autel, à sa gauche, et je serai à sa droite. Mon frère et son épouse sont placés au premier rang devant l’autel. Les autres prêtres concélébrants se trouvent face à l’autel.


Ce jour-là, le Saint-Père était très éprouvé, moralement, à cause de l’attentat de la veille, mais aussi physiquement. Pendant les lectures, je l’ai entendu se plaindre, je l’ai vu même pleurer tant il souffrait.


Pendant le Canon, ses mains tremblaient tellement, que le Saint-Père dut les appuyer sur l’autel, et me demanda de réciter les prières du Canon à sa place, sauf, bien sûr pour les partie communes et la Consécration. C’était émouvant et bouleversant de voir ainsi « le doux Christ en terre » souffrir en offrant le Sacrifice du Christ !

 

Le Saint-Père me demanda de distribuer la Sainte Communion à sa place !

 

Dilemme : une réflexion très brève : « Les fidèles sont tous Français. Les Français sont « fous »  (je suis Français !): ils vont tous demander la Communion dans la main… Certains sont capables de faire un scandale ! On ne peut créer un incident, et à plus forte raison en présence du Saint-Père.


Que faire ? donner la communion dans la main ? C’était manquer de cohérence envers moi-même, et manquer de « transparence » vis-à-vis du Saint-Père. La donner dans la bouche ? c’était risqué… Je me dis : je ne dois pas aller contre ma conscience, et, je n’ai pas le droit de « jouer double jeu » devant le Saint-Père. S’il m’en fait le reproche, je l’accepterai filialement. Et je fis cette prière : « Saint Michel, je m’en remets à vous ! ».


Tous les fidèles ont demandé la Communion dans la main, tous l’ont reçue dans la bouche. Pas une protestation. Ils furent suivis par les membres de la « Famille Pontificale, les Gentilshommes qui entourent le Pape et veillent sur lui. J’ai reporté ensuite, à la demande du Saint-Père, le Saint-Sacrement dans la « Chapelle Polonaise » (qui n’a rien à voir avec Jean-Paul II, puisque créée par le Pape Pie XI). Je demandai pardon au Seigneur que je portais, si j’avais quelques distractions, pour voir un peu ce que je ne verrais plus, probablement. Puis je redescendis dans la Cour intérieure du Palais Apostolique, où la Messe était célébrée. Le Saint-Père attendait mon retour, en priant.


Après avoir enlevé les ornements, et s’être recueilli, le Saint-Père est passé pour nous saluer. Très affectueux, comme toujours, et plein de délicatesse pour ma famille. Le Saint-Père me remercia chaleureusement de l’avoir aidé pour la célébration de la Sainte Messe, car, tout seul, il n’aurait pu le faire, et moins encore pour distribuer la Sainte Communion. Une bénédiction, un sourire, et le Saint-Père va vers les autres groupes.


Les gentilshommes s’approchent de moi et me disent : « Félicitations pour votre courage pour la Communion : vous avez bien fait ! C’est une souffrance pour le Saint-Père quand il doit donner la Communion dans la main ».


Merci Saint Michel !

  Mgr Jacques MASSON

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Publié dans : Témoignages [Mgr Masson] - Communauté : Poésies chrétiennes
Vendredi 6 novembre 2009 5 06 /11 /Nov /2009 08:00

Par Mgr J. Masson

LA QUESTION VESTIMENTAIRE

 

Pourquoi cet acharnement des Evêques et des prêtres « dans le vent » contre la soutane ?

 

La question est importante et grave ! D’autant plus que le passage au clergyman a été de très courte durée, et, au Séminaire Saint-Sulpice notamment, quelques mois plus tard, voire quelques semaines à peine, le clergyman était remplacé tout simplement par l’habit civil, souvent fantaisiste et pas toujours de bon goût et de grande propreté. Au point que je disais d’un séminariste, issu d’un milieu très bourgeois, membre du Prado : « Il a confondu Prado et cradot ». Il voulait faire « peuple », lui qui était d’un milieu très bourgeois, « pour ne pas faire penser aux ouvriers que le prêtre leur était supérieur, qu’il était différent d’eux ! … Il fallait se mettre à leur niveau ».

 

Pour moi, qui suis originaire du milieu ouvrier (Papa était peintre en bâtiments aux Brasseries de Champigneulles, et tous les voisins de mon village étaient des ouvriers), cette affirmation était une insulte profonde, et exprimait une ignorance totale, et un mépris profond pour ces gens « du peuple ».

 

Le sens de l’honneur et de la dignité n’est pas réservé aux classes élevées de la société. Et, se présenter chez des ouvriers, qui sont habillés, en semaine, avec leurs habits de travail, en portant un beau costume, gris foncé ou noir, n’est-ce pas leur faire sentir alors « la différence » entre le prêtre et eux ? Les ouvriers, s’habillaient en ouvriers en semaine, parce qu’ils travaillaient. Mais, les jours de fête, les dimanches, ils « s’habillaient en dimanche ». Le sens de la dignité n’est pas le propre d’une certaine société, mais de tout homme, enfant de Dieu, créé à son Image et à sa Ressemblance. Des réflexions entendues chez des voisins : « Le clergyman ? c’est un habit de faignants pour des faignants (fainéants) ! ».

 

Toutefois, la question demeure : pourquoi ? Sous ce changement, n’y aurait-il pas une raison plus « profonde » ? Je veux dire : ce changement ne manifesterait-il pas que quelque chose avait changé dans le sens que le séminariste, le futur prêtre, donnait à son futur Sacerdoce ?

 

La question est loin d’être oiseuse. Le changement est très significatif. Un exemple récent : Un curé, un bon prêtre, un ami, d’une paroisse de Rome me disait tout dernièrement : « Je ne sais pas comment tu peux sortir en soutane : tu ne te sens pas gêné ? Moi, je ne serais pas à l’aise, et même j’aurais honte de sortir ainsi ! »


Je lui ai répondu : « Honte de quoi ? de montrer que je suis prêtre ? ».

 

Opérer un changement sur des questions secondaires est légitime. Opérer un changement radical, et le faire en l’imposant, en rejetant, en marginalisant, avec acharnement, manifeste que c’est bien un changement non de détails, mais un changement dans le fond, profond. Qui n’admet pas d’opposants, de contestation, de gens qui s’y opposent ! Ce changement devient une rupture avec ce qui existait précédemment. Et, dans le cas de l’Eglise, cela peut vouloir dire une rupture avec la Tradition bimillénaire.

 

Le vrai problème ne se trouverait-il pas là ? N’est-ce pas, au fond, ce qui a amené, et généralisé l’abandon de la soutane, pour « se mettre comme tout le monde », « pour être un homme comme les autres » (ce qui est l’argument massue pour justifier le port de l’habit civil « cradot » bien souvent).

 

N’est-ce pas le résultat, chez le prêtre, et d’abord chez le séminariste, de la perte du sens profond de ce qu’est le Sacerdoce, de ce qu’est le Prêtre ? Avec tout ce que cela comporte et entraîne dans la suite : la désobéissance vis-à-vis des Statuts Synodaux qui réglementent la vie du prêtre, et notamment la tenue vestimentaire du prêtre, qui prescrivent toujours le port de la soutane, ou du clergyman noir ou gris foncé ; le port obligatoire de la soutane pour la célébration de la Messe, pour l’administration des Sacrements, y compris du Sacrement des malades, et du Catéchisme.

 

La désobéissance vis-à-vis des prescriptions liturgiques, avec la « créativité » que chacun ressent le devoir d’exercer et de pratiquer, selon l’assistance, « pour faire participer l’assistance, mieux et plus ». Et, en touchant à la liturgie, et notamment au Saint Sacrifice de la Messe, la liberté toujours plus grande à son égard : dans l’emploi des vêtements liturgiques désormais dépassés ! Dans les improvisations, dans les innovations, sans s’en tenir aux rubriques désormais désuètes. Chacun devient ainsi « pape dans son église », et il devient de plus en plus difficile de trouver deux prêtres qui célèbrent le Nouvel Ordo tel qu’il est prescrit. C’est la débâcle, la débandade !

 

La désobéissance : passer du clergyman à l’habit civil est une désobéissance. N’était-ce pas le devoir des responsables, Professeurs des Séminaires, Evêques, de veiller à ce que les futurs prêtres sachent obéir, et ne pas mettre le pied sur la pente glissante qui ne s’arrête pas. « Non serviam » disait Lucifer, dans son refus d’obéir à Dieu ! La désobéissance est un fruit de l’orgueil, elle ne vient pas de Dieu.

 

Et les responsables de la formation, ceux qui ont la responsabilité, l’autorité, manquent à leur devoir s’ils la permettent. Ils DEVAIENT intervenir avec fermeté, pour remettre mes confrères séminaristes dans la voie de l’Eglise, et leur apprendre que, dans l’Eglise, il y a une autorité, non pour écraser les gens, mais pour les aider, pour leur apprendre à être des serviteurs. Ils doivent intervenir de toute urgence : pour les Responsables, être des Maîtres, c’est d’abord être des serviteurs, qui aident les jeunes à faire un discernement, des serviteurs qui peuvent parler avec autorité, car ils sont « Maître et Seigneur » comme le disait Jésus au Lavement des Pieds.

 

Ces séminaristes en civil, qui, désobéissaient aux règles canoniques ont été ordonnés sans problèmes. C’est ceux qui portaient la soutane, l’habit officiel du séminariste et du futur prêtre qui devenaient suspects, et que l’on menaçait de ne pas ordonner prêtres. C’est un comble ! Faiblesse de la part des Educateurs ? des Pasteurs ? Ou pensaient-ils déjà comme cela, secrètement en eux ? Je ne saurais dire. Mais ce qui est sûr, c’est qu’ils ont manqué, et qu’ils manquent toujours gravement à leur devoir, en ne faisant pas respecter l’autorité de l’Eglise.

 

Mais ce qui est plus grave, c’est que, sous les différentes manières personnelles de célébrer, on sent aussi et surtout, que nous nous trouvons devant un phénomène nouveau et inquiétant (même s’il date déjà d’un certain temps !) : les rites expriment alors la « foi » du prêtre, qui, malheureusement, ne correspond pas toujours à la Foi de l’Eglise, nous le verrons plus loin !

 

L’abandon de la soutane, le passage à l’habit civil, la créativité en liturgie, au fond, manifestent une débâcle dans la foi, que certains prêtres (beaucoup, de plus en plus ?) n’ont plus la Foi Catholique. Et certains n’hésitent pas à exprimer cette « foi nouvelle » qui est la leur, comme étant celle de l’Eglise. Un Vicaire d’une paroisse de Nancy n’hésite pas à dire : « A la Messe, il ne se passe rien : on se souvient simplement d’un événement qui a eu lieu il y a deux mille ans ». Autrement dit : l’hostie reste du pain, le vin reste du vin. Et c’est pourquoi on peut recevoir l’hostie dans la main. Et c’est pourquoi il déclare avant la Messe : « Je ne distribue que la communion dans la main ! ».

 

Si je disais, au début d’une Messe : « je ne distribue la communion que dans la bouche » (comme le fait à présent le Saint-Père, et à genoux – ce qui a soulevé un tollé de protestations contre « ce Pape qui fait marche arrière ! »), je ne doute pas que le Pasteur du Diocèse ne tarderait pas à me dire que je n’ai pas le droit de refuser la Communion dans la main, parce que c’est un droit des fidèles ! Je n’invente rien. J’ai, appris que, à l’occasion du mariage de ma petite-nièce, l’Evêché de Nancy avait envoyé un émissaire pour vérifier comment je célébrais la Messe… L’Evêché devrait bien plutôt envoyer des émissaires dans toutes les paroisses pour vérifier comment on célèbre la Messe, dans quelle tenue, et quelle est la teneur des « homélies ».

 

Il me vient à la mémoire à ce propos un fait significatif, et révélateur : A la paroisse Saint Pie X d’Essey-les-Nancy, le Curé, l’Abbé Homé, célébrait rigoureusement le Nouvel Ordo, mais avec toute la solennité que permet la liturgie de l’Eglise Latine. Cette Messe, digne, solennelle, recueillie, attirait des centaines et des centaines de fidèles, de tous les coins du Diocèse, heureux de trouver une Messe « normale », digne, et recueillie.

 

Le Curé, ayant pris de l’âge est parti, et a été remplacé par un autre, l’Abbé Marin. Un démolisseur : tout a été changé en quelques semaines, et les fidèles, désorientés, se sont « réfugiés » là où ils pouvaient, un certain nombre dans la chapelle de l’Abbé Mouraud, disciple de Mgr Lefebvre, qui célébrait la Messe de Saint Pie V.

 

Un certain nombre d’entre eux, dont mon frère Jean, se sont adressés à l’Evêque de Nancy, Mgr Jean Bernard, pour lui demander une Messe correcte, et la Messe de Saint Pie V une fois par mois. De longues discussions, des interventions à Rome, amenèrent Mgr Bernard à accorder une Messe de Saint Pie V dans la paroisse Saint-Pierre de Nancy, dont le Curé était l’Abbé Jean Tiesen, un collègue de séminaire à Nancy.

 

L’Abbé Tiesen m’invitait à célébrer cette Messe, lorsque j’étais en Lorraine. A l’occasion de Noël, il m’arriva l’aventure suivante : Au moment de la communion, reçue à genoux et dans la bouche par les fidèles, un homme se présente pour communier, en m’insultant : « sale intégriste ! » Et il tend les mains pour y recevoir l’Hostie ! Je ne lui aurais pas donné la communion dans la main, certes, mais, alors là, je lui ai alors refusé tout simplement la Communion, qui aurait été une Communion sacrilège !

 

Il s’en est plaint à l’Evêque de Nancy qui, profitant de l’occasion, car il l’avait cru, (sans prendre la précaution de me contacter pour avoir ma « version »), prit sa plus belle plume et écrivit à Rome pour porter plainte contre moi. Le Cardinal Mayer, responsable d’Ecclesia Dei à l’époque, et que je connaissais très bien, m’appelle au téléphone pour m’informer de cette plainte de Mgr Bernard, et me demande de passer à son Bureau, pour voir ensemble cette question.

 

Je suis resté longtemps avec le Cardinal Mayer. Il me montra la lettre de l’Evêque de Nancy, Primat de Lorraine : Mg Bernard m’accusait d’avoir refusé de donner la communion dans la main à un fidèle, qui en avait le droit, d’avoir ainsi causé un scandale en lui refusant même la Communion ; il déclarait qu’il condamnait cette attitude et que, après avoir pris conseil auprès de son clergé, il se permettait de demander la suppression de la Messe de Saint Pie V, car c’était le désir de la majorité de son clergé (sic !). Et d’ajouter, « in cauda venenum » : « N’oubliez pas que Monseigneur Masson est un prêtre extrémiste : IL A ETE DIRECTEUR A ECONE ».

 

Le Cardinal Mayer comprit très vite le fond du problème, et il me rassura : affaire classée. Mais, de retour chez moi, selon les conseils qui m’avaient été donnés par des amis de la Curie, j’écrivis au Cardinal Mayer pour lui donner un compte-rendu de notre conversation (« scripta manent »), et lui laisser ainsi un document qui resterait dans les archives et rétablirait la vérité, pour l’avenir !

 

Par souci d’honnêteté, j’envoyais copie de cette lettre à Mgr Bernard. Son Excellence Monseigneur l’Evêque de Nancy, Primat de Lorraine, me répondit : « Je n’ai jamais rien écrit à Rome contre vous ».

 

Je lui ai simplement répondu : « Excellence, je n’ai pas rêvé avoir été appelé au téléphone par le Cardinal Mayer. Je n’ai pas rêvé en lisant le dossier que vous avez envoyé contre moi. Evitez-moi de penser pour ne pas juger ! Mais, ou bien vous avez signé sans lire, ou bien quelqu’un a écrit à votre place et a signé à votre place… ou bien vous mentez… ». (lettres ou copies dans mes archives personnelles).

 

La débâcle liturgique, qui a commencé à mon avis par la perte du sens du Sacerdoce que le prêtre reçoit, et en tout premier lieu par l’abandon de la soutane qui le distinguait comme tel, est le signe d’une crise plus grave, plus cachée, plus sournoise, mais ô combien réelle : LA DEBACLE DANS LA FOI.

 

Je partage profondément l’opinion de mon correspondant : si quelqu’un ne croit pas entièrement en la foi de l’Eglise, pourquoi ne s’en va-t-il pas :


« Je me pose une question (m’écrivait-il): pourquoi restaient-ils? Ils auraient pu partir, devenir avocat commerçant ou instit, avoir une femme et des enfants... pourquoi restaient-ils? ».

 

Je ne puis m’empêcher de penser à ce que nous déclarait Dom Roy, le Père Abbé de Fontgombault, au mois d’août 1970 : « On commence par enlever la barrette, et on se retrouve marié ».

 

Boutade ? Certes, si l’on veut. Mais tout changement peut être signe d’un changement plus profond : il faut faire preuve de discernement, car tout changement n’est pas nécessairement bon et salutaire, et peut être signe d’un changement catégorique d’orientation.

 

Et l’exemple venait de plus haut, des Evêques eux-mêmes. Le Pape Jean-Paul II a confié à Mgr Jacques Martin (qui me l’a raconté personnellement) : « Les Evêques de France, ils se figurent que je ne les vois pas en civil à la télévision ? Et quand ils viennent me voir pour les visites ‘ad limina’, ils se déguisent ; mais je ne suis pas dupe ! »

 

Je pense à un autre exemple, toujours avec Mgr Bernard. J’allais le voir régulièrement, quand j’étais Directeur d’Ecône, pour maintenir de bons rapports avec la Hiérarchie de France. Une fois, Mgr Bernard me reçut, habillé en civil, chemise et cravate. Gêné, il me déclara : « Excusez-moi, Monsieur l’Abbé, si je suis en civil. Mais, j’ai ensuite une réunion avec mes prêtres. Et je ne veux pas y aller en clergyman : ils pourraient prendre cela comme un reproche car ils sont tous en civil. Je ne veux pas les heurter. Il faut prendre les gens comme ils sont : je dois être juif avec les juifs, et grec avec les grecs ! ».


Je répondis simplement : « Alors vous auriez dû me recevoir en soutane ! ».

 

A propos de la distribution de la Sainte Communion dans la main, qui a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase (je l’ai raconté dans un autre article publié sur « hermas »), et m’a fait quitter la France pour aller à Ecône, pour rester catholique, je tiens tout de même à préciser que ce n’est pas un refus « intégriste ». C’est un problème beaucoup plus profond, un problème de conscience, un problème de foi, rien de moins. Et, dans ce domaine, je sentais le devoir d’être "objecteur de conscience", et de na pas distribuer la Sainte Hostie dans la main.

 

Prêtre, je savais bien par expérience, que des parcelles se détachent des hosties, de la grande Hostie du prêtre, des petites Hosties distribuées aux fidèles. Ces fragments d’hostie, quelle que soit leur taille, sont-ils le Corps du Christ ? Si le Saint-Père, revêtu de son autorité, de son charisme d’infaillibilité déclarait que ces fragments ne sont pas le Corps du Christ, je n’aurais aucun scrupule. Mais cette hypothèse est impensable, et ne peut même pas être un "futurible !" Saint Thomas déclare, dans le Séquence que nous chantons à l’occasion de la Fête-Dieu :


Le sacrement enfin rompu,

Ne vacille pas, mais souviens-toi

Qu'il est sous chaque fragment

Comme sous le tout il se cache.

 

Nulle division n'est réelle,

Le signe seulement se fractionne,

Et par là, de ce qui est signifié

Ni l'état ni la stature n'est amoindri.

 

En conscience, je ne puis pas risquer qu’un fragment d’Hostie, qui est le Corps du Christ donc, tombe pas terre, et soit foulé aux pieds… C’était, c’est, ce sera toujours pour moi, un devoir de conscience de distribuer la Sainte Communion dans la bouche, comme c’est la pratique habituelle de l’Eglise.


Le Pape Benoît XVI l’a rappelé récemment, et donne lui-même l’exemple. Qui oserait Le contester et s’opposer à Lui ? Qu’il se lève et qu’il parle ! Mais qu’il n’oublie pas qu’il parle à Pierre, sur qui le Christ a bâti son Eglise ! «  Surgat et dicat, sed memor sit conditionis suae » (ancien rituel des Ordinations) [à suivre]

 

Mgr J. MASSON

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Publié dans : Témoignages [Mgr Masson] - Communauté : Benoit XVI
Jeudi 5 novembre 2009 4 05 /11 /Nov /2009 12:26

Par Mgr J. Masson

LA DEBACLE EN LITURGIE : LA DEBACLE DANS LA FOI

 

LE SILENCE DES PASTEURS

 

INTRODUCTION

 

Suite à la publication par Hermas.info de la série d'articles intitulés « Monseigneur Lefebvre, on le poussera au schisme », j’ai reçu beaucoup de courrier. Et notamment celui d’un lecteur qui, lisant ce que je racontais à propos de déclarations faites par des séminaristes au Séminaire Saint-Sulpice, m’a écrit :

 

« J'en suis en 1964/1965, quelques-uns de vos camarades ne croient ni au diable ni à la Sainte Vierge, etc.

« Je me pose une question: pourquoi restaient-ils? Ils auraient pu partir, devenir avocat commerçant ou instit, avoir une femme et des enfants... pourquoi restaient-ils? ».

 

Oui, c’est vrai, pourquoi restaient-ils ? Mais la question qui se pose est plus grave encore, et plus compliquée. Car ces séminaristes ont été appelés, par le Conseil des professeurs, aux Ordres Majeurs (à l’époque sous-diaconat, et diaconat), et à la prêtrise, SANS AUCUN PROBLEME ! Ils ont été ordonnés prêtres, sans aucun problème ! Et ils exercent toujours leur ministère, du moins ceux qui sont restés prêtres et qui sont toujours vivants, naturellement.

 

Alors que pour moi, comme je l’ai raconté dans un autre article publié sur Hermas.info (« Comment j’ai été ordonné prêtre tout en portant la soutane », Hermas, 15 juillet 2009), le Supérieur m’a conseillé fortement de porter le clergyman SINON JE NE SERAIS PAS APPELE AUX ORDRES MAJEURS NI ORDONNE PRETRE… Car , pour le Conseil des professeur cela serait aller contre le Concile (nous étions au mois d’octobre 1965, le Concile n’était pas encore terminé, et n’avait jamais abordé cette question), et faire preuve d’orgueil.

 

Oui, pourquoi ? Si ce n’est parce que la mentalité était alors au « renouveau », à lancer par-dessus bord tout ce qui avait précédé le Concile et retrouver enfin, soi-disant, l’Eglise Primitive ! Ceux qui se comportaient ainsi étaient persuadés, étaient convaincus qu’ils étaient l’Eglise nouvelle, la véritable Eglise voulue Par Jésus-Christ, et que les autres, ceux qui, comme moi, « s’attachaient au passé », étaient des « arriérés », des gens qui empêchaient l’Eglise d’aller de l’avant, d’aller vers le peuple, d’empêcher l’évangélisation des ouvriers  ! En un mot, des « intégristes », des gens qui « s’opposaient au Concile ».


« Revenir à l’Eglise Primitive » ? Quand on m'affirmait cela je répondais :


« Bien volontiers, mais que l’on rouvre les arènes de Lutèce et que l’on jette les chrétiens aux lions ! ».

 

S’ils ne sont pas partis, c’est parce qu’ils étaient convaincus, formés par des prêtres de la génération précédente (la crise remonte plus loin que l’on ne pense ! cf. là aussi « Hermas où j’aborde cette question) qu’ils étaient dans le vrai, dans le sens de l’histoire, QU’ILS ETAIENT LA VERITABLE EGLISE CATHOLIQUE, ENFIN !

 

Le sens de l’Histoire : tout est dit dans ces mots ! Ils expliquent tout.

 

« Intégristes » : l’étiquette infamante. Celui qui la porte, la portera à vie, car c’est un péché originel pour lequel il n’existe pas de « baptême. Le pauvre, le misérable, est alors rejeté, en toute charité chrétienne bien sûr, de manière catégorique. J’en ai donné plusieurs exemples dans mes récits publiés sur « Hermas ». Beaucoup ont dû céder, par la force, sur l’insistance de leurs Evêques (je pense à deux séminaristes de Paris, nous étions dans le même Cours), auxquels Mgr Veuillot a déclaré sans ambages : « Si vous ne vous mettez pas en clergyman, je ne vous ordonnerai pas !  ». (janvier-février 1965). Mgr Veuillot avait pris la « précaution », pour connaître ses futurs prêtres, de les inviter un par un à partager le petit-déjeuner avec lui. Et c’est ce qu’il leur a déclaré. Ils ont dû se mettre en clergyman.

 

Tel était alors le climat qui régnait dans l'Eglise de France (à suivre).

Mgr J. MASSON

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Publié dans : Témoignages [Mgr Masson] - Communauté : Chrétiens et heureux de croire
Vendredi 16 octobre 2009 5 16 /10 /Oct /2009 08:00

Par Mgr J. Masson

ET SI L’ON EXCOMMUNIAIT MONSEIGNEUR LEFEBVRE ? 


La question m’a été posée personnellement par Mgr Jérôme Hamer, Dominicain, Archevêque, Secrétaire de la Congrégation du Saint-Office. Dès mon arrivée à Rome le 29 septembre 1974, suivi quelques jours plus tard des premiers « transfuges » d’Ecône, Bruno Dufour, Thierry Lelièvre et Bertrand Lelièvre (d’autres avaient quitté mais accomplissaient alors leur service militaire), Mgr Hamer s’était occupé tout particulièrement de nous, avec Mgr Jacques Martin. Il ne cessera de nous guider, prêchant même des retraites quand le groupe était devenu plus important. Il accueillait les séminaristes venus d’Ecône, et ceux qui refusaient les séminaires français. 


Mgr Hamer passait assez régulièrement chez moi, pour prendre des nouvelles de chacun. Au mois de janvier 1976, il me posa la question suivante : 


- « Que ferait Monseigneur Lefebvre si le Pape l’excommuniait »

      

Sans hésitation, je lui répondis :


- « Il consacrerait des Evêques ! ». 

 

Je lui expliquai alors ce qui s’était passé à Lourdes, puis lors de la réunion du Conseil des professeurs, et combien la situation s’était durcie à Ecône. Il me posait cette question pour deux raisons : Mgr Lefebvre avait prévu l’ordination de prêtres pour le mois de juin 1976, et les Cardinaux Villot et Garrone, vivement encouragés par les Evêques de France, avaient rédigé un document demandant au Pape Paul VI d’excommunier Mgr Lefebvre. Le document se trouvait sur le bureau du Saint-Père. 


Mgr Hamer est intervenu personnellement auprès de Paul VI pour lui faire part de ce que je lui avais dit, et l’excommunication n’eut pas lieu. 

 

Mais, dès l’élection du Pape Jean-Paul Ier le dossier se retrouva de nouveau sur le bureau du Saint-Père, qui n’eut pas le temps d’étudier la question. 

 

Il se retrouva de même sur le bureau du Pape Jean-Paul II. Après s’être informé auprès de Mgr Hamer, et avoir étudié la question de près, Le Saint-Père convoqua Mgr Lefebvre, et eut un entretien d’une heure avec lui. Toutefois, sans succès, car l’entretien s’était déroulé en présence d’un témoin, Mgr Benelli futur Archevêque de Florence. Le compte-rendu de cet entretien présenté par Mgr Benelli fut refusé par Mgr Lefebvre, car il ne correspondait pas à ce qui avait été dit lors de l’entretien. 

 

Des relations furent plusieurs fois entreprises entre Rome et Ecône. La première eu lieu sur l’intervention de mes amis Saventhem, en accord avec Mgr Lefebvre. Ils m’avaient demandé de faire savoir à Mgr Hamer que Mgr Lefebvre était disposé à nouer des relations avec Rome pour étudier la situation de la Fraternité, et suite au rapport que j’en avais fait à Mgr Hamer, un premier contact entre Rome et Ecône avait été établi, par le Père Dhanis, Jésuite. Ces relations restèrent cependant au point mort pendant un certain temps.

 

*

*          *


J’ouvre ici une parenthèse, pour montrer par quelques anecdotes, que le Saint-Père n'a jamais été fermé à ces relations, et qu'il est toujours demeuré dans l'inquiétude de leur évolution.


J'eus la surprise et la joie, à l’occasion de mes 25 ans de Sacerdoce, d’être invité par le Pape Jean-Paul II, à concélébrer la Messe avec Lui, le 25 juin 1991. C'était alors, comme on l'a compris, après les sacres. Après la Messe, au lieu d’attendre que le Saint-Père n’arrivât pour saluer les prêtres et les fidèles présents, Mgr Dziwisz, Secrétaire personnel du Pape, me fit entrer dans la pièce où le Saint-Père était recueilli en prière : « Pour vous, c’est différent, c’est un grand jour, un Jubilé ».  

 

Votre navigateur ne gère peut-être pas l'affichage de cette image.Jubilé  Sacerdotal : « Je n’ai aucune nouvelle de la Fraternité… » 

 

J’eus ainsi l’occasion de parler avec le Pape Jean-Paul II pendant une bonne vingtaine de minutes. Il me dit très simplement : « Vous avez été Directeur à Ecône. Nous n’avons plus de contact avec Ecône, et je n’ai aucune nouvelle de la Fraternité. Je m’en remets à vous, car je voudrais bien voir régler cette situation délicate et douloureuse, pour le bien de tous ». 

 

Jubilé  Sacerdotal : « Je m’en remets à vous… » 

 

Par chance, mes amis Saventhem venaient à Rome la semaine suivante. Tout en restant très liés à Mgr Lefebvre, ils ne l’avaient toutefois pas suivi dans le schisme. Ils me donnèrent toutes informations dont il disposait, leurs réflexions sur l’opportunité de laisser libre la célébration de la Messe selon le rite de Sant Pie V. J’envoyais alors une note Saint-Père qui, « étant donné l’importance des informations reçues, l’avait communiquée aux Dicastères compétents ». 

 

Il était aisé de constater que, déjà, on ne parlait plus alors d’excommunication à Rome. Le Cardinal Villot était mort en 1979. Le Cardinal Garrone était âgé et en retraite. Et puis, surtout, le Cardinal Ratzinger, qui était devenu Préfet du Saint-Office en 1981, exerçait à Rome une influence grandissante.

 

Je ferme cette parenthèse.

 

*

*          * 

 


Mais on n'en était pas là, loin s'en faut, au moment des premières relations. La question était alors celle-ci :


QUE FAUDRAIT-IL FAIRE POUR CONVAINCRE MGR LEFEBVRE DE NE PAS CONSACRER DES EVEQUES ? 

 

La question se posait de plus en plus à Rome, angoissante : Mgr Lefebvre consacrerait-il des Evêques ? J’en était persuadé, comme je l'ai dit, depuis novembre 1972. Les relations entre Rome et Ecône s’étaient dégradées notamment après la Rencontre interreligieuse d’Assise en 1986. Il y avait eu la suppression de la Fraternité par Mgr Mamie, puis la « suspense a divinis », après l’ordination de prêtres en 1976. Les années avaient passé, et Mgr Lefebvre était alors âgé de 81 ans ! Pourtant ni Mgr Lefebvre ni le Pape Jean-Paul II ne voulaient une rupture et ils tentaient de maintenir le dialogue. Le Cardinal Ratzinger était chargé d’une mission pour trouver une solution d’entente.  


Mais la probabilité de consécrations épiscopales devenait presque une certitude à court terme, si aucune solution n’était trouvée. 


Le 2 février 1988, jour de la Chandeleur, jour traditionnel où, en France l’on mange les crêpes en les faisant sauter à la poêle en tenant une monnaie d’or dans l’autre main, j’avais deux hôtes de marque, Monsieur et Madame Frossard, mes oncle et tante par adoption. Crêpes au sucre, crêpes à la confiture de mirabelles (spécialité de la Lorraine), crêpes flambées au Grand-Marnier. Le tout arrosé du vin préféré de mon oncle Frossard, un Cap de Mourlin grand cru classé. 

 

Tout en dégustant les crêpes, André Frossard me dit à brûle-pourpoint : « Le Saint-Père m’a chargé de vous demander ce qu’il pourrait faire pour que Monseigneur ne procédât pas à la consécration d’Evêques, ce qui serait dramatique, car il serait excommunié ipso facto latae sententiae ». 

 

Quelques mois auparavant, le Cardinal Ratzinger m’avais posé la même question, à la fin d’un dîner à Santa Maria Consolatrice, paroisse dont il était Cardinal Titulaire. 

 

Je donnais à André Frossard la même réponse que celle que j’avais donnée au Cardinal Ratzinger. 

 

« Je ne vois qu’une seule solution : que le Saint-Père invite Mgr Lefebvre à Castel Gandolfo, sans limite de temps, sans témoin. Qu’il le laisse vider son coeur, lui faire part de toutes ses critiques, de toutes ses perplexités, de toutes les questions qui le heurtent.


« Et ensuite, que le Saint-Père, non pas en accusé, car il est le Pape, mais en frère aîné qui confirme ses frères dans la foi, réponde à ses questions, en prenant le temps, en lui expliquant ce qu’il fait, pourquoi il le fait, quels sont les problèmes sous-jacents à ces questions.


« Et je suis persuadé, connaissant très bien son esprit profondément romain, que Mgr Lefebvre, rassuré et convaincu par le Pape Jean-Paul II, peut encore jouer un grand rôle dans la crise que traverse l’Eglise, en France notamment, et qu'il se jettera au pied du Saint-Père en lui disant : je suis à vos ordres !». 


André  Frossard rapporta fidèlement ces paroles au Saint-Père. Jean-Paul II lui en reparla quelques jours plus tard et lui dit : 

 

« J’ai toute confiance en votre neveu, qui a donné des preuves d’une très grande fidélité à l’Eglise, et surtout qui a connu personnellement et de près Mgr Lefebvre pendant trois ans ! Mais IL EST LE SEUL A ME DIRE CELA. Tous mes collaborateurs sans exception, y compris le Nonce en Suisse, m’affirment que c’est un chantage de la part de Mgr Lefebvre, et que, au dernier moment, il renoncera à consacrer des Evêques.

     « Seul contre tous, comme vous, dans le Figaro, Monsieur Frossard !...

     « Que dois-je faire ?... ». 

 

Le temps presse ? Et les choses se dégradent ensuite, car Mgr Lefebvre revient sur l’accord qu’il avait signé après des mois de négociations avec le Cardinal Ratzinger le 5 mai 1988, accord qui approuvait notamment le principe de la nomination d'un Evêque pour que l'œuvre de la Fraternité se maintienne. 

 

Quatre consécrations épiscopales sont prévues et organisées pour le 30 juin 1988. 

 

Le 29 juin 1998, le Saint-Père, se souvenant de mes « conseils » envoie à Ecône le Nonce Apostolique en Suisse, qui déclare à Mgr Lefebvre : « Voici ma voiture, elle est à votre disposition pour vous rendre à Rome ».

 

« Vous plaisantez, Excellence, répond Mgr Lefebvre. Qu’irais-je faire à Rome. Il y a des années que j’ai demandé d’être reçu personnellement par le Saint-Père, sans succès. Vous croyez que je vais aller à Rome pour rien, alors que les consécrations épiscopales auront lieu demain, et que les familles, les invités et de nombreux fidèles sont déjà sur place ?  Vous trouvez que votre démarche est raisonnable. Pour qui me prenez-vous ? ». 

 

Le 30 juin, Bernard Fellay, Bernard Tissier de Mallerais, Richard Williamson, et Alfonso Galaretta sont sacrés Evêques.  

 

Le lendemain, le Cardinal Gantin, Préfet de la Congrégation des Evêques, déclare que les quatre nouveaux Evêques, Mgr Lefebvre et Mgr de Castro Mayer, son-co-assistant consécrateur, sont frappés d’excommunication « latae sententiae ». 


« On le poussera au schisme » avait dit Mgr Ménager : c’était désormais chose faite ! 


Le jour même où le Cardinal Gantin constatait l’excommunication des différents Prélats, le Pape Jean-Paul II téléphona à André Frossard, et lui dit tout simplement, avec une immense tristesse :  

  

NOUS AVONS FAIT UNE SEULE ERREUR : NOUS N’AVONS PAS OSE CROIRE A CE que nous disait votre neveu. DITES-LE LUI DE MA PART ! ET COMBIEN JE REGRETTE DE N’AVOIR PAS SUIVI SES CONSEILS ». 
 


UNE QUESTION : POURQUOI  ? 

 

Mais pourquoi, oui pourquoi cet acharnement farouche et systématique des Evêques dans leur ensemble contre la Messe dite de Saint Pie V, sans craindre, en la supprimant, de voir s’ouvrir un schisme dans l’Eglise ? 

 

Que l’on nous dise ce qu’elle contenait de pernicieux, de contraire à la Foi de l’Eglise, à la Tradition de l’Eglise ! 


Pourquoi ? N’a-t-elle pas été la Messe du saint Curé d’Ars, par exemple et de nombreux autres saints prêtres au long des siècles ? 

 

Que voulait-on détruire ? Qui voulait-on détruire ? Pourquoi voulait-on détruire ? La question peut se poser légitimement ! 

 

Que cache, que pourrait bien cacher cet acharnement farouche qui amena, par exemple, le Cardinal Garrone (lors d’une des deux réunions qui se sont tenues à Rome entre les Cardinaux Garrone, Wright et Tabera, et Monseigneur Lefebvre au mois de mars 1975), hors de lui, perdant tout contrôle, à « traiter de fou » Mgr Lefebvre devant sa volonté de maintenir la Liturgie Tridentine dans la Fraternité (sic ! Témoignage direct donné par Mgr Lefebvre, outré, à mes amis Saventhem), en l’accusant, par cette attitude, d’introduire un schisme dans l’Eglise ? Ces réunions, suivies d’une Lettre adressée à Mgr Mamie avaient entraîné la Suppression de la Fraternité Saint Pie X.

 

Dans la Lettre adressée à Mgr Lefebvre, en date du 6 mai 1975, le Cardinal Garrone n’hésitait pourtant pas à écrire :  


« Nous vous restons très reconnaissants du climat fraternel dans lequel ont pu se dérouler nos récents entretiens, sans que les divergences de nos jugements aient jamais compromis entre nous une communion profonde et sereine ». 


Pour autant, le compte-rendu des entretiens, qui avaient été enregistrés, n’a jamais été publié, et n’a jamais été remis à Mgr Lefebvre, malgré ses demandes réitérées et ses protestations ! (Déclarations de Mgr Lefebvre à mes amis Saventhem). Il est aisé d’en comprendre la raison, ou les raisons. 
 
 

Pourtant, la Messe dite de saint Pie V n'a jamais été abolie, comme l'établit la Lettre du Pape Benoît XVI aux évêques, accompagnant le « Motu Proprio » (7 juillet 2007). 


Le Souverain Pontife y déclare clairement :  

 

     « Quant à l’usage du Missel de 1962, comme Forma extraordinaria de la Liturgie de la Messe, je voudrais attirer l’attention sur le fait que ce Missel n’a jamais été juridiquement abrogé, et que par conséquent, en principe, il est toujours resté autorisé ». 

 

      Le texte du « Motu proprio » déclare en effet clairement :  

 

« Il est donc permis de célébrer le Sacrifice de la Messe suivant l’édition type du Missel romain promulgué par le B. Jean XXIII en 1962 et jamais abrogé, en tant que forme extraordinaire de la Liturgie de l’Église… ». 

     

Voici l’original en latin de ce document : 

 

      « Proinde Missae Sacrificium, iuxta editionem typicam Missalis Romani a B. Ioanne XXIII anno 1962 promulgatam et numquam abrogatam, uti formam extraordinariam Liturgiae Ecclesiae, celebrare licet… ». 

 

Notre Saint-Père, le Pape Benoît XVI mettait ainsi un point final, et apportait un démenti officiel, aux affirmations erronées et partisanes, aux accusations mensongères et calomnieuses (comme celles formulées à l’assemblée de Lourdes). Une grande partie de l’Episcopat notamment, opposée farouchement à Mgr Lefebvre et recourant même à des procédés malhonnêtes, les Evêques français en particulier, s’était servi de cet argument comme argument premier et principal pour accuser Mgr Lefebvre de désobéissance à l’égard de Paul VI et du Concile, et obtenir sa condamnation, et notamment la suppression de la Fraternité Saint Pie X par Mgr Mamie Evêque de Lausanne Fribourg et Genève en 1975, la suspense « a divinis » en 1976, ce qui avait amené le Supérieur de la Fraternité Saint Pie X a procéder à la consécration de 4 Evêques, entraînant ainsi l’excommunication des différents Prélats consacrés et de leur Supérieur, et un schisme dont l’Eglise aurait pu se dispenser.


Mgr Ménager l’avait bien dit dès 1971 : OU BIEN IL OBEIRA AU PAPE EN DISANT LA NOUVELLE MESSE, OU BIEN NOUS LE POUSSERONS AU SCHISME ! ». 

 

Ils ont tout fait, nous l’avons vu ; Ils y sont parvenus, hélas ! trois fois hélas ! Dieu reconnaîtra les siens ! 

 

Mais comme le disait le Pape Paul VI, ce Lundi de Pentecôte 1970, découvrant la suppression de l’Octave de la Pentecôte : « PORTAE INFERI NON PREVALEBUNT ». 

 

  CARITAS IN VERITATE, VERITAS IN CARITATE

     MERCI TRES SAINT-PERE !

 

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En guise de conclusion :


Celui qui a vu en rend témoignage,

un authentique témoignage,

et il sait qu’il dit vrai,

pour vous aussi vous croyiez

(cf. Jean 19,35) 

Qu’il en fut bien ainsi 
 

Rome, le 15 septembre 2009

Fête de Notre-Dame des Sept Douleurs 

Mgr Jacques Masson
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Publié dans : Témoignages [Mgr Masson] - Communauté : Chrétiens et heureux de croire
Mardi 13 octobre 2009 2 13 /10 /Oct /2009 15:00

Par Mgr J. Masson
LE RENDEZ-VOUS « FANTOME » AVEC MGR MAMIE


Mgr Pierre Mamie avait succédé à Mgr Charrière le 29 décembre 1970, comme Evêque de Lausanne, Genève et Fribourg, peu de temps après la fondation par Mgr Charrière de la Fraternité Saint Pie X. Mgr Mamie n’était pas revenu sur cette décision. Mais, selon des bruits qui venaient de Fribourg, suite à des protestations de son clergé, et à des demandes de célébration de la Messe de Saint Pie V dans son Diocèse, Mgr Lefebvre se doutait bien que, un jour ou l’autre, Mgr Mamie remettrait la Fraternité en question, sous un prétexte ou sous un autre. Tous les moyens étaient bons, on va le voir. Et il en fut ainsi [Ci-contre : Mgr Mamie, Evêque de Lausanne].

Mgr Lefebvre reçut un coup de téléphone de Mgr Mamie vers le 10 avril 1973 [je ne me souviens plus de la date exacte]. Il lui demandait de bien vouloir venir le trouver à Fribourg, pour étudier avec lui les questions posées par l’existence de la Fraternité dans le Diocèse de Fribourg. Le rendez-vous fut fixé au Mercredi Saint 18 avril 1973. Je conduisis Mgr Lefebvre en voiture à Fribourg, le déposai à l’Evêché et me rendis à la Maison de la Fraternité à Fribourg, Rue de la Vignettaz, pour l’y attendre.


A ma grande surprise, je le vis arriver vingt minutes plus tard, décontenancé. Il me déclara : « Le portier a frappé au bureau de Mgr Mamie, sans obtenir de réponse, puis, ayant demandé au Chancelier où se trouvait l’Evêque, ce dernier lui a répondu que Mgr Mamie s’était rendu en train à Genève. Cette affaire est louche me confia Mgr Lefebvre. En langage populaire, on dirait qu’il ‘m’a posé un lapin’… Après la parole d’honneur du Cardinal Marty, rien ne m’étonnerait plus. Mais attendons, pour ne pas faire de jugement téméraire ». Vers midi, les séminaristes qui étudiaient à l’Université de Fribourg, Jean-Yves Cottard, Paul Aulagnier, Bernard Tissier de Mallerais arrivent rue de la Vignettaz, tout surpris d’y trouver Mgr Lefebvre. « Monseigneur » leur explique l’affaire. Ils répondent : « Mgr Mamie ? on l’a vu ce matin à la gare de Lausanne au moment où il allait prendre le train pour Genève, et nous l’avons même salué ».


Nous retournons à Ecône. Mgr Lefebvre me fait part de ses craintes. Il s’attend à tout désormais. Il a compris l’acharnement des Evêques de France, le déchaînement de certains, dont Mgr Ménager qui avait rédigé un rapport mensonger pour mettre en garde contre le "Séminaire Sauvage "(il faut dire que tous les séminaristes du petit séminaire de Meaux étaient venus à Ecône !), et l’avait même envoyé à Rome. Et puis, les lettres de protestations d’Evêques de France commençaient à s’accumuler sur le bureau de Mgr Lefebvre, lui déniant le droit de venir faire des conférence dans leurs Diocèses, critiquant et condamnant l’orientation prise par le séminaire, l’adoption de la Messe de Saint Pie V "interdite" depuis l’introduction du Novus Ordo etc. : Mgr Desmazières, Evêque de Beauvais (photocopie, archives personnelles), Mgr Barbu Evêque de Quimper (ibid°), et d’autres encore.


Deux jours plus tard, Mgr Mamie adressait la lettre suivante à Mgr Lefebvre, DATEE DU MERCREDI 18 AVRIL, jour fixé pour le rendez-vous entre les deux Prélats (photocopie de l’original, archives personnelles) : 

EVECHE DE LAUSANNE    1701 Fribourg, 18 avril 1973. D

GENEVE ET FRIBOURG  ²  86 Rue de Lausanne

                                          C.P. 77

                                          TEL. (037) 22 67 21 

                                          Monseigneur Marcel Lefebvre

                                          Fraternité  Saint Pie X

                                          Vignettaz 50

                                          FRIBOURG 
 

      Cher Monseigneur, 

      Au jour que nous avions convenu, je vous ai attendu, mais vous n’êtes pas venu. Peut-être y-a-t-il eu un malentendu, mais il reste urgent que nous nous rencontrions au sujet des problèmes que me cause votre Séminaire à Ecône, en particulier les questions que je me pose sur la liturgie de la Messe de Saint Pie V. 

      Je suis obligé de vous dire que je remets en question aujourd’hui la protection que l’Evêque de Fribourg a accordée à la Fraternité Sacerdotale Internationale Saint Pie X dans notre diocèse. Je dis simplement que je la remets en question ; c’est pour cela que je serais heureux de vous rencontrer après Pâques. 

      Si je désire réexaminer le problème de ce protectorat, ce n’est pas – vous ne sauriez en douter – que je veuille en quelque manière, prendre quelques distances à l’égard de l’Eglise d’aujourd’hui, du Concile, de tous les Conciles, y compris Vatican II et de Sa Sainteté Paul VI. C’est surtout parce que dans le diocèse, actuellement, se créent des tensions et des divisions extrêmement douloureuses à propos de la messe de St-Pie V, tensions qui me paraissent souvent de vaines querelles et discussions inutiles. 

      Par conséquent, je pense que nous devons nous rencontrer afin de préciser notre pensée à chacun. Je vous redis que, lorsque Monseigneur Charrière avait accepté la présence sous son autorité de la Fraternité St-Pie X, il n’avait jamais été question, ni implicitement ni explicitement, de nouvelles maisons de formation sacerdotale. Vos maisons de formation théologique ne se situent pas dans notre diocèse, mais vous n’ignorez pas que les choses sont en partie conjointes et que l’un dépend de l’autre. De tout cela, nous aurons à parler. 

      Faut-il redire encore combien je veux rester attaché  à toutes les intentions de Sa Sainteté Paul VI. 

      Je vous souhaite de bonnes fêtes de Pâques. 

      Très respectueusement 

+ Pierre Mamie

Evêque de Lausanne, Genève et Fribourg 

  •  

    Copie à LL.EE les Cardinaux Gabriel Garrone, et John Wright

                        Mgr Nestor Adam, Président de la Conférences des Evêques suisses


La lettre arriva quelques jours plus tard à Ecône. Mgr Lefebvre, outré, ne peut retenir ces paroles : « Je vous l’avais dit : ce sont tous des menteurs ! On ne peut leur faire confiance. Ils utilisent l’arme du Démon, le mensonge, pour détruire une Œuvre que je pense être une Œuvre de Dieu, et surtout pour détruire le Saint Sacrifice de la Messe. Vous le voyez vous-même, il parle explicitement de la Messe de Saint Pie V. Comme vous l’a dit Mgr De Bazelaire, présent à Lourdes. C’est contre la Messe qu’ils en ont !  Je vous le répète, tous les moyens leur seront bons, même les plus malhonnêtes ! ».


Mgr Lefebvre répondit la lettre suivante à Mgr Mamie, en date du 25 avril, Mercredi de Pâques :


Fraternité  Sacerdotale Saint Pie X    + Ecône le 25 avril 1973

50 Route de la Vignettaz

1700 FRIBOURG

Tél. 037 / 24 51 91 

     Cher Monseigneur, 

      J’ai le regret de vous dire que je ne puis être d’accord avec les premières lignes de la lettre que vous m’adressez le 18 avril. 

      Avouez que c’est un comble ! Je suis venu à l’évêché le Mercredi à 11 h. 30 comme convenu. Le domestique m’a fait monter à votre bureau. Il a frappé à plusieurs reprises : vous n’y étiez pas. Il m’a prié d’attendre dans la salle de l’ascenseur et il est allé voir le Chancelier qui lui a dit que vous étiez parti à Genève. Je ne pouvais que rentrer chez moi, assez décontenancé de n’avoir pas été prévenu. 

      Or, ce même jour, et à cette heure, les séminaristes que vous avez aimablement salués, vont ont rencontré  sur le quai de la gare de Fribourg. Voilà la réalité. Avouez qu’elle est autre que ce que vous me dites , « Je vous ai attendu mais vous n’êtes pas venu ». 

      Décidément, ceci, plus le communiqué inexact du Cardinal Journet auquel vous n’êtes pas étranger, plus votre lettre m’accusant de ne pas appliquer les consignes de Vatican II, ce qui est une grossière calomnie, cela fait beaucoup de choses qui auraient besoin d’être éclaircies entre nous, et en tout cas, beaucoup de tort que vous nous faites indûment. J’espère que vous aurez la charité de rétablir la vérité auprès des autorités auxquelles vous adressez le double de cette lettre. 

      J’ai toujours été disposé à parler franchement et simplement avec mes confrères dans l’épiscopat, jamais je n’ai accusé publiquement l’Episcopat, ni un Evêque en particulier ; mais depuis quelques mois, les Evêques de France et vous-même avez pris à parti mon Œuvre et indirectement ma personne, me faisant passer pour un rebelle à l’autorité du Pape et du Concile, ce qui est entièrement faux. 

      Aucun Séminaire en France et en Suisse n’applique avec autant d’exactitude la « Ratio Fundamentalis » publiée par la S.C. pour l’Education Chrétienne. Elle représente ce que le Concile désire. 

      Tout ce qui a été fait pour la Fraternité : création, approbation des Statuts, est conforme au Droit Canonique. Et j’affirme que la Maison de Formation est explicitement contenue dans les Statuts approuvés, et loués par la S.C. pour le Clergé , et d’abord par S. E. Mgr Charrière. C’est même un des buts principaux de la Fraternité. 

      La seule chose qui apparemment donne l’impression de résistance à l’autorité est la question liturgique. Mais c’est un faux problème, car, d’une part le « Novus Ordo » ne peut que coexister avec la Messe définie pas St Pie V, et ne pourra jamais s’y substituer de droit. La Bulle de St Pie V est un acte disciplinaire lié à un dogme, de telle sorte qu’elle est garantie de l’infaillibilité, comme un acte de canonisation. Le Pape Paul VI peut certainement faire un nouveau rite. Il ne peut pas supprimer l’ancien. Et c’est bien la raison pour laquelle il a dit au Cardinal Auran ( ? illisible) : « Un décret ne supprime pas l’autre ». 

      La pression personnelle exercée par Mgr Bugnini et par les Episcopats pour la suppression de la Messe de S. Pie V est un abus d’autorité inadmissible. 

      D’autre part les autorisations de Messes de groupes permettent très légitimement de choisir cette Messe. Donner la plus complète liberté de créer les prières en dehors de l’Evangile et des Canons approuvés, mais interdire la prière ancienne, est une manifestation de sectarisme anti-traditionnel intolérable pour un catholique digne de ce nom. A ce point, la phobie de la Tradition, surtout lorsqu’il s’agit de la Sainte Messe, ne peut pas venir de l’Esprit Saint. 

      La liberté accordée doit donc faire place aux prières du choix de l’assemblée et des célébrants. 

      Or nous sommes bien un groupe selon les définitions agréées et publiées par la Conférence Episcopale suisse. 

      Ainsi, nous pensons que les immenses avantages de cette Liturgie qui crée l’unité, qui permet par le latin et le chant grégorien irremplaçable et irremplacé, qui est riche de pensées dogmatiques si utiles aux séminaristes, nous encouragent à la garder de préférence à la nouvelle, tout en demeurant dans l’obéissance et la soumission au Saint-Siège et au Pape. 

      Les tensions dont vous parlez dans votre ville, auxquelles je suis tout à fait étranger, bien qu’elles s’appuient parfois sur notre exemple, disparaîtraient si, comme en Allemagne, des autorisations de célébrer la Messe de S. Pie V étaient données dans certains lieux de culte et à des heures précises pour des prêtres et des fidèles qui les sollicitent. Ce serait là de la vraie pastorale. 

      Je suis prêt à revenir à  l’Evêché, dès que possible, bien que ma déconvenue m’ait laissé quelque amertume, et que votre fausse accusation ne l’ait pas diminuée. Mais je ne puis venir qu’entre le 15 et le 20 mai. Je téléphonerai dès mon arrivée à Fribourg. 

      Veuillez agréer, cher Monseigneur, l’expression de mes sentiments très respectueux et cordialement dévoués en N.S. et N.D. 

+ Marcel Lefebvre

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        (photocopie de l’original, archives personnelles)

Le 6 mai 1975 : Mgr Mamie supprime la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X

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    Lettre de Mgr Mamie à Mgr Lefebvre 

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    Monseigneur, 

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         Mgr François Charrière, mon prédécesseur, avait signé, le 1er novembre 1970, le décret d’érection de la Fraternité Sacerdotale internationale Saint-Pie-X, au titre de Pia Unio, avec siège à Fribourg, approuvant et confirmant les statuts de ladite Fraternité. 

  •  

         Après de longs mois de prières et de réflexions, après avoir tant souhaité  maintenir entre nous une communion fraternelle, après vous avoir entendu et écrit plus d’une fois (pensez entre autres à notre dernière conversation, ouverte et loyale, où vous m’avez clairement dit que vous n’acceptiez pas certaines déclarations conciliaires ; je vous rappelais aussi alors votre refus en ce qui concerne la célébration de la sainte messe selon le rite établi par S.S. Paul VI ; je vous disais enfin que votre attitude et vos actes me posaient une grave question de conscience en ce qui regardait l’appui canonique de l’évêque de Lausanne, Genève et Fribourg à votre institut), j’en arrive à la conclusion douloureuse, mais qui me paraît nécessaire aujourd’hui :  

  •  

         Je vous informe donc que je retire les actes et les concessions effectués par mon prédécesseur en ce qui regarde la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie-X, particulièrement le décret d’érection du 1er novembre 1970. 

  •  

         Vous recevrez ces jours-ci ou vous avez déjà  reçu une lettre du Saint-Siège, plus précisément de la Commission cardinalice ad hoc. C’est donc en plein accord avec le Saint-Siège, en particulier conformément à une réponse que j’ai reçue du cardinal Arturo Tabera, préfet de la S. Congrégation pour les Religieux et les Instituts séculiers, que je prends cette décision.

  •  

    En date du 21 novembre 1974, vous avez publié et signé un texte qui commence par ces mots : « Nous adhérons de tout cœur, de toute notre âme à la Rome catholique… » 

  •  

         Cette déclaration a été pour moi la confirmation que je ne pouvais plus, en conscience, soutenir votre Fraternité. 

  •  

         Vous vous opposez si manifestement au IIe concile du Vatican et à la personne et aux actes du Successeur de Pierre, Sa Sainteté le Pape Paul VI, vous avez si souvent dit et écrit que vous aviez l’appui de l’évêque de Fribourg, que je ne puis plus admettre que l’autorité de l’évêque de Lausanne, Genève et Fribourg demeure le fondement canonique de vos institutions. J’ai conscience aussi que cette décision met en cause tout ce qui est prévu dans les statuts de la Fraternité Saint-Pie-X. 

  •  

         Cette décision est immédiatement effective et j’en informe, par le même courrier, les instances romaines compétentes (S. Congrégation pour les Religieux, S. Congrégation pour l’Éducation catholique et S. Congrégation pour le Clergé), ainsi que S. E. Mgr Ambrogio Marchioni, Nonce Apostolique en Suisse, et Mgr Nestor Adam, président de la Conférence des évêques suisses. 

  •  

         Quant à nous, nous continuons de demander aux fidèles comme aux prêtres catholiques d’accepter et d’appliquer toutes les orientations et décisions du IIe concile du Vatican, tous les enseignements de Jean XXIII et de Paul VI, toutes les directives des secrétariats institués par le Concile, y compris dans la liturgie nouvelle. Cela nous l’avons fait et nous le ferons encore, même aux jours les plus difficiles et avec la grâce de Dieu, parce que, pour nous, c’est là le seul chemin pour « édifier » l’Église.  

  •  

         C’est donc avec une grande tristesse, Monseigneur, que je vous assure de ma fidèle prière et de mes sentiments très fraternels, dans l’attachement au Christ Jésus, à son Église et à celui qui a reçu le pouvoir divin de confirmer ses frères, le Souverain Pontife, successeur de Pierre.  
     

Les Evêques ont cherché à tout prix, durant toutes ces années, à obtenir l’excommunication de Mgr Lefebvre, et ils ne le cachaient pas, comme le montre cet épisode révélateur, ces déclarations de Mgr Mamie quatre plus tard en 1979 :


Le deuxième Dimanche de Carême de 1979, j’ai rencontré Mgr Mamie. Le Prélat, ami de Mgr Arrighi, Recteur de la Trinité des Monts, était venu à la Trinité des Monts pour y célébrer la Messe. Les séminaristes sortis d’Ecône et les séminaristes venus directement de France, et regroupés en une seule communauté, assuraient le service de l’autel et les chants chaque dimanche depuis 1974. De nombreux Prélats qui les appréciaient et leur apportaient leur soutien spirituel, par des conférences notamment, venaient volontiers célébrer la Sainte Messe à la Trinité des Monts : le Cardinal Philippe, le Cardinal Gantin, le Cardinal Martin, le Cardinal Pignedoli, Son Excellence Mgr Gagnon. Son Excellence Mgr Calmels, Abbé Général  des Prémontrés etc. 


A la fin de la Messe, Mgr Arrighi me demande de reconduire Mgr Mamie au Vatican, où il devait déjeuner avec l’aumônier de la Garde Suisse. Au cours du bref trajet, Mgr Mamie, me dit à brûle-pourpoint : « Je ne comprends pas pourquoi le Pape n’a pas encore excommunié Mgr Lefebvre : il a toutes les raisons pour le faire, et pour mettre un terme au refus de célébrer le Nouvel Ordo promulgué par Paul VI ! Il ne peut tolérer une telle désobéissance. C’est un mauvais exemple pour l’Eglise ! Mgr Lefebvre introduit la division dans l’Eglise ! Qu’en pensez-vous ». 


Je répondis simplement : « Excellence, permettez-moi de ne pas répondre ! Car je devrais parler de faits qui concernent directement vos rapports précédents avec Mgr Lefebvre ». Et je le déposai au Vatican. 


Mais le problème de l’excommunication se posait aussi à Rome, car certain hauts Prélats français notamment, poussaient le Saint-Père dans cette voie [A suivre].

Mgr Jacques MASSON

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Publié dans : Témoignages [Mgr Masson] - Communauté : Praedicatho.com
Lundi 12 octobre 2009 1 12 /10 /Oct /2009 08:00

Par Mgr J. Masson
  Ecône EN CRISE

 


J’ai signalé ci-dessus le changement de mentalité chez nombre de séminaristes entrés à Ecône à la fin du mois de septembre 1972, avec des séminaristes plus âgés, plus durs, intransigeants, catégoriques, sédévacantistes, « intégristes » dirais-je pour parler clairement, extrêmistes. Les indiscrétions faites volontairement par certains professeurs, sur mon opposition à Mgr Lefebvre à propos du « JAMAIS … OU ALORS », avaient causé un émoi profond dans la communauté. Mgr Lefebvre partant sans cesse en tournées, je dus affronter une situation nouvelle : un séminaire divisé en deux tendances à peu près égales. Il y avait un très grand risque d’éclatement. Les conciliabules se multipliaient, des petits groupes se formaient, en présence souvent de l’Abbé Gottlieb et du Chanoine Berthod. La lutte pour le pouvoir était ouverte.


Mes interventions à propos de la formation aux arts martiaux et aux chants « révolutionnaires » royalistes ou fascistes, donnèrent l’occasion aux « durs » de me présenter  comme un élément progressiste, hérétique. Fin décembre 1972 M. Sanfratello, déclarait déjà aux Abbés Jacques Seuillot et Bernard Lucien : « Il faut avertir Monseigneur que les cours de l’Abbé Masson sont hérétiques ». Dès la rentré de janvier 1973, les cours d’Ecriture Sainte sont très tendus. M. Agostino Sanfratello et les Abbés Jacques Seuillot et Bernard Lucien, auxquels s’adjoint l'Abbé Philippe Le Pivain, font parvenir une note à Mgr Lefebvre lui disant que ces cours sont contraires aux déclarations de la Commission Biblique. Le 19 janvier, à la fin du cours, l'Abbé Philippe Le Pivain m’interpelle à propos de l’Evangile de saint Mathieu : « Votre cours sur saint Mathieu est en contradiction avec les décrets de la Commission Biblique ».


La « chasse aux sorcières  » avait commencé. D’autant plus que j’avais osé refuser la célébration d’une Messe à l’occasion de la mort de Louis XVI le 21 janvier ! (1) Une Messe sera toutefois célébrée, à mon insu, par le Chanoine Berthod.


Le Marquis de la Franquerie, ami de Mgr Lefebvre et de l’Abbé Gottlieb, bien connu pour sa campagne en faveur du retour à la Monarchie, et pour ses « études » généalogiques faisant descendre nos trois lignées de Rois à David en personne, en ligne masculine ; bien connu aussi pour les recherches qu’il fit faire par des hommes-grenouilles dans la Seine, à Rouen, pour retrouver le cœur de Jeanne d’Arc [il m’a raconté lui-même à Ecône, que lesdits hommes-grenouilles avaient découvert le cœur, qui battait toujours, mais s’éloignait dès qu’on voulait le saisir…], le Marquis de la Franquerie, donc avait écrit lui aussi à Mgr Lefebvre à mon sujet : « Je viens d’apprendre qu’une attaque de grand style est lancée… pour détruire votre séminaire. Ce qui me paraît plus grave, c’est l’attaque par l’intérieur. J’ai su en effet que l’abbé Masson conservait des relations suivies avec son Evêque d’origine, Monseigneur Ménager, qui était loin d’avoir notre confiance à Versailles… En conscience, je dois vous dire que ce prêtre ne m’a jamais inspiré confiance et m’a toujours paru superficiel, le ver dans le fruit » (photocopie de l’original, archives personnelles).


Dès son retour d’un assez long voyage consacré à des conférences et à des Confirmation, Mgr Lefebvre fut assiégé littéralement par une meute de séminaristes voulant sauver le séminaire du "danger progressiste" qui le menaçait. Devant l’impossibilité de pouvoir avoir immédiatement un entretien substantiel avec lui, je rédigeai, le 25 janvier, un rapport détaillé de 6 pages, présentant la situation « actuelle » du séminaire, avec tous les problèmes graves qui venaient de surgir, et je terminai en demandant le départ, motivé, de la moitié des séminaristes, les trublions qui s’adonnaient au karaté, aux chants royalistes, et se préparaient à convertir la France avec la Messe de Saint Pie V.


L’entretien dura longtemps. Mgr Lefebvre écoutait avec attention. Je lui dis que le choix dépendait de lui : ou bien il choisissait de « tailler dans le vif » en écartant tous les éléments qui pourraient conduire à un durcissement fatal, ou bien le séminaire courait le risque d’éclater, voire de disparaître. Personnellement, je ne me sentais plus en mesure de diriger un séminaire où les séminaristes ne se conformeraient pas entièrement et sur tous les points à toutes les orientations prises au début par le Fondateur lui-même.


Il y eut un long silence. Mgr Lefebvre réfléchissait ; mais je n’avais aucun doute sur son choix. Entre la tendance modératrice que j’incarnais, et qui était celle de nombre de séminaristes, et la tendance dure, je savais qu’il choisirait la tendance dure, car « la nature a peur du vide ». Mgr Lefebvre savait qu’il pouvait compter sur ce facteur humain important : la peur de quitter une chose bien établie, même si elle s’écarte des sentiers, pour s’en aller à l’aventure, vers l’incertitude, même si cela devait aboutir à la consécration d’Evêques.


Ma collaboration avec Mgr Lefebvre en qualité de Directeur était devenue impossible, c’était une évidence : nous n’étions plus sur la même longueur d’onde. Le Prélat ne pouvait avoir oublié ma réaction vive lors du Conseil des professeurs au mois de novembre 1972.


Mgr Lefebvre me demanda donc tout simplement de renoncer à la charge de Directeur, et de bien vouloir assurer, signe de toute la confiance qu’il avait en moi, me dit-il, tout son propre secrétariat, y compris les courriers privés. Le changement se ferait le 2 février suivant : M. le Chanoine Berthod me succèderait comme Directeur.


J’aurais pu quitter Monseigneur Lefebvre dès ce moment. Mais, Mgr Adam, Evêque du lieu, me conseilla de rester encore, « tant que vous jugerez que vous pouvez avoir quelque influence pour un éventuel redressement de la situation, et surtout pour aider les séminaristes qui se sont confiés à vous, et qui, si vous partiez, se trouveraient désemparés… avec tous les risques que cela comporterait pour eux ».

(à suivre)

Mgr Jacques MASSON
_______________
(1) Ce point ayant ému quelques lecteurs, il me paraît nécessaire d'apporter les réponses suivantes. Plusieurs séminaristes étaient venu de demander de célébrer une messe de communauté pour Louis XVI. J'en ai pris note et, comme c'est la règle en la matière, j'ai demandé l'avis du Conseil des professeurs, en exposant le "pour" et le "contre". De soi, il n'y avait évidemment aucun "mal" à célèbrer une messe à cette intention. Mais nous étions dans un séminaire, et international de surcroît. Etait-ce opportun ?

Le Conseil des professeurs a effectivement fait observer que nous étions dans un séminaire et dans un séminaire international, avec des séminaristes américains, anglais, allemands et italiens et que même parmi les séminaristes français tous n'avaient pas les mêmes orientations politiques. Le plus opposé était le Chanoine Berthod, des Chanoines du Saint-Bernard, professeur au séminaire, qui, en tant que suisse, a-t-il souligné, a insisté sur le fait qu'il n'y avait aucune raison de mêler un séminaire international à l'histoire de France. Le Conseil a ainsi donné un avis UNANIME, qui n'était donc pas seulememnt le mien, pour éviter tout malentendu, toute confusion et toute polémique éventuelle entre les séminaristes.

Il m'appartenait, comme Directeur, de décider. Ce que j'ai fait, en assumant mes responsabilités, notamment auprès des séminaristes qui m'avaient présenté cette demande, et auxquels j'ai exposé les raisons du refus opposé. Le comble est que c'est le Chanoine Berthod, suisse, qui s'était pourtant le plus opposé à cette messe, qui l'a finalement célébrée, poussé par l'Abbé Gottlieb. Mais, comme je l'ai expliqué, le séminaire était en crise. La "guerre de succession" s'ouvrait et toutes les occasions étaient bonnes pour essayer de destabiliser le Directeur, devenu le "progressiste" qu'il fallait abattre et sur lesquel il était devenu stratégiquement utile de faire peser toutes les "fautes" et les "responsabilités" que l'on pouvait trouver.
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Publié dans : Témoignages [Mgr Masson] - Communauté : Benoit XVI
Vendredi 9 octobre 2009 5 09 /10 /Oct /2009 08:07

Par Mgr J. Masson
La difficile Année 1972

Les délibérations du Conseil des professeurs, et les paroles de Mgr Lefebvre auraient dû rester strictement confidentielles, dans le cadre des professeurs. Mais des indiscrétions filtrèrent, notamment par M. l’Abbé Gottlieb.


Mon intervention aux déclarations de Mgr Lefebvre fut vite connue, et tomba dans les oreilles complaisantes de ceux qui étaient « pour la ligne dure », « pour la lutte à outrance » contre l’Eglise de France supposée hérétique, et dont certains se voyaient déjà les futurs Evêques restaurateurs de « l’Eglise de toujours » en France. Plusieurs avaient déjà (!) le Rituel de Consécration des Evêques.


La rentrée nombreuse du début d’octobre 1972 avait en effet apporté un changement très important dans l’état d’esprit serein et équilibré des deux premières années, avec notamment l’arrivée d’éléments plus âgés, durs, rigides, intransigeants. Il y avait un ancien militaire de carrière, Bernard Waltz, âgé de 43 ans, Jean-Claude Poulet, Jacques Seuillot, Donald Sanborn, Edward Black, un anglais venu avec les cheveux tombant sur les épaules. Mgr Lefebvre, ne voulant pas le faire, m’avait chargé, après plusieurs semaines, de lui demander de se les faire couper. « Jamais je ne vous pardonnerai ce que vous m’avez fait faire, j’ai fait un péché mortel contre la charité à cause de vous : c’est une atteinte à ma personne ! »  Et d’autres encore, dont j’ai oublié les noms mais pas les visages.


Il y avait aussi deux Allemands à propos desquels Mgr Lefebvre m’avait écrit le 12 mars 1972 : « Hier j’ai eu un entretien avec nos amis allemands que guidait le Professeur Lauth. Ils semblent en excellentes dispositions. Mais je leur ai demandé de venir à Ecône ». Il s’agissait de Franz Schmidberger, alors âgé de 25 ans, que Mgr Lefebvre avait déjà noté au nombre des inscrits, et de Klaus Wodsack, docteur en philosophie, âgé de 33 ans. Je les ai reçus longuement dans mon bureau, pour « faire le tri » ainsi qu'il m'appartenait de le faire pour chacun des candidats. J’entendis de leur part un long discours sur la « vacance du Siège Pontifical depuis Jean XXIII » ! Ils étaient en réalité tous deux sédévacantistes. Je dis à Mgr Lefebvre qu’il ne pouvait les accepter. Il me répondit : « Ils auront le temps de changer d’avis ».


Il y avait encore Richard Williamson, un Anglais, l'exemple typique de candidat qu'il me paraissait falloir écarter d’un séminaire, en raison de son manque d’équilibre. J’ai conservé les copies des interrogations écrites que je faisais alors régulièrement. C’était un moyen révélateur de l’état d’esprit et de l’état des connaissances de chaque sujet. Celui qui allait devenir Mgr Williamson  et se faire  mondialement connaître récemment, était un inconditionnel des « apparitions » de San Damiano, de Mamma Rosa. Il se rendait fréquemment en Italie et rapportait des jerrycans d’eau de San Damiano, pour les emmener en Angleterre aux vacances de Noël, afin d’assurer la protection de sa famille et de ses amis pendant les « événements à venir pour châtier le monde et l’Eglise hérétique ».


Il y avait enfin un Italien, M. Agostino Sanfratello, ami de Mgr Lefebvre, fondateur du mouvement « néo-fasciste » des « bonnets rouges » dont Mgr Lefebvre admirait la piété, la générosité et le courage, disait-il. Dès le premier contact, je ressentis un adversaire, un « dur », un meneur ; cela se voyait à son regard, à la force de ses affirmations. C’était, à n’en point douter, un homme qui avait reçu une formation certaine pour mener les gens.


Je découvris, au bout de quelques semaines, vers la fin de l’année, après les déclarations de Mgr Lefebvre et ma prise position contraire, que cet Agostino Sanfratello avait organisé, avec les encouragements de l’Abbé Gottlieb, des cours de « close combat », de karaté, pour apprendre aux séminaristes futurs prêtres à savoir se battre. Toujours avec l’aide et l’appui de l’Abbé Gottlieb, il faisait apprendre à nombre de séminaristes différents chants « révolutionnaires » (1) européens de droite. Le 1er novembre 1972, jour de la prise de soutane des nouveaux séminaristes, j’ai dû mettre fin avec autorité à un « concert de chants révolutionnaires », sur la vaste terrasse du séminaire, où s’étaient rassemblés nombre de séminaristes, et tous les amis « bonnets rouges italiens » d’Agostino, venus à cette occasion. Scandale ! J’avais osé ! - oui, sans l’ombre d’une hésitation.


De la sorte, je ne me faisais certes pas des amis. Et les indiscrétions sur la réponse que j’avais osé faire à Mgr Lefebvre ne firent qu’augmenter la tension, le durcissement que l’arrivée de ces nouveaux avait brusquement provoqué. Ce fut la « chasse aux sorcières ». Je fus même traité « d’hérétique, de progressiste » lors d’un de mes cours d’Introduction à la Bible, comme on le verra ci-dessous.


La situation se dégradait rapidement avec un durcissement qui ne laissait rien présager de bon pour l’avenir de la Fraternité. J’avais dit à Mgr Lefebvre que tous les « rossignols de la chrétienté » voudraient entrer au séminaire. Beaucoup y étaient en effet entrés. Il était de mon devoir de Directeur, les connaissant mieux que Mgr Lefebvre, souvent en tournée en France et dans le monde, de le tenir au courant. Je dressai alors une liste des personnes qu’il fallait ABSOLUMENT CONGEDIER pour l’avenir du séminaire et de la Fraternité : je lui demandai le départ de 50% des séminaristes. Pas sérieux, s’abstenir ! Les ambitions épiscopales de certains, les déclarations pompeuses : « quand nous rentrerons en France, nous convertirons les gens avec la Messe de Saint Pie V », les franges et les dentelles n'étaient pas des signes d’humilité, mais manifestaient, à mon avis, un manque d’équilibre, une notion erronée du Sacerdoce, l’ambition, et pas la recherche de la sainteté, de l’humilité requises pour être un prêtre de Jésus-Christ. D’autant plus que ceux qui semblaient les plus durs étaient aussi ceux qui manquaient le plus volontiers au règlement de vie du séminaire.


Avoir mon opposition à Mgr Lefebvre, qui ne rejetait pas la possibilité de consacrer des Evêques si les « choses devaient changer », une procession s’établit : pour aller se plaindre de la gestion du Directeur auprès de Mgr Lefebvre. Qu’allait faire le Prélat qui m'avait donné jusque-là toute sa confiance ?


Nous touchons là un point précédemment évoqué, dans l'article antérieur, du tempérament de Mgr Lefebvre, et qui, bien que peu connu ou passé sous silence,  éclaire beaucoup de choses : SA TENDANCE A SE LAISSER CONDUIRE VERS UN DURCISSEMENT VERS LEQUEL IL N’IRAIT PAS DE LUI-MÊME.

 

De fait, c'est le durcissement qui l'a emporté et qui, en quelque manière, ne pouvait pas ne pas l'emporter au regard de l'ensemble de ces circonstances.

(à suivre)

Mgr J. Masson

_______________
(1) L'expérience montrant, selon des remarques qui m'ont été adressées, que le langage ne suffit pas toujours à se faire entendre, il me faut préciser que le mot "révolutionnaires" est bien mis ici entre guillemets et que ce n'est pas un hasard. Cela signifie, dans le langage commun, que c'est une citation. Le mot "révolutionnaires" n'est pas de moi. Il était utilisé par Agostino Sanfratello, l'Abbé Gottlieb et leurs amis pour parler des chants en question. C'était leur langage. Ils parlaient de "chants révolutionnaires royalistes européens". C'est ainsi,  et c'est la vérité. Je ne peux pas dire les choses autrement, à seul dessein de faire plaisir aux personnes que cela dérangerait.
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Mercredi 7 octobre 2009 3 07 /10 /Oct /2009 12:00

Par Mgr J. Masson

UN TRAIT DU CARACTERE DE MONSEIGNEUR LEFEBVRE



Le séminaire d’Ecône avait commencé au mois d’octobre 1970. Lors de la première Messe célébrée par Mgr Lefebvre, nous eûmes une grande surprise, désagréable, inattendue de sa part ! Le Prélat célébrait bien sûr la Messe de Saint Pie V, mais selon la réforme de 1967, c’est-à-dire dans sa forme la plus simplifiée, avec suppression de multiples signes de croix et génuflexions, avec l’Elévation de l’Hostie et du Calice sans la génuflexion préalable, la récitation unique du « Domine non sum dignus » avant la Communion, célébrants et fidèles ensemble etc. Je ne comprenais pas, pas plus que mes confrères ni les séminaristes, qu’il ne célébrât pas selon l’Ordo de 1965 au moins. Et je lui citai après la Messe, la boutade du Père Abbé de Fontgombault : « On commence par enlever la barrette et l’on se retrouve marié ».


C’est ainsi que je m’employais, avec respect, délicatesse, mais persévérance et fermeté à obtenir de Mgr Lefebvre qu’il célébrât la Messe de Saint Pie V à laquelle il tenait tant. Je servais de prêtre assistant à l’autel, et je luis « soufflais » ce qu’il fallait faire ; je l’entraînais à faire la génuflexion qui avait été supprimée, en prenant son coude et en le tirant vers le bas. Et ainsi, grâce à moi, ou à cause de moi, la Messe de Saint Pie V fut enfin célébrée à Ecône, à la grande satisfaction de mes confrères, des séminaristes, et des fidèles qui y assistaient, dont M. et Mme de Saventhem, qui venaient chaque matin de Montreux (à 60 km d’Ecône) pour assister à la Messe tridentine.


Je fus bien sûr satisfait de voir que le Prélat avait repris sans difficulté l’Ordo de Saint Pie V. Mais j’en ressentis une certaine surprise, un certain étonnement devant la facilité avec laquelle le « doux entêté » s’était laissé faire « une douce violence ». Je pense que c’est la seule fois ou presque, où je parvins à le faire changer d’idée. Non pas qu’il n’ait jamais changé d’orientation. Mais je remarquai bien vite chez lui une propension à se laisser porter bien volontiers vers une ligne plus dure que, seul, il n’aurait pas osé prendre, soucieux des réactions de son entourage.


M. de Saventhem (alors Président International « d’Una Voce International ») et sa femme, ancienne protestante convertie au catholicisme, avec qui je liais rapidement une amitié profonde qui a duré jusqu’à leur fin terrestre, me déclarèrent un jour : « Monseigneur Lefebvre (personne ne prononçait jamais son nom, Lefebvre ; il était devenu LE Monseigneur par excellence, si je puis me permettre ce jeu de mot !) est un homme qui penche toujours vers la tendance la plus dure. Nous le connaissons depuis des années, nous l’apprécions, et il nous estime. De lui-même, il ne s’y engagera pas. Mais s’il sent derrière lui un courant qui l’appuie, ou plutôt qui le pousse, alors il se laissera faire, en déclarant que ce n’est pas lui qui l’a voulu, mais qu’il a été poussé par les circonstances. Une manière de s’excuser en quelque sorte, ou de justifier sa position ».


Et de fait, pour expliquer la fondation de la Fraternité et du séminaire, Mgr Lefebvre déclarait toujours : « Ce n’est pas moi qui ai voulu fonder un séminaire ! Ce sont tous ces jeunes qui m’y ont contraint en s’adressant à moi, pour devenir de bons prêtres. Pouvais-je me dérober ? ». Et de même, pour justifier ses tournées de conférences dès le mois de novembre 1972, et les tournées de confirmation dans les diocèses sans informer l’Ordinaire, il invoquera le désir et le désarroi, (réels il faut le dire) des fidèles : « On ne donne plus la Bonne Parole aux fidèles dans les sermons ; les cérémonies de Confirmation sont faites en dépit du bon sens, parfois avec des rites fantaisistes (ce qui était vrai !). Alors, les gens me supplient de venir leur parler du Bon Dieu, de leur donner les ‘Sacrements de toujours’ ! En conscience, je ne puis le leur refuser. Je suis Pasteur, et la Providence me montre en eux le chemin à suivre ».


Il est important, il est capital de bien tenir compte de ce fait et de cette manière d’agir, lorsque l’on traite avec Mgr Lefebvre. Il ne faut jamais oublier cette tendance enracinée en lui, qui le laisse se porter vers la solution la plus radicale, ET JAMAIS LE CONTRAIRE. C’est ce que j’ai compris, ce soir de novembre 1972 lors de la réunion du Conseil des professeurs. J’AVAIS COMPRIS QUE MGR LEFEBVRE, UN JOUR OU L’AUTRE, CONSACRERAIT DES EVEQUES, SOUS LA PRESSION DES PRETRES ET DES SEMINARISTES, SOUS LA PRESSION DES FIDELES.


J’avais compris qu’il était inutile de se leurrer sur une éventuelle hésitation de sa part, dans la crainte qu’une partie de ses « fidèles » se détache de lui. S’il décidait un jour de consacrer des Evêques, pensais-je, rien ne saurait l’en faire changer, pas même un éclatement chez ses fidèles.


Il n’hésiterait pas, même devant le départ de séminaristes de son séminaire et de la Fraternité Saint Pie X ! En effet, les remarques précédentes valent même pour les séminaristes qui ne partagent pas toutes les orientations de Mgr Lefebvre, y compris les plus dures, et qui se trouvent déjà à Ecône. Ils ont déjà fait un choix : le refus catégorique des séminaires diocésains, et donc de l’orientation pastorale imposée par les Evêques dans les diocèses. Pour la plupart, la question du schisme ne se pose pas, ou plutôt, en allant à Ecône, ils ne veulent pas devenir schismatiques. Ce qu’ils recherchent, c’est une formation normale, une belle liturgie. A Ecône, ils trouvent de plus une Fraternité qui leur donne l’assurance d’un ministère futur dans des conditions normales. Ils ont donc coupé définitivement avec le « système » des Evêques et de leurs séminaires, et ils n’entendent y retourner à aucun prix. Que tout n’aille pas comme ils désirent, à Ecône, qu’il y ait des tensions, des menaces d’ordinations épiscopales, certes, cela pourrait en troubler quelques-uns. Mais « Monseigneur est là pour les rassurer en s’appuyant sur les expériences du passé », et grâce aussi à son « talent oratoire ».


Comment envisager sérieusement, et Mgr Lefebvre était fort conscient de ce fait, que des séminaristes pourraient le quitter s’ils n’avaient pas l’assurance FORMELLE qu’ils trouveraient au moins ce qu’ils trouvaient à Ecône : liturgie, formation, climat de confiance, de piété, avenir assuré sans être obligés de tomber pieds et poings liés dans les mains des Evêques de leurs pays respectifs ? Entrer à Ecône supposait un choix bien précis et très courageux. En sortir, supposerait un choix plus difficile encore, en raison des incertitudes qui pèseraient sur leur avenir sacerdotal.


C’est à tout cela que je pensais, ce soir-là, avec tristesse, après les paroles de Mgr Lefebvre : JAMAIS… OU ALORS… (à suivre)

Mgr J. MASSON

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