Par La rédaction
II- Un symptome préoccupant(1) Un élément supplémentaire dans un contexte de moins en moins démocratique
Si ces lois pleines de bonnes intentions poursuivent un but légitime, on ne peut s'empêcher de penser, en raison d'ailleurs de leur faible utilité, qu'elles sont d'autant plus maladroites qu'elles interviennent à un mauvais moment, celui du développement important des lobbies communautaristes, qui trouvent un écho complaisant dans des médias lourdement marqués par le "politiquement correct" et une connivence avec le personnel politique ou les groupes d'intérêt (à cet égard, nous, qui somme si prompts à critiquer, avons certainement quelques leçons d'indépendance et d'intégrité de la presse à prendre de la pratique des journalistes étrangers).
La loi de 2004 en particulier donne, en effet, l'occasion à un certain communautarisme de s'approprier la République. Les méthodes d'intimidation, de harcèlement, d'injure et même parfois de violence adoptées par certains lobbies, qui relèvent pourtant directement de la loi pénale, ne sont ni sanctionnées, ni même médiatiquement condamnées. Et ce texte renforce, sans qu'il ait été requis en l'état du droit existant, le sentiment de légitimité et même peut-être d'impunité de ces comportements.
La place croissante d'une idéologie de la non-discrimination, qui, bien au-delà de la loi, est invoquée de plus en plus systématiquement, en tout lieu et en toute matière pour s'opposer à la règle commune, à l'intérêt général et promouvoir l'intérêt particulier, se nourrit de ces légitimations progressives par la loi dont elle demande le renforcement systématique : s'opposer au mariage homosexuel, serait une discrimination ; refuser aux homosexuels le droit d'adopter des enfants, serait une discrimination... D'autant que l'argument de la discrimination devient la "tarte à la crème" qu'était l'accusation de racisme dans les années 80 : bien souvent, dans les médias, pour les groupes de pression, avant de se demander si une raison objective existe à un choix, à une embauche, à un refus d'embauche, bref à une décision, elle est taxée de discriminante. Cette idéologie est comme toutes les idéologies source de tromperie, pour être réductrice et ne prendre en considération que ce qui sert sa thèse, indépendamment de la vérité.
Or, le développement d'une telle idéologie a un impact direct sur la vie démocratique. Car, tout choix implique une discrimination, puisqu'il implique de préférer l'un à l'autre, sans que cela soit nécessairement illégitime, mais en étant au contraire nécessaire et indispensable. Refuser des personnes avec certains faits sur leur casier judiciaire pour l'exercice de certaines professions est une discrimination, mais elle n'en est pas moins légitime.
Pourtant, les choix s'imposent qui guideront l'avenir d'une société, même si certaines catégories s'en offusquent. Dans une société démocratique, de débat, où l'on considère que nul ne détient seul l'absolue vérité et où chaque citoyen doit pouvoir donner son avis, il est indispensable qu'il puisse être discuté des termes de l'alternative qui préside au choix politique et social.
Tel est de moins en moins le cas en France aujourd'hui, comme on doit le constater après la décision pénale concernant le député Vanneste (dont il ne s'agit pas ici d'apprécier les idées ou les propos, mais de s'offusquer de ce qu'on l'empêche de s'exprimer), et d'autres décisions du même style, marquées de l'influence de l'idéologie. On s'aperçoit que des lois approximatives, mêlées à une ambiance politico-médiatique, aboutissent à empêcher l'instauration d'un débat d'idées légitime, nécessaire et requis par les exigences démocratiques : on doit pouvoir prendre position sur le mariage homosexuel ou l'adoption homosexuelle, sur les baux, sur l'immigration, sur le commerce extérieur, sur la sécurité, sur la sécurité sociale, sans encourir les foudres de quiconque, et surtout pas de la loi et du juge pénal.
Car la liberté d'opinion et d'expression, pour être des valeurs essentielles de la démocratie, sont des normes supérieures à la loi, qui, bien qu'émanant de la représentation nationale, n'en reste pas moins politiquement partisane : on doit dès lors protéger autant que faire se peut les libertés d'opinion et d'expression de la loi, soumise à des opinions, à des compromis et/ou à l'actualité politique, autant de facteurs auxquels elles doivent échapper pour permettre précisément le libre débat politique, l'alternance et une véritable liberté des scrutins. En France, des garde-fous suffisants existaient avant les dernières lois.
Dès lors, contre leur gré d'ailleurs et contre l'intention de leurs auteurs peut-être, mais pas des lobbies, ces lois accompagnent malencontreusement une évolution médiatico-politique qui les dépasse et deviennent dangereuses pour la préservation de la variété des opinions.
(2) Une évolution qui traduit en réalité la dramatique faiblesse du personnel politique
On ne peut s'empêcher de penser que cette évolution résulte d'une dramatique faiblesse du personnel politique, lequel manque de courage politique et de conviction quant aux valeurs qui fondent la République.
Faiblesse face à la pression des lobbies (et à ceux du "politiquement correct" en particulier), dont il est tout de même inquiétant que le personnel politique n'ait pas compris qu'ils représentent un microcosme parisien, loin des souhaits et des préoccupations des français, nonobstant les sondages (dont on sait cependant ce qu'ils valent et comme ils peuvent être manipulés ou mal compris). Les dernières élections présidentielles en témoignent pourtant suffisamment.
Faiblesse des convictions dans la force et la supériorité attribuées aux valeurs de la République, lesquelles ne sauraient s'accomoder ni de racisme, ni de ségrégation entre les citoyens selon les choix personnels. Ces principes doivent et peuvent être affirmés. Mais le fait d'avoir besoin de pénaliser démontre un doute quant au respect de ces valeurs et dans la capacité d'en montrer le bien fondé aux citoyens. Cela démontre l'absence de confiance dans leur supériorité et dans l'adhésion des citoyens (peut-être aussi, parce qu'à force de faire dire aux mots des choses qu'ils ne disent pas, on ne sait plus très bien ce qu'ils signifient...). Mais cette adhésion ne passe que par l'éducation et par la vérité des discours et des actions. Pas par l'opprobre, ni par la sanction, car in fine c'est toujours la nation qui tranche et décide.
Qu'il nous soit permis de donner un exemple. Durant les années 80 et 90, le discours médiatique et politique ambiant n'a traité la question politique du Front National que par des anathèmes, par l'opprobre, par une approche moraliste, sans s'intéresser à la sociologie de son électorat, ni à la pertinence éventuelle de certains des problèmes sociaux sur lesquels il fondait son succès électoral : ceux qui voulait le combattre ont diabolisé le FN, à grand renfort de surenchère médiatique, son racisme, son caractère infréquentable... Moralité : il est parvenu au second tour de l'élection présidentielle.
La méthode, outre qu'elle méprise un nombre important de citoyens comme les autres qui, à tort ou à raison mais dans l'exercice de leurs droits les plus stricts, ont exprimé leur suffrage en faveur de ce parti, a montré son inefficacité. D'autres ont songé à interdire le parti, à l'empêcher d'accéder aux assemblées ou aux signatures, par différents moyens (sans se préoccuper du caractère anti-démocratique de telles mesures, les citoyens votant pour le Front National ayant les mêmes droits que les autres à exprimer librement leur vote). Malgré tout, son score progresse. L'interdire, ce qui serait d'un point de vue démocratique inacceptable, reviendrait à nier les valeurs auxquelles on prétend adhérer, alors que seul le débat et la confrontation démocratique peuvent en montrer les limites : on s'aperçoit, par exemple, qu'il n'a pas conservé toutes les mairies qu'il avait pu gagner, qu'une fois intégré dans la vie politique et publique, il est soumis à la loi et à la réalité, soumis à l'obligation d'assumer un discours éventuellement irresponsable ou déraisonnable devant les citoyens, ou encore que son leader peut se trouver en difficulté dans un débat télévisé comme il ne le sera jamais dans un monologue.
Dès lors, indépendamment de toute appréciation partisane, que l'on soit pour ou contre le FN, le seul régulateur - dans une démocratie suffisamment solide comme la notre - est le jeu démocratique et non pas l'exclusion, la marginalisation officielle, l'interdiction ou la pénalisation.
C'est-à-dire que la meilleure protection de la République, c'est le débat, c'est la confrontation au réel, tandis que l'interdiction, la mise à l'écart n'a d'autres effets que de faire bénéficier celui qui la subit de l'aura de celui qui se bat contre le système, du petit qui défend ceux qui ne sont pas au coeur d'un système politico-médiatique auquel les Français ne croient plus et qu'ils rejettent. Surtout que l'on s'aperçoit que ceux que le moralisme politiquement correcte veut mettre autoritairement à l'écart n'ont assurément pas le monopole de la déraison ou de la méconnaissance des "valeurs démocratiques"...
En un mot, la démocratie et les valeurs attachées au respect de l'individu et du citoyen sont protégées par ce qui en fait la raison d'être, la liberté d'expression et d'opinion, plus que par la sanction et l'exclusion, qui ne poussent qu'à la radicalisation et à la coupure des élites et du peuple.
