Sermon pour la Nativité de la Vierge Marie, « L’Aqueduc ». (Saint Bernard)
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Sermon pour la Nativité de la Vierge Marie, « L’Aqueduc ». (Saint Bernard)
La Nativité de Marie, vers 1410 ;
Strasbourg Musée de l’œuvre de Notre-Dame
sermon pour la nativité de la bienheureuse marie.Saint Bernard ( ?)
(cf. http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/bernard/tome07/guerric/tome7082.htm)
1. «Semblable à la vigne, j'ai donné des fruits d'une odeur suave (Eccle. XXIV, 23). » Nous célébrons la Nativité de la très-heureuse Vierge Mère de Dieu, de qui a voulu naître celui qui est le salut de tous, pour donner le pouvoir de renaître à la vie, à ceux qui étaient nés pour la mort. Aujourd'hui est née une nouvelle mère, qui a détruit la malédiction de la première, afin que ceux qui étaient nés sous le coup de la malédiction éternelle possédassent par elle l'héritage de la bénédiction. Mère tout-à-fait nouvelle, qui a donné une vie nouvelle à ses enfants vieillis et qui a guéri en eux le vice d'une vieillesse innée et surajoutée. Oui, c'est une mère nouvelle, car elle enfante par un prodige si nouveau, qu'elle est mère et vierge et qu'elle met au monde celui qui a tout créé, et sa mère au milieu de tout le reste. Admirable est le prodige de cette nouveauté féconde, mais plus étonnant encore, le miracle d'avoir mis au jour un tel enfant. Nul ne regardera comme incroyable qu'elle ait enfanté en restant Vierge s'il reconnaît que l'enfant, qui est né d'elle , est Dieu. Il ne cause, en effet, aucun dommage à l'intégrité de sa mère, celui qui a coutume de rétablir ce qui a été altéré, la vérité de la chair qu'il a prise ne cause aucun préjudice à la puissance du Créateur, et ne l'a point empêché de garder pour lui, ce qu'il a donné à plusieurs créatures. Vous trouverez, en effet, beaucoup de créatures engendrées sans corruption de ce qui les a produites, et rendre témoignage à leur auteur, comme par une sorte de voix, au sujet de leur production sans souillure.
2. Mais que la mère nous parle elle-même, elle qui est instruite de ce mystère, qu'elle nous dise ce qu'elle a produit et comment elle l'a produit. Qu'elle nous parle en empruntant les oracles des antiques prophètes, non point en recourant à des arguments nouveaux, parce que, comme s'exprime l'apôtre saint Pierre, «la parole prophétique » est plus « assurée que les miracles (II Petr. I, 19). » Qu'y a-t-il de moins exposé aux attaques, de plus à l'abri du soupçon de fausseté, que le témoignage divinement rendu à des choses qui n'existent pas encore ? Longtemps donc avant que Marie naquit, l'esprit qui devait résider en elle, empruntait sa voix, et défendait son oeuvre, c'est-à-dire tant la divinité du Fils que l'intégrité de la mère, contre les blasphèmes des impies, et c'est en son nom, si maintenant nous suivons l'interprétation commune, qu'il prononçait les paroles que vous avez entendues tout à l'heure : « Semblable à une vigne, j'ai donné des fruits d'une odeur suave (Eccle. XXIV, 23). » Le contexte rapporte ce passage à la sagesse, comme vous le savez, vous qui connaissez les règles de la lecture des livres sacrés. Néanmoins cela n'empêche point notre explication, qui s'applique pareillement, ainsi que bien d'autres textes, à la personne de la Vierge Mère. Vous n'ignorez pas ce que d'autres témoignages, qui se rapportent plus manifestement et plus particulièrement à ce sujet, vous apprennent abondamment ; mais il ne faut point frustrer votre attente des détails que fournit le passage relatif à cette fête.
3. Que Marie réponde donc tant pour elle que pour son Fils à ces blasphémateurs , qu'elle extermine , par une seule parole , toutes les hérésies, et qu'elle dise : « Comme la vigne, j'ai donné un fruit d'une odeur suave. » C'est comme si elle disait ouvertement : mon enfantement n'a pas d'analogues parmi les femmes, mais il trouve des similitudes dans les autres créatures. Vous demandez comment la virginité a engendré le Sauveur? Comme la vigne donne son odeur. Si vous trouvez la fleur corrompue pour avoir livré son parfum, croyez que la pureté a été altérée quand elle a mis au jour le Sauveur. Que pouvez-vous attaquer dans l'exactitude de cette comparaison ? Qu'est-ce que le Fils de la virginité, sinon la fleur d'un corps sans souillure ? Qu'est-ce que le Fils de la virginité, sinon une suave odeur ? Prenez garde cependant à ne point mourir de cette agréable odeur. Car elle est une odeur de vie pour la vie, à ceux qui se sauvent, et une odeur de mort pour la mort à l'égard des autres, c'est-à-dire à l'égard de ceux qui périssent, comme l'est la fleur de la vigne pour les animaux venimeux. L'esprit du vieux patriarche était ranimé par la suavité de cette odeur, lorsqu'en touchant son fils il sentait le parfum du Christ, et exprimait en ces termes les retours qu'il éprouvait au souvenir de l'abondance de cette suavité : « Voici que l'odeur de mon fils est comme l'odeur d'un champ rempli que le Seigneur a béni (Gen. XXVII, 27).» Dieu le Père a respiré l'ambroisie de cette odeur, et, réjoui, il a fait grâce au genre humain, lorsque le Fils s'offrait lui-même, oblation et hostie à Dieu, en odeur de suavité. Nous sommes attirés par cette senteur agréable, lorsqu'en nous convertissant nous courons vers lui ; ce parfum entraîne les jeunes filles lorsque par la dévotion elles volent sur ses pas. Bien que l'odeur de la prédication soit autre et plus épaisse que celle qui s'exhale de ses vêtements, de ses essences ou peut-être de son corps. Elle n'est point autre que la vertu qui sort de lui, vertu qui excite, les paresseux, renouvelle la ferveur de l'amour, afin de le faire bondir pour avancer rapidement dans la voie des commandements.
4. Que Marie se glorifie donc d'avoir donné un fruit si odoriférant, et qu'elle dise : « Semblable à la vigne, j'ai produit un fruit à l'odeur suave. » C'est bien dit « comme la vigne : » car son bien-aimé est pour elle une grappe de vigne de Chypre dont le pressoir de la passion a fait sortir la liqueur rouge de ce sang généreux dont le brillant calice enivre les âmes; et de plus, tous les jours, la sainte dévotion s'en exprime un vin qui réjouit le coeur de l'homme et l'enivre de la volupté de la joie et de l'amour. Cependant il n'enivre l'âme que lorsque sa suavité se fait sentir : l'allégresse, causée par la vision, ne la réjouit que lorsque la piété de la doctrine l'a pénétrée, parce que si nous ne croyons pas, nous ne comprendrons jamais (Isa. VII, 9), nous ne goûterons point combien le Seigneur est doux. En effet, c'est la foi qui perçoit les odeurs, c'est l'expérience qui goûte et qui jouit. Voilà pourquoi Marie, décrivant son Jésus par ses vertus et ses effets, l'appelle d'abord une suave odeur; c'est que Jésus commencé à habiter en nous, lorsque l'odeur de ses saints parfums nous attire à lui. Mais quel est le fruit d'où nous vient cette odeur, le terme vers lequel elle nous appelle! Elle nous le dit lorsqu'elle ajoute : « Et mes fruits sont des fruits d'honneur et de sainteté (Eccl. XXIV, 23). » Oui, Jésus est une odeur suave qui invite, une vertu qui sanctifie, un honneur qui glorifie. Odeur suave qui nous attire comme dans le chemin : vertu par laquelle nous sommes conduits, honneur auquel nous parvenons à la fin. Ce mot d'honnêteté est beau, c'est comme si on disait : état d'honneur, cet honneur de la dignité et de la gloire souveraine du ciel ne pourrait trouver place plus tard en nous, si l'honnêteté de la vie et des moeurs ne lui préparait maintenant un siège. Alors on ne verra point, comme aujourd'hui on l'aperçoit çà et là, un homme honoré qui suit sans honnêteté , mais aussi nulle honnêteté ne sera sans être honorée. Jésus est donc premièrement une odeur suave pour ceux qu'il appelle; ensuite il est honnêteté pour ceux qu'il justifie ; enfin il est honneur pour ceux qu'il glorifie. « Car ceux qu'il a prédestinés, il les a appelés, et ceux qu'il a appelés, il les a justifiés, et ceux qu'il a justifiés, il les a glorifiés (Rom. VIII, 29). »
5. Tel est donc mon bien-aimé, s'écrie Marie, tel est mon Fils, ô filles de Jérusalem. Voilà le fruit béni de mes entrailles, c'est lui que mes fleurs ont fait fructifier. Elle ne dit pas ma fleur, mais mes fleurs; parce que lorsqu'une vierge est sainte , la fleur de la virginité revêt plu sieurs formes dans son âme. Cette grâce spéciale fleurit cependant en beaucoup de manières dans Marie plus que dans les autres, dans Marie qui, toute belle au dedans et au dehors, était revêtue tout entière de l'éclat printanier d'une sorte de floraison et de beauté virginale. En vous aussi, si la chasteté est parfaite, non-seulement votre chair refleurira, mais encore une sorte de sanctification divine s'épanouira sur vous tout entier. Votre regard ne sera ni impur ni égaré, mais fleuri par son expression de modestie; vos paroles ne seront ni lascives ni ineptes, mais agréables par leur ton de réserve, ou bien assaisonnées de sagesse. Vos oreilles ne seront pas démangées d'entendre des choses nouvelles ou honteuses, ni votre palais tourmenté de l'envie de choses douces. Votre démarche ne sera pas désordonnée, mais modeste : votre extérieur ne sera pas, je ne dis pas celui d'une femme impudique, ne sera pas superstitieux, mais religieux ; tout l'ensemble de votre être sera florissant de la grâce de la sainteté, en sorte que vous pourrez dire avec raison à l'Époux, lorsque vous l'inviterez à entrer dans le secret de votre coeur : « Notre lit est couvert de fleurs (Cant. X, 15). » Bien plus, vous serez vous-même en votre entier, comme une très-belle fleur, comme une de ces fleurs dont l'Épouse désire qu'on fortifie ou qu'on soulage la langueur de son amour, lorsqu'elle dit : «Fortifiez-moi de fleurs, entourez-moi de fruits , parce queje languis d'amour (Cant. II, 5). » Un. juste semblable, quand même sa racine aurait vieilli dans la terre, et son tronc serait mort dans la poussière, fleurira comme le lis, à l'odeur de l'eau vive, dans la résurrection, c'est-à-dire, quand les justes refleuriront, et il fleurira à jamais devant le Seigneur, cette fleur; issue d'une fleur, née de la vierge, fils de la vierge, époux et couronne des vierges, fleur , dis-je, qui couronnera non-seulement l'intégrité des vierges. mais encore la chasteté de ceux qui sont continents, à qui soit la gloire dans tous les siècles des siècles. Amen.
Les Evangiles apocryphes
II - Evangile de la nativité de marie (chapitres 6 à 10)
Bartolomeo VIVARINI 1473, Santa Maria Formosa, Venice
Et lorsque le terme de trois ans fut révolu et que le temps de la sevrer fut accompli, ils amenèrent au temple du Seigneur celte Vierge avec des offrandes. Or, il y avait autour du temple quinze degrés à monter, selon les quinze Psaumes des degrés. Car, parce que le temple était bâti sur une montagne, il fallait monter des degrés pour aller à l'autel de l'holocauste qui était par dehors. Les parents placèrent donc la petite bienheureuse Vierge Marie sur le premier degré. Et comme ils quittaient les habits qu'ils avaient eus en chemin, et qu'ils en mettaient de plus beaux et de plus propres selon l'usage, la Vierge du Seigneur monta tous les degrés un à un sans qu'on lui donnât la main pour la conduire ou la soutenir, de manière qu'en cela seul on eût pensé qu'elle était déjà d'un âge parfait. Car le Seigneur, dès l'enfance de sa Vierge, opérait déjà quelque chose de grand et faisait voir d'avance par ce miracle quelle serait la sublimité des merveilles futures. Ayant donc célébré le sacrifice selon la coutume de la loi, et accompli leur vœu, ils l'enrayèrent dans l'enclos du temple pour y être élevée avec les autres Vierges et ils retournèrent à leur maison.
Or la Vierge du Seigneur, en avançant en âge profitait en vertus, et suivant l'expression du Psalmiste, « son père et sa mère l'avaient délaissée, mais le Seigneur prit soin d'elle. » Car tous les jours elle était fréquentée par les Anges, tous les jours elle jouissait de la vision divine qui la préservait de tous les maux et qui la comblait de tous les biens. C'est pourquoi elle parvint à l'âge de quatorze ans sans que non seulement les méchants pussent rien découvrir de répréhensible en elle, mais tous les bons qui la connaissaient trouvaient sa vie et sa manière d'agir dignes d'admiration. Alors le grand-prêtre annonçait publiquement que les Vierges que l'on élevait soigneusement dans le temple et qui avaient cet âge accompli s'en retournassent cher elles pour se marier selon la coutume de la nation et la maturité de l'âge. Les autres ayant obéi à cet ordre avec empressement, la Vierge du Seigneur Marie fut la seule qui répondit qu'elle ne pouvait agir ainsi, et elle dit : « Que non seulement ses parents l'avaient engagée au service du Seigneur, mais encore qu'elle avait voué au Seigneur sa virginité qu'elle ne voulait jamais violer en habitant avec un homme. » Le grand-prêtre fut dans une grande incertitude, car il ne pensait pas qu'il fallût enfreindre son vœu (ce qui serait contre l'Écriture, qui dit : « Vouez et rendez »), ni qu'il fallût se hasarder à introduire une coutume inusitée chez la nation; il ordonna que tous les principaux de Jérusalem et des lieux voisins se trouvassent à la solennité qui approchait, afin qu'il pût savoir par leur conseil ce qu'il y avait à faire dans une chose si douteuse. Ce qui ayant été fait, l'avis de tous fut qu'il fallait consulter le Seigneur sur cela. Et tout le monde étant en oraison, le grand-prêtre selon l'usage se présenta pour consulter Dieu. Et sur le champ tous entendirent une voix qui sortit de l'oracle et du lieu de propitiation, qu'il fallait, suivant la prophétie d'Isaïe, chercher quelqu'un à qui cette Vierge devait être recommandée et donnée en mariage. Car on sait qu'Isaïe dit : « Il sortira une Vierge de la racine de Jessé, et de cette racine il s'élèvera une fleur sur laquelle se reposera l'esprit du Seigneur, l'esprit de sagesse et d'intelligence, l'esprit de conseil et de force, l'esprit de science et de piété, et elle sera remplie de l'esprit de la crainte du Seigneur. » Le grand-prêtre ordonna donc, d'après cette prophétie, que tous ceux de la maison et de la famille de David qui seraient nubiles et non mariés, vinssent apporter chacun une baguette sur l'autel, car l'on devait recommander et donner la Vierge en mariage à celui dont la baguette, après avoir été apportée, produirait une fleur, et au sommet de laquelle l'esprit du Seigneur se reposerait sous la forme d'une colombe.
Il y avait parmi les autres de la maison et de la famille de David, Joseph, homme fort âgé, et tous portant leurs baguettes selon l’ordre donné, lui seul cacha la sienne. C'est pourquoi, rien n'ayant apparu de conforme à la voix divine, le grand-prêtre pensa qu'il fallait derechef consulter Dieu, et le Seigneur répondit que celui qui devait épouser la Vierge était le seul de tous ceux qui avaient été désignés qui n'eût pas apporté sa baguette. Ainsi Joseph fut découvert Car lorsqu'il eut apporté sa baguette, et qu'une colombe, venant du ciel, se fut reposée sur le sommet, il fut manifeste pour tous que la Vierge devait lui être donnée en mariage. Ayant donc célébré les fiançailles selon l'usage accoutumé, il se retira dans la ville de Bethléem, pour arranger sa maison et pourvoir aux choses nécessaires pour les noces. Mais la Vierge du Seigneur Marie, avec sept autres Vierges de son âge et sevrées avec elle, qu'elle avait reçues du prêtre, s'en retourna en Galilée dans la maison de ses parents.
Or, en ces jours-là, c'est-à-dire au premier temps de son arrivée en Galilée, l'Ange Gabriel lui fut envoyé de Dieu pour lui annoncer qu'elle concevrait le Seigneur et lui exposer la manière et l'ordre de la conception. Etant entré vers elle, il remplit la chambre où elle demeurait d'une grande lumière, et, la saluant avec une très grande vénération, il lui dit : « Je te salue, Marie, Vierge du Seigneur, très agréable à Dieu, pleine de grâce ; le Seigneur est avec toi ; tu es bénie par-dessus toutes les femmes, tu es bénie par-dessus tous les hommes nés jusqu'à présent. » Et la Vierge, qui connaissait déjà bien les visages des Anges, et qui était accoutumée à la lumière céleste, ne fut point effrayée de voir un Ange, ni étonnée de la grandeur de la lumière, mais son seul discours la troubla, et elle commença à penser quelle pouvait être cette salutation si extraordinaire, ce qu'elle présageait ou quelle fin elle devait avoir. L'Ange, divinement inspiré, allant au devant de cette pensée : « Ne crains point, dit-il, Marie, comme si je cachais par cette salutation quelque chose de contraire à ta chasteté. C'est pourquoi, étant Vierge, tu concevras sans péché et tu enfanteras un fils. Celui-là sera grand, parce qu'il dominera depuis la mer jusqu'à la mer, et depuis le fleuve jusqu'aux extrémités de la terre. Et il sera appelé le Fils du Très-Haut, parce qu'en naissant humble sur la terre, il règne élevé dans le Ciel. Et le Seigneur Dieu lui donnera le siège de David son père, et il régnera à jamais dans la maison de Jacob, et son règne n'aura point de fin. Il est lui-même le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs, et son trône subsistera dans le siècle du siècle. » La Vierge crut à-ces paroles de l'Ange, mais, voulant savoir la manière, elle répondit : « Comment cela pourra-t-il se faire? car, puisque, suivant mon vœu, je ne connais point d'homme, comment pourrai-je enfanter sans cesser d'être vierge ? » A cela l'Ange lui dit : « Ne pense pas, Marie, que tu doives concevoir d'une manière humaine. Car, sans avoir de rapport avec nul homme, tu concevras en restant vierge ; vierge, tu enfanteras ; vierge, tu nourriras. Car le Saint-Esprit surviendra en toi, et la vertu du Très-Haut te couvrira de son ombre contre toutes les ardeurs de l'impureté. Car tu as trouvé grâce devant le Seigneur, parce que tu as choisi la chasteté. C'est pourquoi ce qui naîtra de toi sera seul Saint, parce que seul conçu et né sans péché, il sera appelé le Fils de Dieu. » Alors Marie, étendant les mains et levant les yeux, dit : « Voici la servante du Seigneur (car je ne suis pas digne du nom de maîtresse) ; qu'il me soit fait suivant ta parole. » (Il serait trop long et même ennuyeux de rapporter ici tout ce qui a précédé ou suivi la naissance du Seigneur. C'est pourquoi passant ce qui se trouve plus au long dans l'Évangile, finissons par ce qui n'y est pas si détaillé.[1]
Joseph donc venant de la Judée dans la Galilée avait intention de prendre pour femme la Vierge avec laquelle il était fiancé. Car trois mois s'étaient déjà écoulés, et le quatrième approchait depuis le temps que les fiançailles avaient eu lieu. Cependant le ventre de la fiancée grossissant peu à peu, il commença à se manifester qu'elle était enceinte, et cela ne put pas être caché à Joseph. Car entrant auprès de la Vierge plus librement comme étant son époux, et parlant plus familièrement avec elle, il s'aperçut qu'elle était enceinte. C'est pourquoi il commença à avoir l'esprit agité et incertain; parce qu'il ignorait ce qu'il avait à faire de mieux. Car il ne voulut point la dénoncer, parce qu'il était juste, ni la diffamer par le soupçon de fornication, parce qu'il était pieux. C'est pourquoi il pensait à rompre son mariage secrètement et à la renvoyer en cachette. Comme il avait ces pensées, voici que l'Ange du Seigneur lui apparut en songe disant : « Joseph, fils de David, n'aie aucune crainte, et ne conserve aucun soupçon de fornication contre la Vierge, et ne pense rien de désavantageux à son sujet, et ne redoute point de la prendre pour femme. Car ce qui est né en elle, et qui tourmente actuellement ton esprit, est l'œuvre, non d'un homme, mais du Saint-Esprit, Car, seule entre toutes les Vierges, elle enfantera le Fils de Dieu, et tu l'appelleras du nom de Jésus, c'est-à-dire Sauveur, car c'est lui qui sauvera son peuple de leurs péchés. » Joseph, se conformant au précepte de l'Ange, prit donc la Vierge pour femme ; cependant il ne la connut pas, mais en ayant soin chastement, il la garda. Et déjà le neuvième mois depuis la conception approchait, lorsque Joseph, ayant pris sa femme et les autres choses qui lui étaient nécessaires, s'en alla à la ville de Bethléem d'où il était. Or, il arriva, lorsqu'ils y furent, que le terme étant accompli, elle enfanta son fils premier-né, comme l'ont enseigné les Saints Évangélistes, Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui, étant Dieu avec le Père, le Fils et l'Esprit-Saint vit et règne pendant tous les siècles des siècles.
4. Le processus de conversion
« On ne naît pas chrétien, on le devient », écrivit Tertullien (4), à la fin
du 2ème siècle. Ces mots pourraient notamment signifier que, de son temps, la grande majorité des fidèles n’étaient pas - comme ce sera le cas à partir du quatrième siècle - les enfants de
parents chrétiens, mais des gens nés païens, venus à l'Eglise par une conversion à la foi en Jésus-Christ. Le baptême - sacrement de l'incorporation à l'Église - constituait alors
l'aboutissement d'un long processus d’initiation chrétienne.
Ce processus, entamé par la conversion, se poursuivait tout au long du “catéchuménat”, une période d’épreuve et d’instruction catéchétique, institué de manière régulière depuis la fin du 2ème siècle. Le centre de la vie liturgique des chrétiens était le Sacrifice Eucharistique, qui était offert au moins le dimanche, soit dans une demeure chrétienne - siège de quelque “église domestique” - soit dans des lieux destinés au culte, lesquels commencèrent à apparaître dès le 3ème siècle.
5. La diversité culturelle des chrétiens
Les anciennes communautés chrétiennes étaient constituées de toutes sortes de personnes, sans distinction de classe ni de condition. Dès les temps apostoliques, l’Eglise fut ouverte aux juifs comme aux gentils, aux pauvres et aux riches, aux hommes libres comme aux esclaves. Il est certain que la majeure partie des chrétiens des premiers siècles étaient des gens d’humble condition, et un intellectuel païen hostile au christianisme, Celse (5), se moquait avec mépris de ses tisserands, de ses cordonniers, de ses lavandières et autres personnes sans culture, qui propageaient l’Evangile en tous lieux.
Cependant, c’est un fait indubitable que, depuis le 1er siècle, des personnalités de l’aristocratie romaine embrassèrent le christianisme. ce fait devait revêtir une telle ampleur, deux siècles plus tard, que l’un des édits de persécution de l’Empereur Valérien fut spécialement dirigé contre les sénateurs, les nobles et les fonctionnaires impériaux chrétiens.
6. La structure des communautés paléo-chrétiennes
La structure interne de la communauté chrétienne était hiérarchique. L'évêque - chef de l'église locale - était assisté du clergé, dont les degrés supérieurs - les ordres des prêtres et des diacres - étaient, comme l’épiscopat, d’institution divine. Les clercs mineurs, assignés à des fonctions ecclésiastiques déterminées, sont apparus au cours de ces siècles. Les fidèles qui devenaient membres du Peuple de Dieu étaient, dans leur immense majorité, des chrétiens ordinaires, mais certains d’entre-eux se distinguaient cependant pour une raison ou une autre.
A l'âge apostolique, nombreux étaient les charismatiques, qui, pour le service de l’Eglise, avaient reçu des dons extraordinaires de l’Esprit-Saint. Ces charismatiques ont joué un rôle majeur dans l'Église primitive, mais ils constituèrent un phénomène transitoire qui s’éteignit pratiquement au premier siècle de l'ère chrétienne. Tant que dura l’époque des persécutions, les « confesseurs de la foi » jouirent d’un prestige particulier. On les appelait ainsi parce qu’ils avaient « confessé » leur foi comme les martyrs, bien qu’ils aient survécu à la prison et à la torture.
Il faut encore mentionner d’autres fidèles chrétiens, qui tiraient de leur vie ou de leurs ministères un statut particulier au sein des églises : les veuves, qui, depuis les temps apostoliques, formaient un ”ordre” et assumaient un ministère avec d’autres femmes ; les ascètes et les vierges, qui embrassaient le célibat « pour l’amour du Royaume des cieux » et constituaient, selon saint Cyprien (6), « la partie la plus glorieuse du troupeau du Christ. »
7. L’apologie du christianisme primitif
Les premiers chrétiens ont subi la dure épreuve externe des persécutions. L'Eglise dut cependant affronter, à l’intérieur, une autre épreuve, qui n’était pas moins redoutable : la défense de la vérité contre des courants idéologiques qui cherchaient à saper les principes fondamentaux de la foi chrétienne. Les anciennes hérésies - ainsi qu’on appelait ces courants de pensée - peuvent être divisées en trois groupes distincts.
Le premier groupe correspond à un judéo-christianisme hérétique qui niait la divinité de Jésus-Christ et la puissance rédemptrice de sa mort. Pour lui, la mission messianique de Jésus se bornait à porter le judaïsme à sa perfection, par la pleine observance de la loi.
Un deuxième groupe d'hérésies - d’apparition plus tardive - se caractérisait par son rigorisme moral fanatique, stimulé par la croyance en une fin des temps imminente. Au 2ème siècle, la plus connue de ces hérésies fut le montanisme (7). Cependant, dans l’Afrique latine, l’extrémisme rigoriste sera toujours l’une des composantes du donatisme (8) au début du 4ème siècle.
Mais la plus grande menace à laquelle l’Eglise chrétienne ait dû faire face, durant l’âge des martyrs, fut, sans aucun doute, l’hérésie gnostique. Le gnosticisme était un grand courant idéologique tendant au syncrétisme religieux, très en vogue au cours des derniers siècles de l’Antiquité. Constituant une véritable école intellectuelle, il se présentait comme une sagesse supérieure, uniquement accessible à une minorité “d’initiés”. Face au christianisme, son but était de disqualifier les vérités de la foi, en présentant les doctrines gnostiques comme l’expression de la tradition chrétienne la plus sublime, que le Christ était supposé avoir réservée à ses disciples les plus intimes. Le représentant le plus notable du gnosticisme chrétien fut Marcion (9). L'Eglise a réagi avec fermeté et les Pères apostoliques (10) ont démontré l'incompatibilité absolue de cette doctrine avec le christianisme.
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NOTES
(1) Saint Ignace [né vers 35 - mort vers 113], d’origine syrienne, fut le troisième évêque d’Antioche, après saint Pierre et Evode.
(2) Saint Irénée [né vers 130 - mort en 202], originaire de Smyrne, en Asie mineure, mort à Lyon, om ses reliques sont toujours conservées et vénérées.
(3) Clément Ier, du Clément le romain, 4ème Pape, martyrisé sous l’Empereur Trajan vers 99. On peut lire la Lettre aux Corinthiens évoquée ici dans Les écrits des Pères apostoliques, Ed. du Cerf. 2001.
(4) Tertullien [né dans la seconde moitié du 2ème siècle à Carthage - mort vers 230-240 à Carthage], issu d’une famille berbère romanisée et païenne. Converti à la fin du 2ème siècle au christianisme il en est devient le plus brillant apologète. Il rejoint cependant le mouvement hérétique montaniste à la fin de sa vie.
(5) Celse, philosophe épicurien du 2ème siècle, auteur d’un Discours véritable (perdu), contre le christianisme, dont le contenu n’est connu que par la réfutation qu’en fit Origène.
(6) Saint Cyprien [né vers 200 - mort en 258], évêque de Carthage, Père et Docteur de l’Eglise.
(7) Du nom de Montanus, originaire de l’actuelle Turquie, ancien prêtre des idoles, converti au christianisme.
(8) Du nom de Donat, évêque en Numidie, dont le courant refusait de reconnaître la validité des sacrements donnés par les évêques qui avaient failli lors des persécutions de Dioclétien (303-305).
(9) Originaire de l’actuelle Turquie, gagné aux doctrines gnostiques à Rome, excommunié en 144, mort vers 160.
(10) Les “Pères apostoliques” désignent les écrivains qui ont suivi immédiatement les Apôtres, depuis la fin du 1er siècle aux débuts du 2ème siècle. Parmi eux figurent Clément de Rome, Ignace d’Antioche, Hermas. De culture plutôt juive que grecque, ils s’adressaient à des gens simples, sans référence philosophique, en se fondant seulement sur les Livres saints. Leurs oeuvres ont une importance théologique considérable comme premier maillon de l’expression de la tradition.
Les Evangiles apocryphes
II - Evangile de la nativité de marie (chapitres 1 à 5)
Durant plusieurs siècles, ce texte jouit, en Orient, de la plus grande célébrité ; il fut d'abord accueilli avec un peu plus de froideur en Occident. Une tradition, que l'on ne discutait point alors, l'attribuait à saint Mathieu, et voulait qu'elle eût été écrite en hébreu ; la traduction, qui s'en répandit vers le sixième siècle, fut donnée comme l'œuvre de saint Jérôme ; et les éditeurs des œuvres complètes de ce Père ont cru pouvoir l'admettre dans leurs éditions, tout en s’inscrivant en faux contre une assertion qui n'est plus susceptible d'avoir un seul partisan.
Cet Évangile est l'un des moins chargés de circonstances fabuleuses et de miracles supposés ; quelques-uns des récits qu'il renferme sont mentionnés et signalés comme dénués de fondement dans les écrits de divers Pères de l'Église, tels que saint Augustin et saint Jérôme. Tel qu'il nous est parvenu, pouvons considérer qu’il a été écrit au sixième siècle ; Au neuvième siècle, la célèbre religieuse de Gandesheim, Hroswitha , en reproduisit les principaux traits dans un poème latin en vers hexamètres que nous rencontrons dans ses œuvres (Historia nativatis laudabilisque conversationis intactœ Dei genitricis, p. 73 de l'édit de 1707). Ils passèrent dans la Légende dorée ; ils figurèrent dans la Vie de Jésus-Christ, que composa Ludolphe le Saxon, prieur des Chartreux de Strasbourg,
L’Évangile de la Nativité de Marie nous est parvenu en latin ; plusieurs fois réimprimé dans des collections étendues, il présente partout un texte uniforme, et il ne paraît point qu'il en existe de manuscrits où se rencontrent des variantes dignes d'attention.
A droite : Joachim est exaucé, par la naissance de sa fille, la Très Sainte Vierge Marie.
Giovanni Francesco Da Rimini 1440, Musée du Louvre, Paris
Joachim et Anne la stérile
La bienheureuse et glorieuse Marie toujours vierge, de la race royale et de la famille de David, naquit dans la ville de Nazareth, et fut élevée à Jérusalem, dans le temple du Seigneur. Son père se nommait Joachim et sa mère Anne. La famille de son père était de Galilée et de la ville de Nazareth, celle de sa mère était de Bethléem. Leur vie était simple et juste devant le Seigneur, pieuse et irréprochable devant les hommes : car, ayant partagé tout leur revenu en trois parts, ils dépensaient la première pour le temple et pour les ministres du temple ; la seconde, ils la distribuaient aux pèlerins et aux pauvres, et ils réservaient la troisième pour leurs besoins et pour ceux de leur famille. Ainsi chéris de Dieu et des hommes, il y avait près de vingt, ans qu'ils vivaient chez eux dans un chaste mariage sans avoir d’enfants. Ils firent le vœu, si Dieu leur en accordait un, de le consacrer au service du Seigneur, et c'était dans ce dessein qu'à chaque fête de l'année ils avaient coutume d'aller au temple du Seigneur.
Or, il arriva que, comme la fête de la Dédicace approchait, Joachim monta à Jérusalem avec quelques-uns de sa tribu. C'était alors Issachar qui était grand-prêtre. Lorsqu'il aperçut Joachim parmi les autres avec son offrande, il le rebuta et méprisa ses dons, en lui demandant comment étant stérile, il avait la hardiesse de paraître parmi ceux qui ne l’étaient pas, et disant que, puisque Dieu l'avait jugé indigne d'avoir des enfants, ses dons n'étaient nullement dignes de Dieu ; l’Écriture portant :« Maudit celui qui n'a point engendré de mâle en Israë » ; et il dit que Joachim n'avait qu'à commencer d'abord par se laver de la tache de cette malédiction en ayant un enfant, et qu’ensuite il pourrait paraître devant le Seigneur avec ses offrandes. Joachim, rempli de confusion de ce reproche outrageant, se retira auprès des bergers qui étaient avec ses troupeaux dans ses pâturages : car il ne voulut pas revenir en sa maison de peur que ceux de sa tribu qui étaient avec lui ne lui fissent le même reproche humiliant qu'ils avaient entendu de la bouche du prêtre.
Or, quand il y eut passé quelque temps, un jour qu'il était seul, l'Ange du Seigneur lui apparut avec une immense lumière. Cette vision l’ayant troublé, l'Ange calma sa crainte, lui disant : « Ne crains point, Joachim, et ne te trouble pas à mon aspect ; car je suis l'Ange du Seigneur ; il m'a envoyé vers toi pour t'annoncer que tes prières sont exaucées, et que tes aumônes sont montées jusqu'en en sa présence. Car il a vu ta honte, et il a entendu le reproche de stérilité qui t'a été adressé injustement. Or, Dieu punit le péché et non la nature ; c'est pourquoi lorsqu'il rend quelqu'un stérile, ce n'est que pour faire ensuite éclater ses merveilles et montrer que l'enfant qui naît est un don de Dieu, et non pas le fruit d'une passion désordonnée. Car Sara, la première mère de votre nation, ne fut-elle pas stérile jusqu'à l'âge de quatre-vingts ans ? et cependant au dernier âge de la vieillesse elle engendra Isaac, auquel la bénédiction de toutes les nations était promise. De même Rachel, si agréable au Seigneur et si fort aimée du saint homme Jacob, fut longtemps stérile, et cependant elle engendra Joseph, qui devint le maître de l'Egypte et le libérateur de plusieurs nations prêtes à mourir de faim. Lequel de vos chefs a été plus fort que Samson, ou plus saint que Samuel ? et cependant ils eurent tous les deux des mères stériles. Si donc la raison ne te persuade pas par mes paroles, crois à la force des exemples qui montrent que les conceptions longtemps différées et les accouchements stériles n'en sont d'ordinaire que plus merveilleux. Ainsi ta femme Anne enfantera une fille et tu la nommeras Marie, elle sera consacrée au Seigneur dès son enfance, comme vous en avez fait le vœu, et elle sera remplie du Saint-Esprit, même dès le sein de sa mère. Elle ne mangera ni ne boira rien d'impur ; elle n'aura aucune société avec la foule du peuple au dehors, mais sa demeure sera dans le temple du Seigneur, de peur qu'on ne puisse soupçonner ou dire quelque chose de désavantageux sur elle. C'est pourquoi en avançant en âge, comme elle-même doit naître d'une mère stérile, de même cette Vierge incomparable engendrera le Fils du Très-Haut, qui sera appelé Jésus, et sera le Sauveur de toutes les nations selon l'étymologie de ce nom. Et voici le signe que tu auras des choses que je t'annonce. Lorsque tu arriveras à la porte d'or qui est à Jérusalem, tu y v trouveras Anne ton épouse, Anne qui viendra au devant de toi, laquelle aura autant de joie de te voir qu'elle avait eu d'inquiétude du délai de ton retour. » Après ces paroles, l'Ange s'éloigna de lui.
Ensuite il apparut à Anne, l'épouse de Joachim, disant : « Ne crains point, Anne, et ne pense pas que ce que tu vois soit un fantôme. Car je suis ce même Ange qui ai porté en présence de Dieu vos prières et vos aumônes, et maintenant je suis envoyé vers vous pour annoncer qu'il vous naîtra une fille, laquelle sera appelée Marie, et qui sera bénie sur toutes les femmes. Elle sera remplie de la grâce du Seigneur aussitôt après sa naissance ; elle restera trois ans dans la maison paternelle pour être sevrée, après quoi elle ne sortira point du temple, où elle sera engagée au service du Seigneur jusqu'à l'âge de raison, servant Dieu nuit et jour par des jeûnes et des oraisons ; elle s'abstiendra de tout ce qui est impur, ne connaîtra jamais d'homme, mais seule sans exemple, sans tache, sans corruption, cette Vierge, sans mélange d'homme, engendrera un fils ; cette servante enfantera le Seigneur, le Sauveur du monde par sa grâce, par son nom et par son œuvre. Lève-toi donc, va à Jérusalem, et lorsque tu seras arrivée à la Porte d'or, ainsi nommée parce qu'elle est dorée, tu auras pour signe au devant toi ton mari dont l'état de la santé te rend inquiète. Lors donc que ces choses seront arrivées, sache que les choses que je t'annonce s'accompliront indubitablement. »
Se conformant donc au commandement de l'Ange, l'un et l'autre, partant du lieu où ils étaient, montèrent à Jérusalem, et, lorsqu'ils furent arrivés au lieu désigné par la prédiction de l'Ange, ils s'y trouvèrent l'un au devant de l'autre. Alors, joyeux de se revoir mutuellement et rassurés par la certitude de la race promise, ils rendirent grâce comme ils le devaient au Seigneur qui élève les humbles. C'est pourquoi, ayant adoré le Seigneur, ils retournèrent à leur maison, où ils attendaient avec assurance et avec joie la promesse divine. Anne conçut donc, et elle mit au monde une fille, et suivant le commandement de l'Ange, ses parents l'appelèrent du nom de Marie.
Les évangiles apocryphes
I - Le Protévangile de Jacques (chapitres 4 à 9)
Apparition d’un Ange à Anne et à Joachim et naissance de Marie
IV.1. Et voici qu'un ange du Seigneur apparut, disant : " Anne, Anne, le Seigneur Dieu a entendu ta prière. Tu concevras, tu enfanteras et l'on parlera de ta postérité dans la terre entière. " Anne répondit : " Aussi vrai que vit le Seigneur Dieu, je ferai don de mon enfant, garçon ou fille, au Seigneur mon Dieu et il le servira tous les jours de sa vie.
IV.2. Et voici, deux messagers survinrent, qui lui dirent : " Joachim, ton mari, arrive avec ses troupeaux. Un ange du Seigneur est descendu auprès de lui, disant : "Joachim, Joachim, le Seigneur Dieu a exaucé ta prière. Descends d'ici. Voici que Anne ta femme a conçue en son sein".
IV.3. Aussitôt Joachim est descendu, il a convoqué ses bergers, leur disant : " Apportez-moi ici dix agneaux sans tache ni défaut. Ces dix agneaux seront pour le Seigneur Dieu. Apportez-moi aussi douze veaux bien tendres et les douze veaux seront pour les prêtres et le Conseil des Anciens. Aussi cent chevreaux, et les cent chevreaux seront pour tout le peuple. "
IV. 4. Joachim arriva avec ses troupeaux. Anne l'attendait, aux portes de la ville. Dès qu'elle le vit paraître avec ses bêtes, elle courut vers lui, se suspendit à son cou et s'écria : " Maintenant je sais que le Seigneur Dieu m'a comblée de bénédictions ! Voici : la veuve n'est plus veuve et la stérile a conçu ! " Et Joachim, ce premier jour, resta chez lui à se reposer.
V.1. Le lendemain, il apportait ses offrandes : " Si le Seigneur Dieu m'a été favorable, pensait-il, la lame d'or du prêtre me le révélera. " Il présenta ses offrandes, et scruta la tiare du prêtre quand celui-ci monta à l'autel du Seigneur ; et il sut qu'il n'y avait pas de faute en lui. " Maintenant, dit-il, je sais que le Seigneur Dieu m’a fait grâce et m'a remis tous mes péchés. " Et il descendit du temple du Seigneur, justifié, et rentra chez lui.
V.2. Six mois environ s'écoulèrent ; le septième, Anne enfanta. " Qu'ai-je mis au monde ? " demanda-t-elle à la sage-femme. Et celle-ci répondit : " Une fille. " Et Anne dit : " Mon âme a été exaltée en ce jour ! " Et elle coucha l'enfant. Quand les jours furent accomplis, Anne se purifia, donna le sein à l'enfant et l'appela du nom de Marie.
VI.1. De jour en jour, l'enfant se fortifiait. Quand elle eut six mois, sa mère la mit par terre, pour voir si elle tenait debout. Or l'enfant fit sept pas, puis revint se blottir auprès de sa mère. Celle-ci la souleva, disant : " Aussi vrai que vit le Seigneur mon Dieu, tu ne marcheras pas sur cette terre, que je ne t'ai menée au temple du Seigneur. " Et elle apprêta un sanctuaire dans sa chambre et elle ne laissait jamais sa fille toucher à rien de profane ou d'impur. Et elle invita les filles des Hébreux, qui étaient sans tache, et celles-ci la divertissaient.
VI.2. Quand l'enfant eut un an, Joachim donna un grand festin où il convia les grands prêtres, les prêtres, les scribes, les Anciens et tout le peuple d'Israël. Il présenta l'enfant aux prêtres qui la bénirent : " Dieu de nos pères disaient-ils, bénis cette enfant, et donne-lui un nom illustre à jamais, dans toutes les générations. " Et tout le peuple s'écria : " Qu'il en soit ainsi ! Amen ! " Et ils la présentèrent aux grands-prêtres, et ceux-ci la bénirent, disant : " Dieu des hauteurs, abaisse ton regard sur cette petite fille et bénis-la d'une bénédiction suprême, qui surpasse toute bénédiction. "
VI.3. Et sa mère l'emporta dans le sanctuaire de sa chambre et elle lui donna le sein. Anne éleva un chant au Seigneur Dieu : " Je chanterai un cantique sacré au Seigneur mon Dieu, parce qu'il m'a visitée et m'a enlevé l'outrage de mes ennemis. Et le Seigneur mon Dieu m'a donné un fruit de sa justice, unique et considérable devant sa face. Qui annoncera aux fils de Ruben qu'Anne donne le sein ? Écoutez, écoutez, ô les douze tribus d'Israël : « Anne donne le sein ! ». Et elle reposa l'enfant dans le sanctuaire de sa chambre, sortit et servit ses hôtes. Quand le banquet fut achevé, ils descendirent joyeux et ils glorifièrent le Dieu d'Israël.
VII.1. Les mois se succédèrent : l'enfant atteignit deux ans. Joachim dit : " Menons-la au temple du Seigneur, pour accomplir la promesse que nous avons faite. Sinon le Maître s'irriterait contre nous et rejetterait notre offrande. " Mais Anne répondit : " Attendons sa troisième année, de peur qu'elle ne réclame son père ou sa mère. " Joachim opina : " Attendons. "
Marie au Temple
VII.2. Quand l'enfant eut trois ans, Joachim dit : " Appelons les filles des Hébreux, celles qui sont sans tache. Que chacune prenne un flambeau et le tienne allumé : ainsi, Marie ne se retournera pas et son cœur ne sera pas retenu captif hors du temple du Seigneur. " L'ordre fut suivi, et elles montèrent au temple du Seigneur. Et le prêtre accueillit l'enfant et l'ayant embrassée, il la bénit et dit : " Le Seigneur Dieu a exalté ton nom parmi toutes les générations. En toi, au dernier des jours, le Seigneur manifestera la rédemption aux fils d'Israël. "
VII.3. Et il la fit asseoir sur le troisième degré de l'autel. Et le Seigneur Dieu répandit sa grâce sur elle. Et ses pieds esquissèrent une danse et toute la maison d'Israël l'aima.
VIII.1. Ses parents descendirent, émerveillés, louant et glorifiant le Dieu souverain qui ne les avait pas dédaignés. Et Marie demeurait dans le temple du Seigneur, telle une colombe, et elle recevait sa nourriture de la main d'un ange.
VIII. 2. Quand elle eut douze ans, les prêtres se consultèrent et dirent : " Voici que Marie a douze ans, dans le temple du Seigneur. Que ferons-nous d'elle, pour éviter qu'elle ne rende impur le sanctuaire du Seigneur notre Dieu ? " Et ils dirent au grand-prêtre : " Toi qui gardes l'autel du Seigneur, entre et prie au sujet de cette enfant. Ce que le Seigneur te dira, nous le ferons. "
VIII. 3. Et le prêtre revêtit l'habit aux douze clochettes, pénétra dans le Saint des Saints et se mit en prière. Et voici qu'un ange du Seigneur apparut, disant : " Zacharie, Zacharie, sors et convoque les veufs du peuple. Qu'ils apportent chacun une baguette. Et celui à qui le Seigneur montrera un signe en fera sa femme ».Des hérauts s'égaillèrent dans tout le pays de Judée et la trompette du Seigneur retentit, et voici qu'ils accoururent tous.
IX.1. Joseph jeta sa hache et lui aussi alla se joindre à la troupe. Ils se rendirent ensemble chez le prêtre avec leurs baguettes. Le prêtre prit ces baguettes, pénétra dans le temple et pria. Sa prière achevée, il reprit les baguettes, sortit et les leur rendit. Aucune ne portait de signe. Or Joseph reçut la sienne le dernier. Et voici qu'une colombe s'envola de sa baguette et vint se percher sur sa tête. Alors le prêtre dit : " Joseph, Joseph, tu es l'élu : c'est toi qui prendras en garde la vierge du Seigneur. "
IX.2. Mais Joseph protesta : " J'ai des fils, je suis un vieillard et elle est une toute jeune fille. Ne vais-je pas devenir la risée des fils d'Israël ? " " Joseph, répondit le prêtre, crains le Seigneur ton Dieu, et souviens-toi du sort que Dieu a réservé à Dathan, Abiron et Corê. La terre s'entrouvrit et les engloutit tous à la fois, parce qu'ils lui avaient résisté. Et maintenant, Joseph, crains de semblables fléaux sur ta maison ! "
IX. 3. Très ému, Joseph prit la jeune fille sous sa protection et lui dit : " Marie, le temple du Seigneur t'a confiée à moi. Maintenant je te laisse en ma maison. Car je pars construire mes bâtiments. Je reviendrai auprès de toi. Le Seigneur te gardera. "
Les Evangiles apocryphes
Neuf mois après avoir fêté la conception immaculée de Marie le 8 décembre, l’Église commémore sa naissance ou « Nativité » le 8 septembre. Nombre des détails que la liturgie présente aux fidèles ont été influencés par un écrit apocryphe, le Protévangile [ou Premier Évangile] de Jacques qui date de l’an 150 environ. Par exemple, les noms des parents de Marie, Anne et Joachim, ne figurent pas dans les Écritures canoniques. Rien, aucun témoignage apostolique ne vient confirmer cela avant le Protévangile de Jacques. L’Église ne place pas ce document au même niveau que l’Écriture Sainte. Il est toutefois possible d’accepter la vérité spirituelle qui sous-tend ce récit, sans nécessairement en attribuer à chaque détail une exactitude littérale et historique. La signification profonde de ce texte est que, dès le moment de sa naissance et même bien avant, la Mère de Dieu a été spécialement consacrée par l’Esprit Saint, choisie et marquée par Dieu.
I - Le Protévangile de Jacques (chapitres 1 à 3)
On ne saurait tenir pour certains tous les renseignements que nous donnent le Protévangile de Jacques ; mais il faut sans doute attacher quelque importance à saint Grégoire de Nysse (mort en 394) qui donne Anne et Joachim comme les parents de la sainte Vierge, à saint Sophrone qui montre, à Jérusalem, la maison, « la sainte Probatique où l'illustre Anne enfanta Marie », ou à saint Jean Damascène (mort en 749) qui ajoute que de ferventes prières leur obtinrent dans un âge avancé la naissance d'une fille .
Le nom de " Protévangile " fut donné au XVIe siècle par l'humaniste français qui le publia en Occident, parce que le texte relate des événements antérieurs aux récits des évangiles canoniques. Le plus ancien manuscrit connu (Papyrus Bodmer 5) porte le titre : Nativité de Marie, Révélation de Jacques.
Le livre se dit écrit par l'apôtre Jacques le Mineur, frère de Jésus selon l'Évangile, demi-frère selon ce texte. Il est très ancien (milieu du second siècle) et s'inspire librement des récits canoniques de l'enfance.
L'ouvrage ne doit rien aux judéo-chrétiens, comme en témoigne son ignorance des coutumes juives. Probablement son auteur était-il d'origine païenne, issu de l'Egypte ou de l'Asie Mineure. Il rédigea son texte dans un but apologétique, pour régler, auprès des Grecs et des Juifs, la question délicate de l'incarnation de Jésus.
Or, pas d'incarnation sans l'absolue pureté de Marie, non seulement vierge avant, pendant et après, mais maintenue dès sa conception dans une sorte d'état angélique, où hommes et anges prêtent leur concours.
L'écrit a connu à travers les siècles une grande fortune : il a inspiré d'autres livres du même genre, dont le plus connu est l'évangile du Pseudo-Matthieu (VIe siècle), qui multiplie les miracles. Il est à l'origine de plusieurs fêtes liturgiques, célébration d'Anne et Joachim, Conception et Nativité de Marie, Présentation de la Vierge. L'art chrétien y a abondamment puisé. Mais surtout cette célébration de la pureté a nourri les développements ultérieurs de l'aspect marial.
Joachim et Anne la stérile
I.1. Les histoires des douze tribus racontent qu'un homme fort riche, Joachim, apportait au Seigneur une double offrande, se disant : " Le supplément sera pour tout le peuple, et la part que je dois pour la remise de mes fautes ira au Seigneur, afin qu'il me soit propice. "
I.2. Vint le grand jour du Seigneur, et les fils d'Israël apportaient leurs présents. Or Ruben se dresse devant lui et dit : " Tu n'as pas le droit de déposer le premier tes offrandes, puisque tu n'as pas eu de postérité en Israël. "
I.3. Joachim eut grand chagrin, et il s'en alla consulter les registres des douze tribus du peuple, se disant : " Je verrai bien dans leurs archives si je suis le seul à n'avoir pas engendré en Israël ! " Il chercha, et découvrit que tous les justes avaient suscité une postérité en Israël. Et il se souvint du patriarche Abraham ; sur ses vieux jours, le Seigneur Dieu lui avait donné un fils, Isaac.
I.4. Alors, accablé de tristesse, Joachim ne reparut pas devant sa femme, et il se rendit dans le désert ; il y planta sa tente et, quarante jours et quarante nuits, il jeûna, se disant : " Je ne descendrai plus manger ni boire, avant que le Seigneur mon Dieu m'ait visité. La prière sera ma nourriture et ma boisson. "
II.1. Et sa femme Anne avait deux sujets de se lamenter et de se marteler la poitrine. " J'ai à pleurer, disait-elle, sur mon veuvage et sur ma stérilité ! "
II. 2. Vint le grand jour du Seigneur. Judith, sa servante, lui dit : " Jusqu'à quand te désespéreras-tu ? C'est aujourd'hui le grand jour du Seigneur. Tu n'as pas le droit de te livrer aux lamentations. Prends donc ce bandeau que m'a donné la maîtresse de l'atelier. Je ne puis m'en orner, car je ne suis qu'une servante, et il porte un insigne royal. "
II.3. Anne lui dit : " Arrière, toi ! Je n'en ferai rien, car le Seigneur m'a accablée d'humiliations. Et peut-être ce présent te vient-il d'un voleur et tu cherches à me faire complice de ta faute. Et Judith la servante dit : " Quel mal dois-je te souhaiter encore, de rester sourde à ma voix ? Le Seigneur Dieu a clos ton sein et ne te donne point de fruit en Israël ! "
II.4. Alors Anne, malgré son désespoir, ôta ses habits de deuil, se lava la tête et revêtit la robe de ses noces. Et vers la neuvième heure, elle descendit se promener dans son jardin. Elle vit un laurier et s'assit à son ombre. Après un moment de repos, elle invoqua le Maître : " Dieu de mes pères, dit-elle, bénis-moi, exauce ma prière, ainsi que tu as béni Sarah, notre mère, et lui as donné son fils Isaac. "
III.1. Levant les yeux au ciel, elle aperçut un nid de passereaux dans le laurier. Aussitôt elle se remit à gémir : " Las, disait-elle, qui m'a engendrée et de quel sein suis-je sortie ? Je suis née, maudite devant les fils d'Israël. On m'a insultée, raillée et chassée du temple du Seigneur mon Dieu.
III.2. Las, à qui se compare mon sort ? Pas même aux oiseaux du ciel, car les oiseaux du ciel sont féconds devant ta face, Seigneur. Las, à qui se compare mon sort ? Pas même aux animaux stupides, car les animaux stupides sont eux aussi féconds devant toi, Seigneur. Las, à quoi se compare mon sort ? Non plus aux bêtes sauvages de la terre, car les bêtes sauvages de la terre sont fécondes devant ta face, Seigneur.
III.3. Las, à quoi se compare mon sort ? A ces eaux non plus, car ces eaux sont tantôt calmes tantôt bondissantes, et leurs poissons te bénissent, Seigneur. Las, à qui se compare mon sort ? Pas même à cette terre, car la terre produit des fruits en leur saison et te rend gloire, Seigneur. "
Rappel : La
neuvaine consiste à réciter chaque jour 9 Ave Maria en l'honneur du séjour de neuf mois de Marie dans le sein de sa mère et de sa naissance, et à exprimer sa propre demande
particulière. Confession et communions si possible pendant la
neuvaine.
INTRODUCTION
Solennité d'entrée, dit de ce jour André de Crète; fête initiale,
dont le terme est l'union du Verbe et de la chair ; fête virginale, de joie pour tous et de confiance (Oratio I, in Nativit. Deiparae I). — « Toutes les nations, soyez présentes,
s'écrie Jean Damascène ; toute race, toute langue, tout âge, toute dignité, célébrons joyeusement le jour natal de l'allégresse du monde (in Natal. B. M. Homilia I). » — « C'est le
commencement du salut, l'origine de toute fête, proclame à son tour saint Pierre Damien : « voici qu'est née la Mère de l'Epoux! A bon droit, l'univers aujourd'hui tressaille, et
l'Eglise, transportée, module des motifs d'épithalame en ses chœurs » (Sermo XLV, in Nativit. B. M. V).
Et Saint Jean Damascène, dans l’homélie pour la Nativité de Marie déclare :
« Célébrons avec joie la naissance de la Vierge Marie, par elle nous est venu le Soleil de justice, le Christ notre Dieu. Il nous a libérés de la malédiction et nous donne la bénédiction, il a vaincu la mort et nous accorde la Vie éternelle. La joie universelle a jailli pour nous de deux justes : de Joachim et d’Anne est née la Vierge que nous célébrons. Elle est toute pure et devient le temple du Très-Haut. En elle seule nous reconnaissons la Mère de Dieu.
« Puisque la Vierge Mère de Dieu devait naître de sainte Anne, la nature n'a pas osé anticiper sur la grâce : la nature demeura stérile jusqu'à ce que la grâce eût porté son fruit. Il fallait qu'elle naisse la première, celle qui devait enfanter le premier-né antérieur à toute créature, en qui tout subsiste. Joachim et Anne, heureux votre couple ! Toute la création est votre débitrice. C'est par vous, en effet, qu'elle a offert au Créateur le don supérieur à tous les dons, une mère toute sainte, seule digne de celui qui l'a créée ».
A l’origine, nous ne pouvons vraiment parler d’une dévotion certaine à la naissance de Marie, si ce n’est que de son divin Fils, Jésus.
Les premières traces connues sont, sans aucun doute, les textes apocryphes postérieurs aux Evangiles, comme le Protévangile de Jacques au 2° siècle, vers l’an 150. L'origine de la commémoration liturgique de la Nativité de la Vierge Marie est liée à l'église édifiée au 5° siècle à Jérusalem, dans les environs de la piscine probatique (Piscine de Bethesda), qui, pour la tradition (Protévangile de Jacques, chapitre 3, verset 3) était le lieu de la maison de Joachim et Anne (les parents de Marie). Depuis le 6° siècle, la Nativité de Marie fut fêtée aussi à Byzance, où elle ouvre l'Année liturgique byzantine. Le sanctuaire marial à Jérusalem, a été le berceau de sa naissance, puisque le culte y devint intense a partir du 7° siècle, lors de la fête de l’Annonciation le 25 mars et la Nativité de Marie le 8 septembre, fêtes décrétées par l’Empereur Maurice.
L’Eglise de Jérusalem fut donc la première à honorer le souvenir de la naissance de Marie, qu’elle célébrait dans une basilique construite que l’emplacement de la maison, où selon les traditions, serait née Marie.
Si l’Eglise célébrait la nativité le 8 du mois de septembre, cela veut dire que sa conception se serait produite neuf mois plus tôt, le 8 du mois de Décembre. Les orthodoxes orientaux qui n’acceptent pas la plupart du temps l’Immaculée Conception, célèbrent ce jour le 8 décembre, jour où la mère de la Vierge l’a conçue.
C’est ensuite a Rome, sous le Pontificat du Pape Serge I, au 7° siècle, que l’on trouvera une trace incontestable de la célébration de la Nativité de la Sainte Vierge où le Pape, en sandales, faisait la procession de la basilique Saint-Adrien à celle de Sainte Marie Majeure.
Le Pape Benoît XIV au 18° siècle racontait également que, chaque année, le 8 septembre, un solitaire pèlerin curieux des chants célestes qu’il entendait, s’interrogea ; c’est alors qu’on lui répondu que c’était en l’honneur de la naissance de la Vierge Marie qui se célébrait au Ciel, et qu’il était normal, étant née parmi les hommes, qu’elle soit célébrée sur terre. Le solitaire se rendit alors auprès du Pape qui, au récit de la vision, institua la fête de la Nativité de Marie.
De Rome, la fête s’était étendu à l’Ouest, puis apparut en France, et porta longtemps le titre de Notre-Dame Angevine, appelée même souvent et tout simplement fête de l’Angevine ou en latin « Feria Andegavensis », qui rappelle que la Vierge apparut en l’an 430 près de Saint-Florent, au sanctuaire du Marillais, au saint évêque Maurille d’Angers (originaire de Milan lui aussi) pour lui demander l’institution de la fête de sa Nativité.
La dévotion se propagea alors un peu partout dans l’occident et apparut en l’an 1007 dans la ville de Milan à l’initiative d’un riche milanais du nom de Folco qui fit construire une église qui sera placée sous le vocable de Santa Maria Fulcorina, et sera consacré au Mystère de la Nativité de Marie. Depuis, chaque année au 8 septembre la fête de la Nativité fut célébrée solennellement. Cette fête, qui, jusque là était encore privée, s’est ensuite étendu dans la ville de Milan après l’élection du pape Innocent IV. Il est à noter qu’il avait donné une messe solennelle et officielle dans la ville de Lyon, son lieu d’exil en 1251, pour que l’église toute entière célèbre la fête de la Nativité. Il se rendit ensuite à Milan où il remercia la Vierge pour sa protection, et accorda à cette occasion une indulgence plénière à tous ceux qui, le jour du 8 septembre, visitait l’église souterraine à Jérusalem.
C’est ensuite au 14° siècle qu’un noble italien, Azzone Visconti, Seigneur général de Milan, contribua à rendre encore plus populaire ce culte avec entre autre l’élévation d’un temple dédié à la Nativité de Marie en 1336.
Un membre de sa famille, Jean Galéas Visconti, décida en 1387, de consacrer un nouveau temple dédié à la Nativité, avant la construction de la Cathédrale de Milan, dont le maitre autel fut consacré en 1418 par le Pape Martin V. Cette forte participation populaire montre que les Milanais étaient empreints d’une forte dévotion pour la fête de la naissance de Marie. On dût ensuite attendre 1572, pour que la fête actuelle fut consacrée par Saint Charles Borromée Aujourd’hui nous pouvons encore lire au dessus de l’entrée principale de la Cathédrale, la gravure en bronze « Maria Nascenti », symboliquement « à Marie Enfant » « à Marie qui naît ».
La fête de la Nativité de la Sainte Vierge a ainsi son origine en Orient, où le Synaxaire de Constantinople, rédigé selon un décret de l'empereur Maurice, la marque déjà au 8 septembre, tandis qu'elle est mentionnée dans les homélies d'André de Crète (mort 740).
On ne vit pas la fête de la Nativité de Marie en France avant l'époque capétienne et sans doute la doit-on à saint Fulbert de Chartres (mort 1028) et au roi Robert II le Pieux (mort en 1031). Et saint Bernard écrit aux chanoines de Lyon : " La sainte Eglise ne se trompe pas quand elle considère ce jour comme saint et le célèbre chaque année à la joie de toute la terre. ". Lorsque mourut le Pape Célestin IV (1243), l'empereur Frédéric II retint les cardinaux prisonniers afin d'empêcher la réunion du conclave ; les cardinaux firent le voeu solennel de donner un octave à cette fête qui existait déjà depuis saint Anselme dans l'Eglise d'Angleterre, s'ils recouvraient leur liberté, ce que fit leur élu, Innocent IV, au premier Concile de Lyon (1245). Grégoire XI institua une vigile qui fut célébrée à Anagni (1377).
Rappel : La neuvaine consiste à réciter chaque jour 9 Ave Maria en l'honneur du séjour de neuf mois de Marie dans le sein de sa mère et de sa naissance, et à exprimer sa propre demande particulière. Confession et communions si possible pendant la neuvaine
SECTION II : LA VIE DE LA CHRETIENTE PRIMITIVE
Les chrétiens formèrent des communautés locales - des églises - sous l’autorité pastorale d’un évêque.
L’évêque de Rome - successeur de l’Apôtre Pierre - exerçait le primat sur toutes les églises. L’eucharistie était le centre de la vie chrétienne. Le rejet du gnosticisme fut la grande victoire
doctrinale de l’Eglise primitive.
1. Introduction
L’expansion du christianisme dans le monde antique s’est adaptée aux structures et aux modes de vie de la société romaine. Après avoir examiné la réalisation progressive du principe d’universalité chrétienne et les relations entre l’Eglise et l’Empire païen, il faut à présent présenter les principaux aspects de la vie interne des chrétientés : leur composition sociale et hiérarchique, le gouvernement pastoral, la doctrine, la discipline, le culte liturgique, etc.
La Rome classique a partout encouragé, de propos délibéré, la propagation de la vie urbaine : les villes et les colonies surgirent en grand nombre dans toutes les provinces d'un empire pour lequel l’urbanisation était synonyme de romanisation. Le christianisme est né dans ce contexte historique et les villes furent le siège des premières communautés, lesquelles y constituèrent des églises locales. Les communautés chrétiennes se trouvaient au milieu d’un environnement païen hostile, qui a favorisé leur cohésion interne et la solidarité entre leurs membres. Cependant, ces églises ne constituaient pas des noyaux isolés et perdus : la communion et la communication entre elles était bien réelles et elles avaient toutes le vif sentiment d'être intégrées dans une même Eglise universelle, l'unique Eglise fondée par Jésus-Christ.
2. Hiérarchie et unité de l'Eglise primitive
De nombreuses églises du 1er siècle ont été fondées par les Apôtres et, tant qu’ils ont vécu, sont restées sous leur autorité supérieure, dirigées par un “collège” de prêtres qui ordonnait leur vie liturgique et disciplinaire. Ce régime peut être attesté en particulier pour les églises “pauliniennes”, fondées par l'Apôtre des Gentils. Mais à mesure que les Apôtres ont disparu, l'épiscopat local monarchique s’est généralisé, après avoir d’abord été introduit dans certaines églises particulières. L'évêque était le chef de l'église, le pasteur des fidèles et, en tant que successeur des Apôtres, il avait la plénitude du sacerdoce et l'autorité nécessaire au gouvernement de la communauté.
La clé de l'unité des églises dispersées dans le monde entier, qui les intégrait en une seule Eglise universelle, fut l’institution du Primat romain. Le Christ, fondateur de l'Eglise - comme il a été rappelé ailleurs - a choisi l'Apôtre Pierre pour être le roc solide sur lequel serait édifiée l’Eglise. Cependant, la primauté donnée par le Christ à Pierre n'était en aucune manière une institution éphémère et circonstantielle, vouée à l’extinction avec la vie de l’Apôtre. Ce fut une institution permanente, le gage de la pérennité de l'Eglise, et ce jusqu'à la fin des temps.
Pierre fut le premier évêque de Rome, et ses successeurs sur la chaire romaine furent également ses successeurs dans la prérogative du Primat, lequel a donné à l'Église sa constitution hiérarchique, voulue pour toujours par Jésus Christ. L'Eglise romaine fut, par conséquent, et pour toujours, le centre de l'unité de l'Eglise universelle.
3. L’exercice du primat
L'exercice de la primauté romaine a été logiquement conditionnée, au cours des siècles, par les circonstances historiques. Dans les temps de persécutions ou de difficultés de communication entre les peuples, cet exercice fut moins facile et moins intense qu’en des périodes plus propices. Cependant les documents historiques permettent de montrer, dès la première heure, à la fois la reconnaissance par les autres églises de la prééminence qui revenait à l'église romaine et la conscience que les évêques de Rome avaient de leur primauté sur l'Eglise universelle.
Au début du deuxième siècle, saint Ignace, évêque d'Antioche, écrivait que l'église romaine était l'église « mise à la tête de la charité », lui attribuant ainsi un droit de suprématie ecclésiastique universelle. Pour saint Irénée de Lyon, dans son traité Contre les hérésies (AD 185), l'église de Rome jouissait d'une prééminence singulière et était le critère sûr pour la connaissance de la véritable doctrine de la foi.
Nous possédons un remarquable témoignage, remontant au 1er siècle, de la conscience qu’avaient les évêques de Rome de leur Primat sur l’Eglise universelle. A la suite d’un grave problème interne, survenu au sein de la communauté chrétienne de Corinthe, le pape Clément Ier est intervenu de manière autoritaire. La lettre écrite par le Pape, pour prescrire ce qu’il y avait lieu de faire, en exigeant l'obéissance à ses commandements, constitue une preuve manifeste de la conscience qu’il avait de son pouvoir primatial. Non moins significatif est l’accueil respectueux et docile qui fut réservé par l’église de Corinthe à son intervention pontificale.
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La neuvaine consiste à réciter chaque jour 9 Ave Maria en l'honneur du séjour de neuf mois de Marie dans le sein de sa mère et de sa naissance, et à exprimer sa propre demande particulière. Confession et communions si possible pendant la neuvaine
"Quant à moi, la Sainte Vierge s'est approchée de moi et m'a dit, entre autres choses, que quiconque aujourd'hui, dans l'après-midi, récite avec son coeur neuf Ave Maria en l'honneur de son séjour de neuf mois dans le sein de sa mère et de sa naissance, et continue pendant neuf jours cet exercice de prière, donne chaque jour aux Anges neuf fleurs destinées à former un bouquet qu'elle reçoit dans le Ciel et présente à la Sainte Trinité, afin d'obtenir une grâce pour la personne qui a fait ces prières."- (Extraits de révélation d’Anne-Catherine Emmerich - chapitre 25°). |